L’Eiger (prononcé en allemand : [ˈaɪ̯ɡɐ] ) est un sommet individualisé des Alpes situé en Suisse dans le massif des Alpes bernoises. Son nom, attesté en 1252, ne signifie pas « ogre », contrairement à une idée reçue, mais plus probablement « grand épieu ». La confusion est due aux alpinistes morts lors de la montée de la face nord : celle-ci, presque totalement verticale ou déversante, est considérée comme la plus impressionnante et la plus célèbre face des Alpes, si ce n'est la plus haute. Avec les faces nord du Cervin et des Grandes Jorasses, elle a constitué pour l'alpinisme l'un des « trois derniers problèmes des Alpes », et le dernier résolu.
L'Eiger est traversé par le tunnel d'un chemin de fer à crémaillère de la compagnie de la Jungfraubahn. Il existe une gare dans la paroi de la face nord, appelée Eigerwand, qui permet d'avoir une vue au sein de la face nord.
Eiger, dont la traduction actuelle de l'allemand est un « ogre », proviendrait en fait du moyen haut-allemand Hej-Gêr désignant une « pointe élevée » ou un « grand épieu ». On rencontre dans le dialecte local la graphie Hoger.
1858 : première ascension le 11 août par les guides suisses Christian Almer et Peter Bohren en compagnie de l'Irlandais Charles Barrington (en)
1921 : première ascension de l'arête Mittellegi par Yuko Maki avec Fritz Amatter, Fritz Steuri et Samuel Brawand
1932 : face nord-est par Hans Lauper avec Alfred Zürcher, Alexander Graven et Joseph Knubel
1938 : première ascension de la face nord le 24 juillet par la cordée allemande de Anderl Heckmair et Ludwig Vörg associée à la cordée autrichienne de Heinrich Harrer et Fritz Kasparek
1947 : seconde ascension de la face nord par les Français Lionel Terray et Louis Lachenal
La face nord ou Nordwand en allemand (en réalité plutôt nord-ouest) est réputée pour sa difficulté. Le dénivelé est d'environ 1 650 mètres.
La première tentative sérieuse a été entreprise le 17 juillet 1934 par trois alpinistes originaires de Saxe, Willy Beck, Kurt et Georg Löwinger, qui ont atteint le 19 juillet l'altitude de 2 900 mètres. Ils ont dû interrompre leur tentative à la suite d'une chute de Willy Beck.
Les deux alpinistes de Munich, Karl Mehringer et Max Sedlmayr, ont commencé leur tentative le 21 août 1935 et sont morts cinq jours plus tard dans une tempête de neige. Le point auquel ils ont été aperçus pour la dernière fois depuis la vallée au moyen de jumelles fut par la suite nommé le « bivouac de la mort ».
La face nord rappelle également le désastre de la face nord de l'Eiger et la mort de Toni Kurz, Andreas Hinterstoisser, Edi Rainer et Willy Angerer en 1936. Après que Hinterstoisser a réussi à vaincre un passage très difficile (la traversée Hinterstoisser), les quatre ont retiré la corde, ce qui leur a coupé ensuite toute possibilité de retraite. Lorsqu'ils ont dû rebrousser chemin à la suite d'une blessure consécutive à une chute de pierres, ils ont entamé une descente mortelle : Toni Kurz est mort le dernier à quinze mètres au-dessus des sauveteurs, un nœud étant coincé dans le mousqueton. Ses dernières paroles ont été : « Ich kann nicht mehr » (« Je ne peux plus »). L'histoire de cette tentative est racontée par le film Duel au sommet (Nordwand, 2008).
La première ascension a été réalisée du 21 juillet au 24 juillet 1938 par une cordée austro-allemande avec Heinrich Harrer, Anderl Heckmair, Fritz Kasparek et Ludwig Vörg. En fait, deux cordées se sont retrouvées pendant l'ascension (les Autrichiens Kasparek et Harrer d'une part, les Allemands Heckmair et Vörg d'autre part). Les quatre s'étaient rejoints, satisfaits d'avoir survécu à une avalanche dans l'Araignée blanche. Le régime national-socialiste y vit alors un symbole de l'Anschluss, qui venait d'avoir lieu le 13 mars 1938, et cette première fut exploitée par la propagande nazie.
La première hivernale a été réalisée en 1961 par Toni Hiebeler, Walter Almberger, Anderl Mannhard et Toni Kinshofer. L'hiver suivant, une cordée italienne menée par le tyrolien Armando Aste (en) réussit également l'ascension.
La première ascension en solitaire a été réalisée par le Suisse Michel Darbellay, les 2 et 3 août 1963. La même année, en décembre, Paul Etter réussit la première descente de la face nord en compagnie de Ueli Gantenbein et Sepp Henkel.
La directissime de l'Eiger a été réussie en mars 1966 par deux équipes, au départ distinctes, qui ont ensuite uni leurs efforts pour réussir cette directissime appelée voie John Harlin : une équipe composée de l'Écossais Dougal Haston et des Américains John Harlin et Layton Kor, et une équipe allemande avec Jörg Lehne, Gunther Strobel, Robert Votteler, Sigi Hupfauer, Karl Kolikow et Rolf Rozenzopf. L'Américain John Harlin est mort à la suite d'une rupture de corde dans l'assaut final.
En 1968, Reinhold Messner a réussi la première ascension du pilier nord.
En 1973, Wanda Rutkiewicz est la première femme à réussir l'escalade du pilier nord.