Eliyahou Ben-Shaoul Cohen (hébreu : אֱלִיָּהוּ בֵּן שָׁאוּל כֹּהֵן, arabe : إيلي كوهين), communément appelé Eli Cohen (parfois orthographié « Élie Cohen »), né le 26 décembre 1924 à Alexandrie en Égypte et mort pendu le 18 mai 1965 à Damas en Syrie, est un espion israélien.
Il est connu pour son travail d'espionnage entre 1961 et 1965 en Syrie, où il a développé des relations étroites avec la hiérarchie politique et militaire et est devenu conseiller principal du ministre de la Défense syrien. Selon certaines sources, les renseignements qu'il a recueillis avant son arrestation ont constitué un élément important dans la victoire d'Israël sur la Syrie et la conquête du plateau du Golan pendant la guerre des Six Jours.
Son père, Saul Cohen, né à Alep en Syrie, vécut en Égypte depuis l'âge de 7 ans. C'est là que naît Eliyahou Ben-Shaoul Cohen dans une famille juive mizrahim arabophone, modeste et très pratiquante.
Eli reçoit une éducation religieuse juive orthodoxe. Il se montre très doué pour les mathématiques et désire devenir ingénieur après avoir failli opter pour le rabbinat. Il est également doué pour les langues étrangères et dispose d'une mémoire exceptionnelle, ce qui lui rendra service pour ses activités de renseignement.
Actions clandestines en Égypte
En 1944, Eli Cohen rejoint le mouvement sioniste d'Alexandrie. Il est impliqué dans des actions clandestines visant à permettre aux juifs égyptiens de rejoindre la Palestine mandataire. En 1949, ses parents et ses sept frères et sœurs quittent l'Égypte pour Israël créé le 14 mai 1948. Eli Cohen reste au Caire et poursuit ses activités clandestines. Il prépare des itinéraires de fuite au profit des familles juives souhaitant émigrer en Israël et confectionne à cet effet de faux documents. Il fait également partie, bien qu'y jouant un rôle mineur, du réseau juif impliqué dans l'affaire Lavon. À l'initiative du ministre de la Défense israélien, cette opération consiste à fomenter des attentats en Égypte afin de donner un prétexte à la Grande-Bretagne pour y maintenir son armée.
En juillet 1954, Eli Cohen, informé par un ami policier de la chute imminente du réseau et de l'arrestation de ses membres, se débarrasse de tous les documents, armes et explosifs qui se trouvent chez lui. Il est brièvement emprisonné par la police égyptienne, mais demeure sur place et poursuit ses activités occultes tout en étudiant la comptabilité à l'Université du Caire. Il rejoint Israël en 1957 à la suite de l'expulsion des juifs d’Égypte et la confiscation des biens juifs décidée par le gouvernement égyptien, après la crise de Suez.
Recrutement par le renseignement militaire
Il devient analyste pour la direction du renseignement militaire. Pendant une courte période, il a été enrôlé dans les Forces de défense israéliennes en tant que traducteur.
Blessé par le rejet de sa candidature au Mossad, il quitte l'armée et devient employé de bureau dans un cabinet d'assurance de Tel Aviv, puis comptable aux grands magasins Hamashbir. Il épouse, en 1959, Nadia Majald, une nouvelle immigrante d'Irak, infirmière de douze ans sa cadette, avec laquelle il aura trois enfants : Sophie, Iris et Shay.
En 1960, son dossier de candidature étant rouvert, il est engagé par la direction du Renseignement de l'armée israélienne (Aman) en tant qu'« illégal » : ne bénéficiant d'aucun statut protecteur comme celui de diplomate, il opèrera à l'étranger sous une fausse identité. La direction du Renseignement israélien a besoin d'agents arabophones et aux « traits orientaux » pouvant se fondre dans les capitales arabes. Le contrôle de ses activités sera transféré au Mossad en 1964.
Les anciens de l'Aman ont une autre version du recrutement d'Eli Cohen : sa candidature aurait été initialement écartée en raison de sa trop grande confiance en soi, révélée par les tests psychologiques. Son courage et sa mémoire exceptionnelle auraient été malheureusement obérés par une tendance à se surestimer et à prendre des risques inutiles.
L'État d'Israël cherche à infiltrer un agent à Damas. La Syrie s'est progressivement affirmée comme l'État arabe le plus agressif à l'égard de l'État juif. Des affrontements sporadiques ont lieu régulièrement sur le Golan, qui domine le lac de Tibériade. De plus, la Syrie a lancé, en coopération avec le Liban et la Jordanie, un important projet d'ingénierie ayant pour objectif de détourner les eaux des affluents du Jourdain, privant Israël d'eau, projet devant être construit par Mohammed ben Laden.
En 1961, Eli Cohen est envoyé en Argentine (où il existe une forte communauté arabe comptant environ un demi-million d'exilés) pour y élaborer sa couverture en tant que marchand arabe syrien, notamment de meubles damascènes, sous le nom de Kamel Amin Thaabet. Eli Cohen noue là-bas de nombreuses relations au cœur des communautés arabes locales, notamment avec Abdel Latif Hassan, rédacteur en chef de la revue Le Monde arabe et avec le général Amin al-Hafez, attaché militaire syrien à Buenos Aires, et futur président de la Syrie.
Moins d'un an plus tard, en 1962, il « revient » à Damas sous la même fausse identité de Kamel Amin Thaabet, et avec la « légende » d'un millionnaire syrien ayant fait fortune dans l'import-export et de retour au pays après un exil argentin. Dans le paquebot de Gênes à Beyrouth, il rencontre Majd Sheikh al-Ard, un homme d'affaires qui lui ouvrira son carnet d'adresses et qui était un agent de la CIA traquant les nazis en Syrie.
Il joue la carte du parti Baas qui est contre le projet de République arabe unie et développe progressivement des relations d'amitié avec des personnalités au plus haut niveau du pouvoir syrien, dont Hafez el-Assad, essentiellement en organisant des fêtes somptueuses, avec femmes et alcool. Y participent les officiers supérieurs et les dignitaires du régime qui parlent beaucoup, la langue déliée par l'ambiance et l'alcool, et mis en confiance par Eli Cohen qui joue à fond le rôle d'un Arabe antisioniste. Il prend également à cette occasion des photos de personnalités impliquées dans des parties fines, levier non négligeable d'extorsion d'informations.
Il transmet des informations aux services israéliens par radio, par microfilms dissimulés dans des boîtes de backgammon exportées officiellement en Argentine et par lettres secrètes ou même directement une fois tous les six mois au cours d'un voyage d’affaires en Europe, profitant de cette occasion pour rendre visite à sa famille à Bat Yam.
En 1963 le général Amine al-Hafez — avec lequel Cohen avait entretenu des liens d'amitié en Argentine — devient président de la Syrie. Cela lui ouvre de nouveaux liens, notamment au ministère de la Communication et dans l'armée.