Edmond-Vital-Victor Régnier, né le 11 février 1822 à Paris et mort le 19 août 1886 à Ramsgate, est un rentier et homme d'affaires français, connu pour son rôle équivoque lors des négociations de la capitulation de Metz en 1870.
Origines, formation et activités
Edmond-Vital-Victor Regnier, né dans l'ancien 11e arrondissement de Paris le 11 février 1822, est le fils de Marie-Thérèse Metxy (morte en 1827) et du mécanicien Lazare-Edme Regnier (mort en 1849). Il est le petit-fils de l'inventeur semurois Edme Régnier et le cousin du colonel Philippe-Auguste Régnier (1826-1892).
Élève de la pension Favart, où il côtoie Eudore Soulié, puis bachelier vers 1838, Régnier étudie pendant quelques années le droit et, surtout, la médecine. Après avoir suivi les cours de la faculté de médecine de Paris, il est attaché en 1842-1843 à l'hôpital militaire d'instruction de Lille. Ayant échoué aux concours, il abandonne bientôt la carrière médicale.
En 1845, Régnier s'installe non loin de Tarbes, à Aureilhan. Après la Révolution de 1848 et la proclamation de la République, il fonde à Tarbes un club « socialiste » et rédige un journal autographié, qu'il intitule La Démocratie pacifique des Pyrénées. Il rencontre un jeune dessinateur tarbais, Charles Tronsens, qui publie sa caricature dans Le Carillonneur. Il quitte finalement les Hautes-Pyrénées après un échec aux élections législatives.
De retour à Paris, il élit domicile dans une maison de la rue Saint-André-des-Arts, où il invite de nombreuses personnalités de la Montagne. Peu de temps après, il se porte volontaire pour soigner des malades lors de l'épidémie de choléra de 1849. À ce titre, il fait partie des 50 élèves de la faculté de médecine médaillés par le ministre de l'Instruction publique, sur proposition du doyen Bérard, à l'occasion de la distribution des prix du 5 novembre 1849.
Sous le Second Empire, Régnier vit de ses rentes et de ses affaires. Il achète notamment des brevets, tels que ceux d'une tournurière inventée pour la chapellerie, vendus en 1870 par Jean-Prosper Morlot. Régnier fait également des affaires en Angleterre. Il a ainsi fondé à Londres, au no 106 de Houndsditch, une maison de commerce de verrerie, à laquelle il associe un certain M. Hirsch en 1866. Étrangement, il mène cette entreprise sous le nom de jeune fille de sa mère, Metxy. Propriétaire de plusieurs biens immobiliers, il a notamment acquis une belle propriété ayant appartenu à l'éditeur Panckoucke et située au hameau de Beaulieu, à Boissise-la-Bertrand, en Seine-et-Marne. Il possédait également des terrains dans le 15e arrondissement de Paris, dans la rue Émeriau ainsi que dans la rue Régnier, qui portait son nom avant d'être rebaptisée en rue Mathurin-Régnier en 1894.
Le 18 décembre 1869, il épouse une jeune anglaise, Jane Susan Barfoot (1845-1936). Le couple aura cinq enfants : Blanche-Edmée (née en 1870), Edme-Edwin-Patria (né en 1872), Nina-Henriette (née en 1873), Otta-Rosa (née en 1876) et Victor-Lawrence (né en 1878). Régnier avait déjà trois filles issues d'un premier mariage : Louise-Victorine (qui épousera le joaillier Alfred Phillips, 1844-1900), morte à Monte-Carlo vers 1931, Pope-Amélie-Jeanne (qui épousera en 1880 William Cleave Greenhill) et Lucie, dite Edma (future Mme Astin).
C'est au cours de la Guerre franco-allemande de 1870 que Régnier entre dans l'Histoire.
Fuyant l'avancée des troupes allemandes, la famille Régnier se réfugie à Londres à la fin du mois d'août 1870. C'est là qu'Edmond apprend la chute de l'Empire puis la fuite de l'impératrice-régente Eugénie et du prince impérial en Angleterre, à Hastings.
Mû par la même vanité et la même naïveté qui le pousseront à publier plusieurs projets personnels de réorganisation politique de la France, Régnier s'imagine pouvoir jouer un rôle important dans le rétablissement du régime bonapartiste et de la paix. Le 12 septembre, il adresse ainsi à l'impératrice une lettre exposant ses plans et même des modèles de proclamations officielles.
Deux jours plus tard, le 14 septembre, Régnier se rend à Hastings, où il sollicite un entretien avec l'impératrice, mais celle-ci lui fait savoir par l'entremise de sa lectrice, Mme Lebreton (Adélaïde Charlotte Joséphine Bourbaki), qu'elle refuse de le recevoir. Il parvient néanmoins à rencontrer le précepteur du prince impérial, Augustin Filon. Régnier ayant affirmé qu'il comptait se rendre auprès de Napoléon III, captif à Wilhelmshöhe, Filon accepte de transmettre à son élève une vue des établissements balnéaires d'Hastings afin que le jeune prince y écrive et signe un bref message que Régnier se charge de remettre à l'empereur[pas clair].
Muni de ce document assez anodin, Régnier part pour le continent et arrive le 20 septembre au château de Ferrières, où le chancelier Bismarck s'est établi et où il vient d'accueillir Jules Favre, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de la Défense nationale, pour lui exposer ses conditions d'un armistice. Les négociations avec le gouvernement républicain étant dans l'impasse, Bismarck est satisfait de trouver en Régnier un émissaire officieux qui pourrait lui permettre de contourner le gouvernement de facto et de traiter avec les éminences bonapartistes. Le chancelier accepte par conséquent de recevoir Régnier et de lui fournir un sauf-conduit. En contrepartie, Régnier s'engage à se rendre à Metz, alors assiégée, pour y inciter le maréchal Bazaine, commandant de l'armée du Rhin, à accepter de capituler en échange d'une paix honorable et du rétablissement du régime impérial.
C'est ainsi que Régnier arrive le 23 septembre à Metz, où il rencontre aussitôt Bazaine, qui manifeste de l'intérêt pour le plan présenté par cet « envoyé d'Hastings » et accepte même que le général Bourbaki, frère de Mme Lebreton, quitte la place assiégée afin d'aller prendre ses ordres auprès de l'impératrice. À son arrivée en Angleterre, le 27 septembre, Bourbaki se rendra compte qu'Eugénie ne l'attendait pas et qu'elle n'avait donné aucune mission à Régnier.
Après avoir quitté Metz, toujours muni du mot du prince, que Bazaine a accepté de contresigner, Régnier transmet aux Allemands les propos du maréchal ainsi que des précisions sur la situation critique des assiégés. Après la capitulation de la ville, Régnier se rend à Cassel, où il rencontre des officiers français faits prisonnier après Sedan.
Déjà suspecté d'espionnage au profit de Bismarck, Régnier croit devoir prendre la plume pour justifier ses actes et fait ainsi paraître au mois de novembre un livre intitulé Quel est votre nom ? dans lequel il donne sa version des faits.
Les doutes concernant les motivations de Régnier seront ainsi résumés par l'avocat de Bazaine, Charles Lachaud :
« Qu'est-ce que c'est que Régnier ? Je n'en sais rien ; et il est possible, à cet égard, d'avoir des opinions absolument diverses.