María de la Encarnación Gertrudis Jacoba Aragoneses y de Urquijo, de son nom complet de naissance, connue sous son nom de plume d'Elena Fortún, née le 18 novembre 1886 à Madrid et morte dans cette même ville le 8 mai 1952, est une autrice espagnole spécialisée en littérature de jeunesse, écrivaine pionnière de la littérature lesbienne.
María de la Encarnación, née le 18 novembre 1886 à Madrid, est la fille unique du militaire Leocadio Aragoneses et de Manuela de Urquijo, issue de la noblesse basque. C'est une enfant solitaire, rêveuse et sensible, qui perd son père en 1904.
Elle se marie à l'âge de dix-huit ans avec l'écrivain Eusebio de Gorbea, en 1906. Le couple a deux fils, Luis (né en 1908) et Manuel (né en 1909), et vit à Madrid, dans la calle Ponzano (es).
L'un de leurs voisins est Santiago Regidor (es), professeur de dessin et collaborateur de la revue Blanco y Negro. Dans une ambiance ouverte sur le monde, elle tient dans sa maison madrilène un salon littéraire où se rencontrent les intellectuelles de l'époque, comme María Rodrigo, María Martos et María de la O Lejárraga.
En 1922, la famille s'installe à Tenerife. Elena se lie d'amitié avec Mercedes Hernández, épouse d'Eduardo Díez del Corral, collègue de son mari. Cette famille lui inspirera certains personnages de ses œuvres.
Elle tient son nom de plume d'Elena Fortún du titre d'un des romans de son époux, Los mil años de Elena Fortún (1922).
Elena Fortún revient à Madrid en 1924. Elle est nommée secrétaire de l'association Mujeres Amigas de los Ciegos (en français : « Femmes Amies des Aveugles »), qui aide les personnes malvoyantes, et étudie le braille pour réaliser au mieux son travail. Elle entre à la Société Théosophique de Madrid, et surtout à la célèbre université féministe Residencia de Señoritas, dirigée par María de Maeztu. Elle y étudie la science des bibliothèques dans la bibliothèque fusionnée avec celle de l'Instituto Internacional (es) de Madrid, auprès d'Enriqueta Martín. Ces cours sont à l'origine de l'Asociación Libros et de la revue du même nom à laquelle collaborent Carmen Conde, Ernestina de Champourcín et Enriqueta Martín, ainsi que Viera Sparza pour les illustrations.
Elena est également membre du Lyceum Club Femenino où se réunissent les intellectuelles de Madrid. Les articles qu'elle publie, notamment dans le journal La Prensa, concernent la condition féminine, avec des thèmes comme l'interdiction de la prostitution. Ses articles paraissent également dans la revue La Moda Práctica.
Elle rencontre les figures de l'époque, comme les écrivains Carmen Baroja et son frère Pío, Cipriano Rivas Cherif, la dessinatrice Alma Tapia, la comédienne Margarita Xirgú et le poète Federico García Lorca.
L'écrivaine María Lejárraga l'encourage à publier pour atteindre l'indépendance financière. Elle lui présente Torcuato Luca de Tena, directeur du quotidien ABC, où elle commence à publier Gente Menuda (es), supplément jeunesse de la revue Blanco y Negro, avec Magda Donato et Salvador Bartolozzi. Elle crée les personnages de Celia (la plus populaire), Cuchifritín et Matonkiki, Mila, Roenueces, le magicien Pirulo, le professeur Bismuto, Lita et Lito et la Madrina (la Marraine). Elle publie en 1929 Celia lo que dice (en).
Elle collabore également à Cosmópolis, Crónica (es), Estampa, Semana et d'autres publications de jeunesse. Elle devient célèbre, son mari restant en second plan. Le couple emménage alors dans une maison du quartier Chamartín de la Rosa, qu'elle décrit dans Celia en la revolución (« Celia dans la Révolution ») .
Les éditions Editorial Aguilar acquièrent les droits de publication et publient toutes ses œuvres : Celia y sus amigos, avec des illustrations de Gori Muñoz : Cuchifritín, el hermano de Celia, El bazar de todas las cosas et Teatro para niños. En 1934, elle publie avec ce dernier et la compositrice María Rodrigo Canciones infantiles. Elle dirige également La Quiromancia al alcance de todos, dans la revue Crónica en 1935.
Elle rencontre Matilde Ras, pionnière de la graphologie en Espagne. Toutes deux font partie de la première génération de féministes espagnoles et sont membres du Cercle saphique de Madrid fondé par la metteuse en scène Victorina Durán, une organisation dont elle parle dans son roman lesbien Oculto Sendero où elle évoque sa relation avec Matilde Ras.
Elle se lie également avec les républicaines Victoria Kent et Zenobia Camprubí.
Au début de la guerre d'Espagne, son mari Eusebio, retraité, demande sa réintégration dans le service actif et devient le directeur de l'École d'Aviation de Barcelone pour lutter contre les nationalistes. Elena reste à Madrid et décrit les conséquences, au jour le jour, de la guerre sur les enfants.
En 1939, elle prépare à Madrid la publication de Celia madrecita lorsque les troupes de Franco arrivent à briser la résistance et envahissent la capitale. Elena Fortún doit s'exiler, d'abord en France, puis en Argentine, grâce au voyage de l'exil républicain sur le Massilia de La Rochelle à Buenos Aires, avec son mari et ses enfants. Parmi les passagers, elle retrouve l'illustrateur de ses œuvres, Gori Muñoz.
Elle commence une nouvelle vie en Argentine avec l'aide de Victorina Durán, qui travaille alors comme scénographe avec l'actrice Margarita Xirgu. Elle commence à publier ses articles dans le journal Crítica où elle traite de politique espagnole, El Sol où elle fait les portraits de grandes personnalités féminines et La Prensa où elle publie ses contes. Elle écrit en 1943 Celia en la revolución qui, censuré sous l'Espagne franquiste, ne pourra être publié qu'en 1987.
En 1944, elle publie Celia, institutriz en América, qui raconte les difficultés de la vie en exil, le père du personnage de Celia étant militaire républicain réfugié. Ce livre est interdit par la censure franquiste. Elle rencontre, à Buenos Aires, Inés Field, femme d'une profonde foi religieuse, qui l'influence : le personnage de Celia effectue sa première communion dans Cuaderno de Celia.