Douglass Cecil North, né le 5 novembre 1920 à Cambridge (Massachusetts), et mort le 23 novembre 2015 à Benzonia (Michigan), est un économiste américain, considéré comme l'un des pères de la théorie institutionnaliste. Il a reçu le prix dit Nobel d'économie avec Robert Fogel en 1993. Selon le Comité Nobel, North et Fogel « ont renouvelé la recherche de l'histoire économique en employant la théorie économique et les méthodes quantitatives pour expliquer les changements économiques et institutionnels ».
Douglass North est né à Cambridge (Massachusetts) le 5 novembre 1920. Enfant, il suit son père qui travaille dans une compagnie d'assurance, la MetLife, dans ses diverses affectations : Ottawa, Lausanne, New York, et Wallingford, dans le Connecticut.
North a étudié à Ashbury College à Ottawa Ontario et à la Choate School à Wallingford, dans le Connecticut. Il est accepté à l'université Harvard juste quand son père est nommé chef de la Metlife de la côte ouest. Aussi, il décide d'aller à l'université de Berkeley. En 1942, il devient Bachelier of arts. S'il obtient une mention relativement basse, il a quand même fait en sorte de suivre des cours de science politique, de philosophie et d'économie.
Objecteur de conscience durant la Seconde Guerre mondiale, il devient navigateur dans la marine marchande des États-Unis, naviguant entre San Francisco et l'Australie. C'est durant cette période qu'il lit des livres d'économie et devient passionné de photographie. Durant la dernière année de guerre, il enseigne la navigation à l'école des officiers de marine d'Alameda en Californie. Parallèlement, il s'interroge pour savoir s'il préfère être photographe (il a travaillé comme photographe semi-professionnel, notamment avec la photographe Dorothea Lange) ou bien économiste.
North revient après guerre à l'université de Californie à Berkeley, où il obtient son doctorat en économie, puis commence en 1952 à travailler comme professeur assistant à l'université de Washington.
De 1951 à 1956, North est professeur assistant d'économie à l'université de Washington. Il est par la suite nommé professeur associé de 1956 à 1960. En 1960, il devient co-éditeur du Journal of Economic History, où il popularise la cliométrie (Nouvelle économie historique) tandis qu'il devient professeur d'économie à l'université de Washington, où il dirigera le département d'économie de 1967 à 1979. En 1979, il est professeur « Peterkin » d'économie politique à l'université Rice. En 1981-1982, il est professeur « Pitt » d'histoire américaine et des institutions à l'université de Cambridge, puis, en 1983, il devient professeur Henri R. Luce à l'université Washington de Saint-Louis. Il est directeur du centre d'économie politique de cette université de 1984 à 1990. Il a été aussi membre senior « Bartlett Burnap » de la Hoover Institution à l'université Stanford.
En 1991, il est le premier historien économiste à recevoir le prix John R. Commons, créé en 1965 par Omicron Delta Epsilon. En 1993, il devient corécipiendaire (avec Robert Fogel) du prix Nobel d'économie.
Avec Ronald Coase et Oliver Williamson, il a fondé la société internationale pour la nouvelle économie institutionnelle, qui a tenu son premier meeting à Saint-Louis en 1997. Ses dernières recherches concernent les droits de propriété, les coûts de transaction, l'histoire de l'organisation économique et l'économie du développement.
Douglass North est également conseiller pour le consensus de Copenhague.
North est mort à 95 ans, le 23 novembre 2015, à sa résidence d'été de Benzonia, Michigan, d'un cancer de l'œsophage. Une partie de ses archives sont stockées à la bibliothèque Rubenstein de l'université Duke.
Douglass North est un économiste membre du courant institutionnaliste. En effet, les institutions — qu'il définit comme étant des « contraintes humainement conçues qui structurent les interactions politiques, économiques et sociales » — sont essentielles à la croissance économique. En garantissant les droits de propriété, elles permettent une baisse des coûts de transaction (Ronald Coase) et de ce fait une hausse de la croissance. Les institutions représentent le moteur essentiel de la croissance. Ce sont l'ensemble de règles et d'organisations chargées de les faire respecter. Pour North, un coût de production ne se compose pas uniquement des coûts de transformation, il y a également des coûts de transaction (collecte d'informations et passation des contrats). Hernando de Soto lui rendra d'ailleurs hommage en 2000 avec la publication de son ouvrage Le Mystère du capital. Comme Benoit Prévoit, on pourrait dire que, bien qu’orthodoxe, il rejette l'un de ses postulats majeurs de l’école néoclassique, celui de la rationalité des agents économiques, en se penchant sur le rôle de l'idéologie dans l'économie. Dans une perspective plus proche de celle de David Collander, on pourrait dire que les travaux de Douglas North incarnent la césure entre la théorie traditionnelle économique néoclassique. La théorie orthodoxe actuelle paraît en effet dépasser le néoclassicisime en incorporant davantage dans son analyse le rôle de l’histoire, des institutions, et en admettant une définition plus large de la rationalité.
De la technologie aux institutions
Dans ses ouvrages de 1961, The Economic Growth of the United States, 1790–1860, et de 1966, North pose comme les autres historiens de l'économie que la croissance provient de la technologie (Joseph Schumpeter), du capital humain (Gary Becker) et de l'organisation économique. En 1968, dans un article intitulé Sources of Productivy Change in Ocean Shipping (1600-1850), il met en question de plus en plus la primauté donnée à la technologie et accorde une place de plus en plus importante aux institutions (tout comme Thorstein Veblen) comme cela est visible dans son livre de 1971, écrit avec Davis, Institutional Change and American Economic Growth.
Dans son livre The Rise of the Western World de 1973, il écrit : « une organisation économique efficiente est la clé de la croissance ». Dans cet ouvrage, il soutient que le développement de l'Europe dépend largement de la mise en place de nouvelles institutions. Ce sont elles qui ont permis de réaliser des économies d'échelle (baisse des coûts unitaires avec l'augmentation des quantités produites) et d'améliorer l'efficacité des marchés grâce notamment à des systèmes d'assurances qui ont permis de limiter les coûts des imperfections du marché.
Rôles des institutions et des organisations
Pour North, les Institutions constituent les règles du jeu et façonnent les performances de l'économie. Selon lui, il existe des institutions formelles et des institutions informelles. Parmi les premières, figurent les lois constitutionnelles, les lois cadres, les lois ordinaires et des décrets de régulation, etc. Parmi les institutions informelles, on trouve des conventions, des normes de comportement, des règles de comportement, etc. Il faut compter en plus les institutions qui servent à la mise en application des contraintes imposées par les institutions formelles ou informelles.
Les institutions servent de règles du jeu aux organisations, parmi lesquelles il classe:
Les groupes d'individus unis par un même but qu'ils cherchent à atteindre ;