Ce Jour-là

Doris Lessing

Écrivaine britannique

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Doris May Lessing, née le 22 octobre 1919 à Kermanshah (Iran) et morte le 17 novembre 2013 à Londres, est une écrivaine britannique. Le prix Nobel de littérature en 2007 a couronné « la conteuse épique de l'expérience féminine qui, avec scepticisme, ardeur et une force visionnaire, scrute une civilisation divisée ».

Célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), auteur d'une vingtaine de romans dont le best-seller international Le Carnet d'or (1962), elle est très vite apparue comme une femme de lettres engagée et militante, notamment pour les causes marxiste, anticolonialiste et anti-apartheid. Elle a aussi été associée au combat des féministes sans l'avoir revendiqué ou désiré.

L'œuvre de Doris Lessing est polymorphe. Profondément autobiographique, elle s'inspire notamment de son expérience africaine, de ses années de jeunesse et de ses engagements sociaux ou politiques. Son style romanesque, épique, réaliste et lyrique lui a permis d'aborder différents thèmes tels que les conflits de cultures, les injustices raciales et ethniques, la contradiction entre la conscience individuelle et le bien commun, la violence entre les êtres et les classes, le déracinement ou encore l'enfance. Très appréciée pour sa diversité et son éclectisme, l'auteur a signé des romans documentaires, des témoignages, des fictions visionnaires, des ouvrages de science-fiction (Shikasta en 1981) et des romans psychologiques (L'Été avant la nuit). Elle a même un temps évolué vers l'ésotérisme et la parapsychologie avec Descente aux enfers (1971).

Doris May Tayler est née en Perse (l'Iran actuel) en 1919. Son père, employé de banque, est grièvement blessé lors de la Première Guerre mondiale et se voit amputé d'une jambe. Sa mère, infirmière d'origine irlando-écossaise, y a perdu l’homme qu’elle aimait. Recrutée sur le front de la Grande Guerre, sa mère rencontre son père en le soignant. Plus tard, Doris Lessing racontera l'histoire de ses parents dans Alfred et Emily.

Elle n’a que six ans lorsque sa famille s’installe, en 1925, en Rhodésie du Sud (alors colonie britannique) dans l'espoir de faire fortune grâce à la culture du maïs, du tabac et des céréales puis en cherchant de l'or. Les Tayler supportent mal la dureté du climat et la jeune Doris est tour à tour atteinte de malaria et de dysenterie en raison des attaques de moustiques.

Pensionnaire d'un institut catholique tenu par des religieuses qu'elle supporte mal, elle est en opposition constante avec sa mère, protestante. Elle quitte définitivement l'école à 15 ans, travaillant en tant que jeune fille au pair puis plus tard, à 18 ans, comme standardiste à Salisbury (l'ancienne capitale de la Rhodésie du Sud). Revenue un temps à la ferme parentale, elle se passionne pour la littérature et se plonge dans la lecture de plusieurs grands classiques du XIXe siècle qui influenceront sa création littéraire : Léon Tolstoï, Stendhal, Fedor Dostoïevski ou encore Honoré de Balzac. Elle lit également avec intérêt Marcel Proust et Virginia Woolf.

En 1938, elle commence à écrire des romans tout en exerçant plusieurs emplois pour gagner sa vie. Elle rédige également de courts récits et des nouvelles, arrivant à en vendre deux à des magazines sud-africains.

À dix-neuf ans, l'année suivante, elle se marie avec un fonctionnaire : Frank Wisdom, avec lequel elle aura deux enfants, John et Jean. Elle le quitte en 1943 en lui laissant la garde de leurs enfants, après avoir rencontré lors d'une réunion de sympathisants marxistes, un citoyen allemand, communiste et juif exilé : Gottfried Lessing, qu'elle épouse en secondes noces en 1945. En 1947, le couple donne naissance à un fils, Peter. Elle en divorce et il retourne vivre en Allemagne de l'Est. Après son assassinat en 1979 en Ouganda, elle découvrit qu'il avait été sans doute un agent du KGB.

Elle part pour Londres en 1949 avec son fils et le manuscrit de Vaincue par la brousse (The Grass is singing) dans ses bagages, accepté par le premier éditeur auquel elle s'adresse. L'ouvrage évoque la relation entre la femme d’un fermier blanc et un domestique noir. Le succès du livre, publié en 1950, lui permet de renoncer à un emploi de secrétaire trouvé pour subvenir à ses besoins. En 1951, elle fait paraître un recueil de nouvelles tirées de son expérience africaine : Nouvelles africaines (This was the Old Chief's Country) suivie par un cycle de cinq ouvrages d'inspiration autobiographique, publiés entre 1952 et 1969 et regroupés sous le titre Les Enfants de la violence (The Children of Violence). Cette vaste fresque romanesque, désillusionnée et fataliste, se conçoit comme un immense « Bildungsroman ». Elle narre la quête d'identité du double littéraire de l'auteur, Martha Quest, qui de l'Afrique à l'Angleterre observe les ravages causés par le système colonial sur les relations entre les Noirs et les Blancs puis les conséquences de son effondrement. Par ailleurs, ces récits traitent de l'éveil d'une conscience déçue, de la situation de la femme et de la condition de l'artiste au XXe siècle. Lessing est alors rapprochée des grands auteurs réalistes du XIXe siècle pour la profondeur de son étude psychologique et la densité de son observation sociale.

Comme beaucoup d'intellectuels, d'artistes et d'écrivains britanniques de sa génération, Lessing a été politiquement engagée et active à gauche. En 1952, elle adhère au Parti communiste qu'elle quitte quatre ans plus tard à la suite de l'intervention des chars soviétiques à Budapest et après le XXe congrès. Ses désillusions politiques se lisent dans Retreat to innocence (1956) et surtout Le Carnet d'or (The Golden Notebook, 1962), reconnu aujourd'hui comme son chef-d'œuvre. Elle y revient sur les différentes phases de son espoir révolutionnaire déçu. Par l'évocation qu'il fait de la condition de la femme, de sa psychologie, de ses engagements, de ses états affectifs, de ses désirs et de ses élans intimes, Le Carnet d'or fait de l'écrivaine une icône du féminisme mondial comparable à Simone de Beauvoir sans qu'elle « l’ait jamais voulu ». Cette œuvre se compose d'un court roman conventionnel ainsi que de quatre carnets de notes et de réflexions sur certains thèmes assimilés à une couleur différente : noir pour la littérature, rouge pour la politique, jaune pour la vie privée et bleu pour l'introspection. Assemblés, ils forment le « carnet d'or » du titre dans lequel la narratrice circonscrit tous leurs thèmes et tente de faire la synthèse impossible de sa vie. À la croisée des genres, l'ouvrage se dote d'une structure narrative originale, mêlant l'héritage réaliste des grands romans du XIXe siècle à des techniques littéraires post-modernes (récit éclaté, composition stylistique sophistiquée, collage, mise en abyme, métafiction et jeu du roman dans le roman, digressions verbales, considérations du créateur sur son œuvre...). En mêlant indistinctement journal intime, extraits de presse et télégrammes dans ses cinq carnets, le texte, morcelé, fait de sa protagoniste Anna Wulf un personnage changeant et insaisissable.

En 1956, après un séjour dans la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland où elle interroge comme journaliste le premier ministre sud-rhodésien Garfield Todd et le premier ministre fédéral Godfrey Huggins, elle est finalement interdite de séjour dans toute la fédération et en Afrique du Sud.

Descente aux enfers (Briefing for a descent into Hell, 1971) annonce une nouvelle orientation dans la carrière de Lessing qui abandonne le genre du témoignage autobiographique pour approcher les rives d'une littérature visionnaire. La romancière y appréhende la notion de foi et les arcanes de la psyché. Porté par un imaginaire sombre, teinté d'occultisme et de mysticisme, l'ouvrage se penche sur le soufisme, courant religieux que l'auteur avait commencé à étudier dans les années 1960. Dans ce roman, Lessing s'éloigne du monde réel pour explorer l'univers mental d'un homme souffrant d'amnésie, Charles Watkins. Le récit ouvre une vaste interrogation sur le devenir de l'humanité et l'avenir de la planète. Ce questionnement amène logiquement l'écrivaine à la science-fiction, explorant le thème de la survie et du futur terrestre dans Shikasta et les quatre volumes qui lui font suite, regroupés sous le titre Canopus dans Argos : Archives (Canopus in Argos : Archives, 1979-1980).

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