Ce Jour-là

Efraín Ríos Montt

Militaire et homme d'État guatémaltèque

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Efraín Ríos Montt, né le 16 juin 1926 à Huehuetenango et mort le 1er avril 2018 à Guatemala, est un militaire et homme d'État guatémaltèque.

Il mène un coup d'État en 1982, dirigeant le pays d'une main de fer (état d'urgence) jusqu'à son renversement en 1983. Cette brève période est l'une des plus meurtrières de la guerre civile guatémaltèque, qui fit entre 150 000 et 200 000 morts.

Il est condamné en 2013 à 80 ans de prison pour génocide et crimes contre l’humanité, mais le jugement est suspendu par la Cour constitutionnelle pour un vice de procédure.

Carrière d'officier et de diplomate

Ríos Montt commence sa carrière militaire comme cadet en 1946, diplômé de l'École des Amériques situé dans la zone du canal à Panama en 1950.

En 1954, alors jeune officier, il joue un rôle mineur dans l'opération PBSUCCESS, coup d’État organisé par la CIA, qui entraîne la chute du président guatémaltèque Jacobo Arbenz Guzmán. Il est promu général en 1972 puis chef de l'état-major.

En 1973, il démissionne de son poste à l'ambassade du Guatemala à Washington, pour participer à l’élection présidentielle guatémaltèque de mars 1974 comme candidat d'une coalition dirigée par le Partido de la Democracia Cristiana. Battu par son rival de l'aile droite, le général Kjell Eugenio Laugerud García, par une différence de 70 000 voix, Ríos Montt dénonce une fraude électorale massive.

Il est accusé d'avoir perçu pour plusieurs centaines de milliers de dollars américains de pot-de-vin au cours de son séjour à Madrid où il occupe un poste d'attaché militaire à l'ambassade du Guatemala jusqu'en 1977.

En 1978, Ríos Montt abjure le catholicisme et devient pasteur de l'Iglesia Cristiana Verbo, une église évangélique fondée par des membres américains du Gospel Outreach (en). Dès lors, les télévangélistes américains Jerry Falwell et Pat Robertson deviennent ses amis personnels. Il reproche aux prêtres catholiques de s'interroger sur le sort des communautés mayas catholiques et accuse ces mêmes prêtres d'être des agents gauchistes.

Fervent religieux, il affirme après sa prise de pouvoir avoir été choisi par Dieu pour gouverner le Guatemala. Il ordonne aux soldats de posséder un exemplaire du nouveau testament.

Son frère, Mgr Mario Ríos Montt, est évêque catholique du Guatemala.

Prise de pouvoir (Frijoles y Fusiles)

Le 7 mars 1982, le général Ángel Aníbal Guevara (en), candidat officiel du Frente Democratico Popular (FDP), successeur désigné de Romeo Lucas Garcia, gagne l’élection présidentielle, cependant largement dénoncée comme ayant été entachée de fraude, par ses opposants de droite comme de gauche. Le 23 mars, avec le soutien de leurs compagnons d'armes, le général Horacio Egberto Maldonado Schaad, le colonel Francisco Luis Gordillo Martínez et Ríos Montt prennent le pouvoir à la suite d'un coup d'État, discrètement appuyés par la CIA, déposant le général Romeo Lucas García.

Ils installent une junte militaire, avec Ríos Montt à sa tête, qui, déclarant l'état de siège, suspend immédiatement la Constitution, établit des tribunaux secrets, et entame une campagne contre l'opposition civile, utilisant l'enlèvement, la torture et les assassinats extra-judiciaires. Ce coup d’État, œuvre d'Oficiales jovenes (jeunes officiers militaires), est alors destiné à empêcher l'investiture de Guevara au poste de président le 1er juillet. Elliott Abrams, membre éminent de l'administration Reagan, félicite Efraín Ríos Montt pour avoir « apporté des progrès considérables sur la question des droits fondamentaux ».

Lors de sa courte présence au pouvoir, Efraín Ríos Montt met en place les Patrullas de Autodefensa Civil (PAC, ou Patrouilles d'autodéfense civiles), miliciens recrutés de force par l'armée et ayant comme objectif d'éradiquer la guérilla, tandis que l'unité de contre-insurrection, les Kaibiles, fait preuve d'une cruauté extrême. Ainsi, 440 villages sont complètement rasés (massacre de Dos Erres de décembre 1982, etc.), près de 10 000 Indiens massacrés ou jetés par hélicoptère dans l'océan Pacifique. La Commission pour l'éclaircissement historique recensera, en 1999, que l'ultra-majorité des crimes commis (93 %) lors de la guerre civile ont été commis par l'État (paramilitaires inclus) et qu'une très grande partie de ceux-ci ont été commis sous la dictature de Ríos Montt.

Un document déclassifié des États-Unis indique la présence d'officiers du Mossad (du moins, de services de renseignements israéliens) parmi l'unité présidentielle de renseignements, l'AFSAEM ; ce sont ces six conseillers qui ont planifié la libération de Jorge Marios Ríos Muñoz, le neveu du président, le 22 novembre 1982. Le document fait également état de rumeurs signalant la présence de conseillers sud-africains. Dans un entretien au quotidien espagnol ABC, Ríos Montt estime que « notre succès est dû au fait que nos soldats ont été entraînés par les Israéliens ».

Ríos Montt est à son tour renversé par un coup d'État en août 1983, organisé par son ministre de la Défense, le général Oscar Mejía Víctores. Son appartenance à une secte fondamentaliste, dont l'influence était croissante au sein du régime, et son mépris pour les dirigeants de l’Église catholique pourraient expliquer son renversement.

Revenu à la vie civile, il est décoré en 1985 par le Pentagone, le secrétaire de l'Armée John Marsh lui offrant une Commendation Medal .

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