Le duché de Bretagne est un duché féodal qui exista de 938 à 1547. Son territoire, partie de celui de l'ancienne Armorique, correspond à la région Bretagne actuelle avec une grande partie du département de la Loire-Atlantique où se trouvent la ville de Nantes et l'ancien pays de Retz.
Le duché s'est successivement trouvé sous l'influence de puissances voisines. D'abord dominé par les ducs de Normandie, le duché de Bretagne subit les influences politiques respectives du royaume de France et du royaume d'Angleterre, malgré cela il garde son caractère d'entité politique strictement distincte de ces deux dernières. Le royaume d'Angleterre exerce une influence très importante sur le duché de Bretagne à partir du XIIe siècle, ce qui fut la cause de guerres civiles en Bretagne.
Succédant au royaume de Bretagne, le duché naît en 938, encore pour partie occupé par les troupes vikings du chef Incon. Alain Barbetorte, petit-fils du dernier roi de Bretagne Alain Ier Le Grand, libère le pays du joug normand et devient alors le premier duc de Bretagne. Pendant près de trois siècles, du Xe au XIIe siècle, les grandes maisons comtales bretonnes (Nantes, Rennes, Cornouaille) se disputent ardemment le pays breton et dirigent le duché les unes après les autres.
Au milieu du XIIe siècle, le duché devient un véritable enjeu géostratégique pour les deux grandes puissances européennes que sont la France et l'Angleterre. La dynastie des Plantagenêts et la maison de France placent leurs ducs à la tête du duché afin de le contrôler. Les ducs imposés par les deux puissances rivales n'auront de cesse que de prendre leur indépendance vis-à-vis des puissances convoitant le duché, au point que les ducs d'origine française réussissent, du début du XIIIe à la fin du XVe siècle, et même en pleine guerre de Cent Ans, à affirmer la puissance de l'État breton toujours indépendant.
Les maisons héritières de Bretagne se sont plusieurs fois alliées à des branches de la maison capétienne. Après près de soixante ans de lutte, autant militaire que diplomatique, notamment l'invasion du duché par l'armée française à la fin du XVe siècle, le royaume de France réussit à effectuer un premier rapprochement, avec le mariage de trois rois de France successifs avec les duchesses Anne de Bretagne et sa fille Claude. En 1532, l'union du duché de Bretagne et du royaume de France est proclamée, celle-ci sera effective en 1547 lors de l’accession au trône de France du dernier duc, Henri II. La nouvelle province française gardera cependant une grande autonomie, son propre parlement provincial, ses états provinciaux et ses privilèges jusqu'à la Révolution française de 1789, qui l'en dépossédera.
De l'Armorique à la Bretagne (Ve – Xe siècle)
Les relations entre Bretons et Francs commencent à se tendre à partir de la mort de Childebert Ier en 558. De l'autre côté de la Manche, les Bretons insulaires enregistrent une série de défaites face aux royaumes anglo-saxons. Privés de ces appuis insulaires, les Bretons continentaux ne sont plus vus comme dangereux par le pouvoir franc. Conomor, l'un des comtes des Bretons, s'allie avec le prince Chramn contre son père Clotaire Ier. Les troupes de ce dernier envahissent la Bretagne et tuent Conomor. Plus tard, c'est le chef des Bretons du Vannetais, Waroch, qui reprend l'offensive sur la frontière orientale de la Bretagne. Les régions de Rennes et de Nantes sont régulièrement prises pour cible par des raids de Waroch. Malgré plusieurs traités de paix, Waroch poursuit ces opérations dans la région, et tient tête aux troupes mérovingiennes. Dans les années 580, le roi Franc Gontran doit nommer Beppolène Dux pour assurer la défense des villes de Rennes, Nantes, et Angers, préfigurant ainsi la création des marches de Bretagne, mise en place plus tard par la dynastie franque suivante. Faute de sources, les suites du conflit sont mal connues.
Le premier véritable royaume de Bretagne atteint son expansion territoriale maximale sous le règne d'Erispoë (851-857), fils de Nominoë, missus imperatoris carolingien ayant arraché l'indépendance. Le territoire s'étend brièvement sur le Cotentin, l'Avranchin ainsi qu'une partie du Maine.
Le royaume de Bretagne connaît son extension maximale sous le règne du roi Salomon. Arrivé au pouvoir en 857 en assassinant son prédécesseur et cousin Erispoë, il hérite d'un royaume dans lequel les Vikings se sont implantés.
Le royaume devint duché en 938. La période fut marquée par un effacement politique des rois de Francie occidentale, qui ne profita que partiellement à la Bretagne. Alain Barbetorte prit le pouvoir en 938, et devint le premier duc de Bretagne lorsqu'il refusa de prendre le titre de roi, s'intitula princeps (premier des seigneurs) et prêta hommage au roi Louis IV en 942.
En 1064, Guillaume II de Normandie mena une expédition contre la Bretagne, à laquelle participa activement Harold Godwinson, qui sera ensuite son adversaire à la bataille d'Hastings. La tapisserie de Bayeux relate les prises successives des forteresses de Dol-de-Bretagne, Rennes et Dinan.
Le règne long et stable d’Alain Fergent permit une première extension des possessions bretonnes, dont la confirmation de l'attribution de l'honneur de Richmond (il avait été accordé à Alain le Roux par Guillaume le Conquérant et transmis par héritage aux ducs de Bretagne). Sa femme, Ermengarde d'Anjou, assura la régence du duché pendant cinq années durant son absence lors la première croisade. Elle participa à la fondation de l'abbaye de Fontevraud et entretint de nombreux échanges avec le moine Bernard de Clairvaux. Son fils Conan III le Gros continua son œuvre de rétablissement de l’autorité centrale bretonne. Le petit-fils de celui-ci, le duc Conan IV, se trouva dépendant des rois d'Angleterre. À sa mort, une crise de succession s'ouvrit et le duché passa sous la tutelle du roi d'Angleterre Henri II. Entre 1166 et 1186, Henri II réunit de facto la Bretagne à ses possessions continentales.
Le royaume passa sous la domination capétienne en 1213. Pierre de Dreux, dit aussi "Pierre Mauclerc", devint duc de Bretagne en épousant Alix de Thouars, et reconnut l'hommage lige au roi de France. L'affirmation de l'autorité royale sous Louis VI et Louis VII, puis l'expansion du domaine royal sous le règne de Philippe II Auguste, expliquent les raisons qui conduisirent en 1199 à l'hommage devant Philippe II Auguste, mais aussi le développement des institutions ducales.
Pendant la période de domination de la maison de Rennes qui s'étend de 988 à 1066, la région est marquée par une période de luttes incessantes entre pouvoir ducal d'un côté et pouvoirs seigneuriaux de l'autre. Le domaine ducal qui s'étend sur les pays de Rennes, de Vannes et de Nantes est alors le plus important de la région. Les comtés de Tréguier, de Léon, de Cornouaille, Porhoët (ce dernier contrôlé par les Rohans), sont en dehors du domaine ducal. Le comté de Penthièvre passe en 1035 sous le contrôle d'une branche cadette de la maison ducale et devient à partir de cette date un nouveau foyer de dissidence au sein du duché.
La maison de Cornouaille s'impose à la tête du duché de 1066 à 1166. Alain IV, qui règne de 1084 à 1112, est le dernier duc bretonnant et son fils, Conan III, s'illustre par une lutte menée contre les grands seigneurs de la péninsule. Pendant toute cette dernière période, ainsi que les précédentes, les ducs bretons n'entretiennent que peu de relations avec le royaume de France, mais sont par contre dépendants des Normands puis des Plantagenêts. Les chevaliers bretons participent ainsi à la conquête de l'Angleterre à partir de 1066 par Guillaume le Conquérant, représentant jusqu'au tiers de son armée, et recevant en retour des fiefs représentant environ un vingtième du pays (comme Alain le Roux qui récupère le comté de Richmond). Des chevaliers participent aussi à la première croisade à partir de 1096, à commencer par le duc Alain IV.
Lorsque Guy de Thouars accède au rang de baillistre de Bretagne en 1203, il tente dans un premier temps d'affirmer l'indépendance du duché, mais dès 1206 le roi français Philippe Auguste rentre dans la région avec une armée pour affirmer son autorité. Il contraint l'héritière ducale Alix de Thouars à un mariage avec un prince capétien Pierre de Dreux. Ce dernier reste fidèle au roi français, participant à plusieurs opérations militaires lors des années suivantes comme la croisade des albigeois. Les relations commencent à se détériorer lors de la régence de Blanche de Castille, et Pierre de Dreux participe à quatre révoltes contre elle entre 1227 et 1234. En octobre 1229, la rupture est consommée, lorsque Pierre de Dreux fait hommage pour le duché de Bretagne au roi Henri III d'Angleterre à Portsmouth. Le roi d'Angleterre intervient en France à partir du 3 mai 1230 lorsqu'il débarque à Saint-Malo afin de recouvrer ses provinces perdues. L'accession de Jean Ier de Bretagne à la tête du duché en 1237, date à laquelle il prend personnellement le gouvernement du duché, ouvre pour la Bretagne une période de paix, par une soumission sans faille au royaume de France, qui s'étend jusqu'à sa mort en 1286 ; cette politique est par la suite continuée par ses successeurs jusqu'au duc Jean III qui meurt en 1341.