Dorothée de Montau (née le 6 février 1347 à Montau et morte le 25 juin 1394 à Marienwerder, aujourd'hui Kwidzyn) est une sainte catholique, canonisée en 1976 et fêtée le 25 juin. C'est la patronne de la Prusse et de l'ordre Teutonique.
Dorothée de Montau naît en janvier 1347 dans le village de Gross Montau, près de Marienburg, une région qui fait alors partie de l’État teutonique. Son père est un paysan aisé, originaire de Hollande. Enfant, elle se fait remarquer par une pratique religieuse assidue et ascétique, comprenant notamment des jeûnes, des flagellations et des génuflexions répétées. Sa famille la contraint à dix-sept ans à épouser un armurier de Dantzig, Adalbert Swartze, nettement plus âgé qu'elle. Elle part vivre avec lui à Dantzig.
Entre 1366 et 1380, neuf enfants naissent de ce mariage. Lors de la naissance de son premier enfant, Jésus-Christ aurait infligé à Dorothée de Montau une large blessure sur la poitrine, une blessure qui n'aurait pas guéri pendant les 20 années suivantes et aurait été particulièrement douloureuse lors de l'allaitement. De ces neuf enfants, une seule parvient à l'âge adulte (Gertrude), tous les autres décédant de la peste et d'autres maladies infectieuses. Lorsque Gertrude a 10 ans, Dorothée de Montau la confie au couvent des bénédictines à Kulm (aujourd'hui Chełmno nad Wisłą).
Sa vie de femme mariée à Adalbert Swartze est pour elle un enfer. Durant toute la durée de leur mariage, elle est victime de violence conjugale. Ses aspirations religieuses l'amènent à consacrer un temps très important à la prière, à la poursuite de pratiques ascétiques (mortifications, veilles nocturnes, jeûnes). Peu de temps après son mariage, Dorothée eut ses premières visions religieuses. Elle va à l'église tous les jours, ou plutôt dans plusieurs églises, car elle rend chaque jour dans huit églises différentes de la vieille ville de Dantzig, dont l'église Sainte-Marie, alors encore en construction. À partir de 1380, Adalbert consent à prendre avec elle un vœu de chasteté.
En 1384, la cérémonie d'inhumation à Gdansk de Sainte Brigitte de Suède, en présence du Grand maître de l'ordre Teutonique font sur elle une très forte impression. La même année, elle parvient à convaincre son mari de se consacrer entièrement à la religion : le couple vend toutes ses possessions et part à plusieurs reprises en pèlerinage. Le 25 janvier 1385, elle est convaincue que Jésus-Christ a remplacé son cœur par un nouveau cœur ; elle commence également à entendre chaque jour la voix de Dieu. Dorothée de Montau fait plusieurs pèlerinages en compagnie de son époux, notamment à Cologne, Aix-la-Chapelle et Einsiedeln ; ils avaient prévu de visiter Rome ensemble, en 1390, mais elle part seule, son mari étant retenu par la maladie. Son pèlerinage dure six mois et elle tombe à son tour gravement malade à Rome, mais elle parvient à guérir de sa maladie. Quand elle revient, son mari est mort entre-temps. En 1391, Dorothea quitte Dantzig pour se rendre à Marienwerder, siège du diocèse de Poméranie, afin d'y rencontrer Johannes Marienwerder (de), doyen de la cathédrale de Marienwerder et prêtre de l'ordre Teutonique. Il est alors le théologien le plus célèbre de l'Ordre. De retour à Danzig, elle y est soupçonnée d'hérésie car elle a été surprise à rire et à chanter à l'église. À la suite de cela, son confesseur n'est plus autorisé à lui administrer l'eucharistie et il lui conseille de se rendre à Marienwerder. En 1391, elle quitte alors définitivement Dantzig pour Marienwerder.
En janvier 1392, elle demande à pouvoir vivre comme recluse. Elle présente cette requête comme étant une demande que Jésus-Christ lui-même lui aurait faite et c'est également Jésus lui-même qui lui aurait donné des instructions quant à l'organisation de cette réclusion. Entre-temps, Johannes von Marienwerder est devenu son directeur de conscience. Après que ce dernier ait testé sa détermination et sa foi pendant plus d'une année, son vœu lui est accordé. Avant son entrée en réclusion, Marienwerder et elle ont déjà commencé leur collaboration pour faire connaître la vie extraordinaire de Dorothée von Montau et garder une trace écrite de ses révélations. Afin de ne pas être accusés d'entretenir une relation charnelle, ils se rencontrent exclusivement à la cathédrale même, où Johannes von Marienwerder prend note des révélations de Dorothée.
À partir du 2 mai 1393, elle devient une recluse, vivant dans une cellule attenante au mur sud du chœur de la cathédrale de Marienwerder. La cellule dispose d'une fenêtre donnant sur l'autel de la cathédrale. Dans sa cellule, Dorothée de Montau y mène une vie extrêmement ascétique, rythmée par différents exercices de mortification, bien qu'elle diminue ses pratiques les plus extrêmes, comme s'infliger des coupures ou des brûlures. Elle se confesse et communie tous les jours. Elle a de nombreuses visions, que Johann von Marienwerder prend en notes. Lorsque ce dernier doit s'absenter, c'est Johann Rymann, son second confesseur et prieur du chapitre de la cathédrale qui met sur papier ses visions et prophéties. Le 16 septembre 1393, elle fait l'expérience du mariage mystique avec Jésus-Christ. Elle meurt un peu plus d'une année après son entrée en réclusion, le 25 juin 1934.
Dorothée de Montau était une contemporaine de Catherine de Sienne, née la même année et qui, comme elle, a fait dans sa vie l'expérience du mariage mystique avec le Christ.
Contrairement à d'autres mystiques, Dorothée de Montau était probablement illettrée et aucun écrit d'elle n'est parvenu jusqu'à nous. Le récit de ses visions ne nous est donc parvenu qu'à travers les notes prises par ses confesseurs.
Ses visions sont fortement liées au cycle des fêtes liturgiques. Ses visions sont très diverses, mais elle n'a pas de visions concernant son mari ou ses enfants. Contrairement à Brigitte de Suède ou Catherine de Sienne, ses visions n'ont pas de message à vocation politique et ne concernent que peu les controverses religieuses de son époque. Une des très rares visions pouvant être interprétée comme ayant une dimension politique est sa vision de l'âme torturée en enfer du précédent Grand maître de l'ordre Teutonique, Konrad von Wallenrode, ainsi que plusieurs prophéties de la mort imminente du pape d'Avignon Clément VII. Lors de son procès en canonisation, le Grand maître de l'ordre Teutonique Konrad von Jungingen témoigne que Dorothée de Montau l'aurait protégé, lui et ses chevaliers, les alertant par ses prophéties de dangers imminents.
Un des thèmes principaux des visions de Dorothée de Montau est la passion du Christ et l'adoration de la croix. Elle rapporte notamment avoir eu une vision du reliquaire de Marienburg, un reliquaire contenant une des plus précieuses reliques de l'ordre Teutonique, soit un morceau de ce qui serait la véritable croix ayant servi à la crucifixion de Jésus. Elle a de très nombreuses visions de la Sainte Vierge et de Jésus et, à partir de sa réclusion, elle voit également des saints dans sa cellule. Les visions de Jésus sont cependant nombreuses avant même le début de sa réclusion. Ainsi, le lendemain de l'extraction de son cœur en janvier 1385, et à la suite de ses prières à la Vierge, elle rapporte que Marie aurait placé l'enfant Jésus dans ses bras. Par ailleurs, sa vie mystique est grandement orientée vers la douleur, celle qu'elle s'inflige à elle-même ou celle qu'elle reçoit du Christ.
Durant toute sa vie et y compris durant sa vie d'enfant et de femme mariée, Dorothée de Montau se vit comme étant constamment en présence du Christ. Il la commande en toute chose, y compris les détails de sa vie quotidienne : comment s'asseoir, quoi manger et en quelle quantité, comment se tenir debout, etc.. Tout manquement est un péché, dont elle doit rendre compte. C'est le Christ lui-même qui décide ce qu'elle a le droit de confier ou non à Johann von Marienwerder.
Elle expérimente une union mystique avec le Christ et cela prend notamment la forme d'une grossesse mystique, où Dorothée de Montau ressent les mêmes symptômes que ceux d'une grossesse ordinaire. Pareillement, elle ressent les baisers que le Christ lui donne. Cependant, tout n'est pas que douceur. Dorothée reçoit aussi les flèches de l'amour du Christ, qui lui causent des douleurs physiques et spirituelles.