Edward Osborne Wilson, appelé couramment E. O. Wilson, né le 10 juin 1929 à Birmingham (Alabama) et mort le 26 décembre 2021 à Burlington (Massachusetts), est un biologiste, entomologiste et myrmécologue américain de notoriété mondiale. Il est le fondateur de la sociobiologie.
En 1987, il consacre le terme biodiversité, largement développé ensuite au début du XXIe siècle ; champ scientifique dans lequel, depuis, il met ses expertises à contribution. Les graves menaces qui pèsent sur la biodiversité sont sa préoccupation majeure, combat qu'il poursuit avec ses livres. À partir de 2011, tout en continuant à donner des cours et des conférences, Wilson s'était activement et intimement associé au projet de renaissance du parc national de Gorongosa au Mozambique aux côtés des scientifiques sur le terrain.
Edward O. Wilson Jr naît dans la ville de Birmingham, Alabama, de Edward O. Wilson Sr, comptable, et de Linnette Freeman Huddleston. Durant sa petite enfance, la famille Wilson vit dans les environs de Washington et de Mobile en Alabama. Il fréquente le lycée Decatur Senior High School à Decatur, jusqu'en 1946.
Ses parents divorcent en 1936, alors qu'Edward a 7 ans. Il vit avec son père et sa belle-mère. Un accident lors d'une partie de pêche le rend aveugle d'un œil. Malgré une opération de la cataracte, son œil gauche en a conservé des séquelles.
Dès son plus jeune âge, Wilson s'intéresse aux insectes, en particulier aux fourmis qu'il étudie avec beaucoup de soin. À 18 ans, il s'intéresse aussi aux mouches, mais se concentre sur les fourmis.
Wilson s'inscrit à l'université de l'Alabama, où il obtient en 1949 son B.Sc. en biologie, suivi un an plus tard d'un M.Sc. dans la même discipline, et un doctorat en 1955 à l'université Harvard.
Par la suite, il est successivement à Harvard assistant professeur en biologie (1956-1958), assistant professeur en zoologie (1958-1964), professeur en zoologie (1964-1976). En 1973, il prend le poste de conservateur en entomologie au musée de zoologie comparative de Harvard. Il est aussi professeur de science puis professeur de biodiversité à Harvard.
C'est en 1955 que Wilson se fait d'abord connaître par ses études des fourmis en publiant une monographie des fourmis du genre Lasius, parue en mars 1955 dans le Bulletin du musée de Zoologie comparée de l'université Harvard. Le genre Lasius fut originellement décrit par Fabricius (1804), mais la taxonomie de ses espèces était « a sorry shambles » (« un triste désordre »). Wilson décrit précisément les différentes espèces de Lasius et leur répartition géographique.
E. O. Wilson propose la notion de déplacement de caractères des espèces en publiant un article avec William Louis Brown Jr (1922-1997), professeur d'entomologie et de la théorie évolutionniste au New York State College of Agriculture and Life Sciences à l'université Cornell.
Rôle des phéromones et cycles des changements d'habitat
L'année 1956 est pour Wilson très productive avec deux découvertes : la première est celle de phéromones chez les fourmis qui jouent un rôle dans leur communication, la seconde, la découverte de cycles de changement d'habitat chez certains taxons.
Wilson mène des travaux sur la classification et l'écologie des fourmis en Nouvelle-Guinée et dans d'autres îles du Pacifique, ainsi que dans les régions tropicales américaines. En 1963, son travail et sa conception de l'équilibre des espèces le conduisent à la théorie de la biogéographie des îles, qu'il développe avec Robert H. MacArthur, de l'université de Princeton. Dans leur théorie, l'immigration et l'extinction, les déterminants de la biodiversité au niveau des espèces, sont liées à la zone (distance des îles des régions sources) et aux propriétés fondamentales de l'écologie et de la démographie. Ces travaux aboutissent à leur livre de 1967 The Theory of Island Biogeography, qui est resté depuis un travail de référence.
Cette théorie a fortement influencé l'écologie scientifique et elle est devenue une pierre angulaire de la biologie de la conservation. Appliquée aux « îlots d'habitat », comme les forêts dans une mer de terres agricoles, elle a influencé la planification et l'évaluation des parcs et réserves dans le monde. Avec son étudiant Daniel Simberloff, à la fin des années 1960, Wilson met en place des expériences dans les Keys de Floride, qui ont testé les hypothèses de la théorie, et enrichit la connaissance des processus d'immigration des espèces et de l'extinction.
Wilson poursuit son travail sur l'étude des fourmis pendant de nombreuses années et, finalement, élabore son premier livre important intitulé The Insect Societies en 1971. Ce livre reste une référence sur le sujet.
En 1975, Wilson aborde et établit une autre branche d'étude biologique connue aujourd'hui sous le nom de sociobiologie. Bien qu’à l’époque de sa conception la sociobiologie ait été considérée comme une nouvelle discipline, elle est d’abord inspirée des concepts du darwinisme social présentés par des penseurs tels qu’Anatole France et Paul Bourget il y a plus de cent ans. Selon le sociobiologiste Yves Christen, la discipline étudie comment des comportements innés permettent à des individus d'avoir de meilleures chances de succès évolutifs. Wilson publie alors Sociobiology: The New Synthesis, qui est devenu lui aussi un ouvrage célèbre, mais controversé parmi les universitaires. Quelques années plus tard, il revient sur sa théorie sur la sélection des groupes avec David S. Wilson dans le magazine Nature (revue) puis dans le magazine Scientific American. Par la suite avec un mathématicien Martin Novak met à mal la théorie de Hamilton sur la parentèle. De ce fait, l'eusocialité serait la conséquence de la pression écologique et non plus génétique.
En ce qui concerne la sociobiologie de Wilson, une de ses grandes critiques serait que sa théorie impliquerait une soumission méthodologique des sciences sociales aux sciences de la nature concernant l’analyse des interactions des sociétés humaines, étant donné que les progrès des sciences sociales, selon Wilson, sont plus lents que ceux des sciences de la nature puisqu’elles sont sujettes à des débats idéologiques intermittents, ce qui affecte l’empirisme des conclusions suggérées par celles-ci. En outre, elles n’auraient pas réussi à intégrer les réalités physiques de la biologie et de son impact sur la psychologie humaine, notamment selon l’idée que la culture « ne tombe pas du ciel ».
La science établie par Wilson est aussi soumise à des réflexions typologiques qui l'accuseraient de défendre, quant à son explication des développements sociologiques relatifs aux évolutions génétiques au cours de l'évolution de l'espèce humaine, une forme de racisme scientifique dont les critères visent généralement le racisme absolu et des prétentions de supériorités génétiques. En effet, certains sociobiologistes tels que W.D Hamilton avancent que l'étude en question relève plutôt des phénomènes s'apparentant au racisme relatif. Wilson considère que l'espèce humaine est naturellement chauviniste, et qu'elle se doit d'être régularisée. Il déclare : « Quand un penchant génétique [c.a.d., une tendance inhérente au matériel génétique humain] est démontré, il ne saurait être utilisé pour justifier la continuation d’une quelconque pratique dans les sociétés présentes et à venir ».
Dans On Human Nature (Nature humaine), écrit en 1979, Wilson explique de façon plus détaillée les théories qu'il propose pour la première fois en rapport avec la sociobiologie et l'applique aux caractéristiques des êtres humains. Avec cet ouvrage, il obtient alors son premier prix Pulitzer.