La dynastie Qing (chinois : 大清 ; pinyin : dà qīng, /tʃɪŋ/) — également retranscrite en dynastie Ch'ing, Ching ou Tsing — est la dynastie impériale qui a régné sur la Chine de 1644 à 1912. Elle est fondée par des tribus jürchen (qui se rebaptisent Mandchous au XVIIe siècle) originaires de la périphérie nord-est de la Chine qui sont fédérées par Nurhaci puis par son successeur Huang Taiji. Ces tribus, qui ne sont pas ethniquement chinoises (han), profitent de l'état de chaos de l'empire Ming, qui régnait jusque-là sur le pays, pour s'emparer de la Chine du nord en 1644. Elles achèvent leur conquête de la Chine du sud en 1665.
Sous le règne des Qing, la Chine atteint sa plus grande expansion territoriale, notamment grâce à la conquête de régions dans le nord-ouest (Xinjiang), et elle connaît une croissance démographique formidable avec une population dépassant les 450 millions d'habitants au milieu du XIXe siècle. Pour rallier les élites, les empereurs reprennent en grande partie les institutions des Ming, dont le système méritocratique des examens impériaux avec en corollaire les privilèges accordés aux lettrés. Par ailleurs, ils favorisent la diffusion jusque dans les campagnes d'une morale néo-confucianiste incitant au respect des institutions et montrent une grande dévotion vis-à-vis du bouddhisme en particulier tibétain. Néanmoins, ils maintiennent un contrôle étroit de la population han en plaçant des Mandchous à tous les postes clés et en contrôlant de manière parfois très étroite la production littéraire. Sous la férule de plusieurs empereurs mandchous, despotes éclairés fortement sinisés (Kangxi, Yongzheng, Qianlong), la Chine connait son âge d'or au XVIIIe siècle. Grâce à une maîtrise technique souvent supérieure à celles des pays européens à la même époque, les productions agricole et artisanale connaissent un essor sans précédent tandis que les échanges commerciaux à l'intérieur de la Chine sont en forte croissance. Une fiscalité très modérée associée à des dispositifs permettant de contrôler les pénuries alimentaires et de limiter les perturbations du système monétaire contribuent à faire de cette période une ère de paix et de prospérité.
Le XIXe siècle est par contraste une phase de déclin. Le déséquilibre des finances, la corruption de l'appareil gouvernemental, une croissance démographique trop rapide et les soulèvements des habitants des régions périphériques assujetties aboutissent au milieu du siècle à une explosion sociale. La révolte des Taiping (1851-1864) et plusieurs soulèvements populaires qui lui succèdent mettent le régime à genou et saignent la population. Les puissances coloniales occidentales (Royaume-Uni, France, États-Unis) ainsi que le Japon et la Russie, dont les armées bénéficient des progrès d'une révolution industrielle qui n'a pas atteint le territoire chinois, profitent de la faiblesse de la dynastie Qing pour imposer une suite de traités inégaux qui leur permettent d'imposer leur présence et leurs entreprises sur le territoire chinois.
À la fin du XIXe siècle, le gouvernement chinois des Qing tente de rattraper son retard sur les autres nations industrialisées, mais l'inertie découlant de la taille du pays et la présence d'un fort courant conservateur hostile aux changements freinent cette évolution. La Chine est vaincue en 1894 par le Japon, qui s'empare de la Mandchourie, tandis que les autres puissances coloniales annexent d'autres portions du territoire. Sur le plan financier, le pays est écrasé par les indemnités qu'il doit verser à la suite de ses défaites qui représentent plusieurs années de budget annuel. Les problèmes économiques et la désaffection des classes dirigeantes entraînent l'effondrement du régime en 1911, qui laisse la place à la république de Chine.
La dynastie Qing s'écrit en chinois : 清朝 ; pinyin : qīng cháo ; Wade : Ch'ing ch'ao ; en mandchou ᡩᠠᡳ᠌ᠴᡳᠩ ᡤᡠᡵᡠᠨ ; Daicing gurun ; en mongol : Манж Чин Улс. L'empire du Grand Qing s'écrit en chinois simplifié : 大清国 ou 大清帝国 ; chinois traditionnel : 大清國 ou 大清帝國 ; pinyin : Dà Qīng Dì Guó.
La dynastie Qing est fondée par les Jürchens (女真), un peuple toungouse composé de nombreuses tribus aux liens très lâches et pour certaines nomades, payant tribut à la dynastie Ming. Les Jürchen vivent en Mandchourie au nord-est de la Chine historique dans la région comprenant l'actuelle province russe du kraï du Primorie et les provinces chinoises du Heilongjiang, du Jilin et du Liaoning.
Par le passé les Jürchen ont joué un rôle central dans l'histoire de la Chine, en fondant la Dynastie Jin qui a régné sur le nord de ce pays à compter de 1115. Leur royaume est balayé en 1234 par les mongols emmenés par Gengis Khan et ses descendants qui fondent la dynastie Yuan. Celle-ci va régner sur la Chine de 1271 à 1368. À la suite de leur défaite les Jürchens se replient en Mandchourie qui est passée sous le contrôle direct de l'empire Mongol.
Sur leur territoire le pouvoir des Jürchens est plus que limité, leurs élites ayant été éliminées ou affaiblies au profit des nobles Mongols qui se sont installés dans la région. Plus d'un siècle plus tard, en 1368, la révolte des Turbans rouges s’achève par la chute de l'empire mongol en Chine au profit de la dynastie Ming (1368-1644) mais la Mandchourie reste sous le contrôle des Mongols car le dernier empereur Yuan a fondé la dynastie Yuan du Nord, centrée sur la Mongolie, qui continue de gouverner la Mandchourie pendant deux décennies. Finalement en 1387, les Ming mènent une campagne militaire victorieuse contre les Mongols qui leur permet de prendre le contrôle de la Mandchourie. Enfin débarrassés des Mongols, les Jürchens commencent à retrouver une certaine autonomie et à jouer un rôle politique en Mandchourie.
Formation de l'État mandchou et conquête de la Chine
Les tribus jürchens installées dans la partie orientale de la Mandchourie gagnent progressivement en puissance car elles ont accaparé le commerce des perles, des fourrures et des produits miniers dans le nord-est et disposent de ressources financières importantes grâce à la culture du ginseng très recherché dans le monde chinois pour ses propriétés médicales. Devenues alliées des Ming en 1589, elles combattent aux côtés des troupes chinoises les armées japonaises qui ont envahi la Corée (1592-1598). Jusque-là, les différentes tribus jürchens sont désunies et c'est Nurhachi (1559-1626) qui va parvenir à rassembler leurs forces en s'imposant comme leur chef. Nurhachi est né dans le clan des Gioro qui fait partie des Jürchens Jianzhou (建州) sédentarisés dans la région du Jeho au nord de Pékin. Nurhachi est à l'origine un chef de clan vassal de la dynastie des Ming. Il s'entoure de conseillers chinois, les booi (« gens de maison »), souvent originaires du Liaoning, qui par la suite serviront de père en fils les empereurs, d'une part en jouant le rôle d'informateurs et d'intermédiaires avec les élites hans, et d'autre part en assurant l'administration intérieure du Palais et le contrôle des ateliers fournissant la cour en produits de luxe. Il crée en 1601 de grandes unités à la fois militaires et civiles, baptisées « Bannières » (bāqírén, 八旗人 en mandarin), qui vont constituer une organisation particulièrement efficace dans les conquêtes à venir. À compter de 1582, Nurhachi entame l'unification des tribus jürchens. Après avoir battu les différents chefs jürchen qui s'opposent à ses ambitions et rallié l'ensemble des tribus, il s'allie aux mongols orientaux, notamment grâce à une habile politique de mariage entre Mandchous et Mongols. En 1609, il entame les hostilités contre la dynastie Ming.
En 1616, Nurhaci, qui est désormais devenu le seul maitre du territoire des Jürchen, s’auto-proclame « Khan du Grand Jin », en référence à la précédente dynastie jürchen. Les historiens désignent cette période qui précède la dynastie Qing proprement dite comme la dynastie des Jin postérieurs (後金 ; Hòu Jīn), pour la distinguer de la première dynastie Jin. En 1618, Nurhaci entre ouvertement en rébellion contre les Ming en émettant les Sept Griefs contre la tyrannie impériale. Cela lui permet d'unifier sous sa bannière les derniers seigneurs jürchens encore alliés à la dynastie Ming. Remportant une série de victoires militaires contre les Ming, Nurhaci déplace sa capitale de Hetu Ala vers des villes de plus grande taille récemment conquises dans la province du Liaodong, telles que Liaoyang (辽阳) en 1621, puis Shenyang (沈阳), par la suite renommée Shenjing (盛京). Les Mandchous maintiennent par la force leur autorité sur les Hans, les premières révoltes étant matées de manière sanglante. En déplaçant sa cour du Jianzhou vers le Liaodong, Nurhaci s'assure d'importantes ressources matérielles et humaines, se rapprochant également de l'empire mongol. Nurhaci s'assure l'amitié et la coopération des Mongols, qui lui apportent leur savoir-faire militaire : il favorise les mariages entre les lignées des aristocraties jürchen et mongole, créant des liens familiaux entre les élites des deux peuples ; la politique de Nurhaci prend également l'aspect d'un rapprochement culturel, créant pour la langue mandchoue un nouvel alphabet, inspiré de l'écriture mongole. Une administration civile et militaire est également mise en place pour favoriser le contrôle sur les seigneurs jürchens.