Edmond Ier, né en 920 ou 921 et mort le 26 mai 946, est roi des Anglais de 939 à sa mort.
Fils d'Édouard l'Ancien et petit-fils d'Alfred le Grand, il a pour mère Eadgifu, la troisième femme d'Édouard. Il monte sur le trône à la mort de son demi-frère aîné Æthelstan et se retrouve confronté au roi viking Olaf Gothfrithson, qui s'empare du royaume viking d'York et étend son autorité sur la région des Cinq Bourgs. Edmond est contraint d'accepter ce partage de l'Angleterre, mais il profite de la mort d'Olaf en 941 pour renverser la situation. Il reconquiert les Cinq Bourgs en 942, puis chasse Olaf Kvaran d'York en 944. L'année suivante, il mène une campagne dévastatrice contre les Bretons du royaume de Strathclyde et en confie la garde au roi écossais Malcolm Ier.
Edmond accorde sa confiance aux mêmes conseillers qu'Æthelstan, au premier rang desquels les évêques Ælfheah de Winchester et Oda de Ramsbury, qui est nommé archevêque de Cantorbéry en 941, ainsi que l'ealdorman Æthelstan Demi-Roi. Il subsiste trois codes législatifs promulgués sous son règne, qui s'efforcent de contrôler les faides meurtrières et témoignent du caractère de plus en plus sacré de l'institution royale.
Après un règne d'à peine six ans, Edmond trouve la mort dans une rixe à l'âge de vingt-cinq ans et son frère cadet Eadred lui succède. Ses deux fils Eadwig et Edgar, issus de son mariage avec Ælfgifu, deviennent rois à leur tour après Eadred.
Au début du Xe siècle, l'Angleterre est partagée en deux : au nord et à l'est se trouve le Danelaw, une colonie de peuplement danoise née des invasions vikings du siècle précédent, tandis que le sud et l'ouest sont occupés par le royaume anglo-saxon du Wessex, qui a victorieusement résisté aux assauts vikings sous le règne d'Alfred le Grand (r. 871-899). Son fils et successeur Édouard l'Ancien (r. 899-924) conquiert la région des Cinq Bourgs et l'Est-Anglie.
Le fils aîné d'Édouard, Æthelstan (r. 924-939), parachève l'unification de l'Angleterre en s'emparant du royaume viking d'York en 927. Il reçoit également la soumission des autres souverains de Grande-Bretagne : le roi d'Écosse, le roi de Strathclyde, le seigneur de Bamburgh (une poche anglo-saxonne ayant subsisté au nord du Danelaw, dans l'ancien royaume de Northumbrie) et les roitelets du pays de Galles. Sa suprématie est contestée en 937 par le roi viking de Dublin Olaf Gothfrithson, qui s'allie avec Constantin d'Écosse et Owain de Strathclyde pour envahir l'Angleterre. Leurs armées coalisées sont vaincues par Æthelstan à la bataille de Brunanburh, victoire qui renforce la position dominante de la maison de Wessex en Grande-Bretagne.
Edmond est le fils du roi Édouard l'Ancien et de sa dernière femme Eadgifu, fille de l'ealdorman du Kent Sigehelm. Guillaume de Malmesbury indique qu'il est âgé d'environ dix-huit ans lorsqu'il monte sur le trône, ce qui implique qu'il est né en 920 ou en 921. Il a un frère cadet, Eadred, et deux sœurs, Eadburh, qui devient religieuse au Nunnaminster de Winchester, et Ælfgifu, épouse d'un « Louis, prince d'Aquitaine » non identifié.
Édouard a eu quatorze enfants, dont cinq fils, avec trois femmes différentes. Son fils aîné, Æthelstan, est né vers 894, mais sa mère Ecgwynn semble être morte ou avoir été répudiée avant l'avènement d'Édouard, en 899. Ce dernier épouse Ælfflæd peu après et ils ont deux fils : Ælfweard, qui meurt quelques semaines après son père en 924, et Edwin, mort noyé en 933. Le dernier mariage d'Édouard, celui avec Eadgifu, semble avoir pris place vers 919.
Édouard meurt le 17 juillet 924. Edmond, qui est encore très jeune, grandit à la cour de son demi-frère aîné Æthelstan, qui accueille notamment deux exilés d'Europe continentale : le futur duc de Bretagne Alain Barbetorte et le futur roi des Francs Louis d'Outremer, qui est à peu près de l'âge d'Edmond. Guillaume de Malmesbury affirme qu'Æthelstan a une grande affection pour Edmond et Eadred. Il est possible qu'Edmond l'ait accompagné dans sa grande expédition en Écosse en 934 : d'après la Historia de sancto Cuthberto, Æthelstan aurait demandé à Edmond de ramener son corps au sanctuaire de saint Cuthbert à Chester-le-Street dans l'éventualité de son décès.
En 937, Edmond participe à la bataille de Brunanburh aux côtés de son demi-frère aîné. La Chronique anglo-saxonne décrit l'affrontement sous la forme d'un poème allitératif qui salue tout particulièrement l'héroïsme d'Edmond, au point que l'historien Simon Walker estime qu'il a dû être rédigé sous son règne. En 939, année de la mort d'Æthelstan, Edmond et Eadred apparaissent comme témoins sur la charte (S 446) qui atteste une donation du roi à leur sœur Eadburh. Ils y portent le titre de « frère du roi » (regis frater). Au-delà de leur lien de parenté avec la donataire, leur présence reflète peut-être leur position en tant qu'héritiers potentiels du trône, surtout si le roi savait sa mort prochaine. Il s'agit de la seule charte authentique d'Æthelstan connue sur laquelle Edmond témoigne.
Æthelstan meurt le 27 octobre 939 sans laisser d'enfants. Edmond lui succède sans heurt et pourrait avoir été sacré à Kingston upon Thames le 1er décembre de la même année.
Arrivée au pouvoir et lutte pour la Northumbrie
Bien qu'il ne soit pas confronté à un ætheling rival, comme son demi-frère et son père l'ont été, Edmond n'est pas accepté comme roi dans toute l'Angleterre. Le manuscrit D de la Chronique anglo-saxonne rapporte que « les Northumbriens trahirent leurs serments et choisirent pour roi Anlaf d'Irlande ». Cet Anlaf n'est autre qu'Olaf Gothfrithson, roi viking de Dublin depuis 934 et participant à la coalition vaincue à Brunanburh. Il arrive à York avant la fin de 939 et envahit le nord-est de la Mercie l'année suivante. Repoussé devant Northampton, il s'empare de l'ancienne résidence royale mercienne de Tamworth. À la tête de ses troupes, Edmond intercepte Olaf à Leicester alors qu'il se dirige vers le nord. L'intervention comme médiateurs des archevêques Wulfstan d'York et Oda de Cantorbéry permet d'empêcher une bataille entre les deux armées. Un traité est conclu à Leicester par lequel Olaf obtient toute la région des Cinq Bourgs, c'est-à-dire les villes de Derby, Leicester, Lincoln, Nottingham et Stamford.
Ce recul anglais, le premier depuis les campagnes d'Édouard l'Ancien, est de courte durée. Olaf meurt en 941 et Edmond est en mesure de reconquérir les Cinq Bourgs dès l'année suivante. La Chronique anglo-saxonne consacre un poème allitératif à cette victoire anglaise, La Prise des Cinq Bourgs, qui insiste sur la solidarité entre Anglais et Danois chrétiens dans la région reconquise par Edmond. Néanmoins, ce poème pourrait avoir été rédigé bien plus tard et ne décrit peut-être pas la réalité du terrain à l'époque.
En 943, Olaf Kvaran, cousin et successeur d'Olaf Gothfrithson à York, reçoit le baptême. Son parrain n'est autre qu'Edmond, ce qui suggère qu'il reconnaît sa suzeraineté. Edmond est également le parrain d'un autre roi viking d'York, Ragnall, et un troisième roi nommé Sihtric est attesté au même moment. Ces trois rois exercent apparemment le pouvoir de manière conjointe, à en juger par leurs émissions monétaires qui partagent le même dessin. Ils sont chassés en 944 par Edmond, qui prend le contrôle d'York avec l'aide de l'archevêque Wulfstan, ancien soutien des vikings, et de l'ealdorman Æthelmund qu'il a nommé en Mercie en 940.
Relations avec les royaumes bretons
Edmond hérite de l'hégémonie exercée par Æthelstan sur les royaumes bretons du pays de Galles. Cependant, Idwal Foel, roi du Gwynedd, semble avoir profité des débuts difficiles d'Edmond pour se dégager de son autorité, allant peut-être jusqu'à apporter son appui à Olaf Gothfrithson. Les Annales Cambriae indiquent qu'il est tué par les Anglais en 942 et son royaume est ensuite conquis par le Deheubarth de Hywel Dda. Les rois gallois apparaissent moins fréquemment comme témoins sur les chartes d'Edmond que sur celles d'Æthelstan ou sur celles de son successeur Eadred, mais l'historien David Dumville considère qu'il n'y a pas lieu d'y voir les traces d'une éclipse de l'hégémonie anglaise sur la région.