Donatien Alphonse François de Sade, communément appelé le Marquis de Sade, né le 2 juin 1740 à Paris et mort le 2 décembre 1814 à Charenton-Saint-Maurice, est un romancier, pornographe, philosophe et criminel français.
Il est, dès son vivant, une personnalité très controversée, en raison de ses crimes commis dans les années 1760 et 1770 (séquestration, torture, viols, violences sexuelles, pédophilie). Il parvient à échapper à plusieurs reprises à la justice, ou à atténuer ses peines, grâce à la protection de sa famille, ou en se cachant, voire en fuyant la France. Il est finalement arrêté sur lettre de cachet et emprisonné au donjon de Vincennes puis à la Bastille pendant onze ans.
Après sa libération, en 1790, c'est la part accordée dans ses écrits à l'érotisme et à la pornographie, associés à des actes de violence et de cruauté (tortures, incestes, viols, pédophilie, meurtres, etc.), qui lui vaut à nouveau l'hostilité des autorités. L'expression d'un athéisme anticlérical virulent lui vaut également des inimitiés.
Détenu sous tous les régimes politiques (monarchie, République, Consulat, Empire), il est resté enfermé — sur plusieurs périodes, pour des raisons et dans des conditions fort diverses — pendant vingt-sept ans sur les soixante-quatorze années que dura sa vie. Lui-même, en passionné de théâtre, écrit : « Les entractes de ma vie ont été trop longs ». Il meurt en détention à l'asile d'aliénés de Charenton où il était chargé des arts dramatiques et vivait avec sa compagne.
De son vivant, les titres de « marquis de Sade » et de « comte de Sade » lui ont été alternativement attribués, mais il est plus connu par la postérité sous son titre de naissance de marquis. Dès la fin du XIXe siècle, il est surnommé le Divin Marquis, en référence au « divin Arétin », premier auteur érotique des temps modernes (XVIe siècle).
Occultée et clandestine pendant le XIXe siècle, son œuvre littéraire est réhabilitée au début du XXe siècle par Apollinaire et les surréalistes mais toujours interdite. Jean-Jacques Pauvert est le premier éditeur à braver la censure en publiant sous son nom ses œuvres dans les années 1940 et 1950, dans un contexte où le désir sexuel, parfois transgressif, s'impose comme un thème à part entière dans la littérature française de l'époque. Depuis, plusieurs rééditions et chercheurs ont tâché de mettre en avant l'intérêt historique et littéraire de l’œuvre de Sade, comme témoin des perversions sexuelles de son temps. Toutefois, sa dimension amorale, cruelle et violente, à mettre en parallèle avec le parcours criminel de l'auteur, continue de susciter nombre de réactions de rejet.
Son nom est passé à la postérité sous forme de substantif. Dès 1834, les néologismes « sadique » et « sadisme », qui font référence aux actes de cruauté décrits dans ses œuvres, figurent dans un dictionnaire ; les deux mots finissent par être transposés dans diverses langues.
Le marquis de Sade naît à Paris le 2 juin 1740 à l’hôtel de Condé, où il fut élevé les trois premières années de sa vie, aux côtés de Louis V de Bourbon, prince de Condé, de quatre ans son ainé. Le père de Donatien Alphonse est Jean Baptiste, comte de Sade (1702-1767), franc-maçon et héritier de la maison de Sade, l'une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, co-seigneur de Mazan, et sa mère est Marie Éléonore de Maillé (1712-1777), parente et « dame d’accompagnement » de la princesse de Condé. Du mariage du comte de Sade et de Marie Éléonore le 3 novembre 1733, naissent également deux filles, mortes en bas âge.
Baptisé à Saint-Sulpice, les parents, parrain et marraine s’étant fait représenter par des officiers de maison, il reçoit par erreur les prénoms de Donatien Alphonse François au lieu de Donatien, Aldonse (prénom d'origine provençale), Louis. Le marquis utilise dans la plupart de ses actes officiels les prénoms qui lui étaient destinés, entretenant une confusion qui aura des conséquences lorsqu'il se retrouvera, pendant la Révolution, inscrit par erreur sur la liste des émigrés ; ou qu'un homonyme sera condamné à mort à sa place. De fait, toute sa vie, il s'est appelé, fait appeler et a signé Louis. Une lettre du 19 avril 1792 à Gaufridy est encore signée "Louis" (Lely, 2004, p. 461, dans cette lettre il dit "ouvrez mes écrits", lesquels en 1792 ?). En octobre 1793, quand il renouvelle sa carte de la Section des Piques, il fait substituer "François" à "Louis". Après la Terreur, dans les actes officiels, il utilise son état civil réel suite aux ennuis liés à l'émigration. Son fils aîné, prénommé Louis-Marie, a effectivement émigré. Sade pendant la Révolution n'a jamais quitté la capitale, ce qui est exceptionnel pour un ex-noble.
Du vivant de son père, connu sous le titre de comte, Sade ne porte que celui de marquis. Il ne s’agit là, en vérité, que de titres de courtoisie, sans érection par lettres patentes du fief de Sade en fief de dignité. Après la mort de son père en 1767, il est indifféremment qualifié de marquis ou de comte : le parlement d'Aix, dans sa condamnation de 1772, lui donne le titre de « marquis de Sade », ainsi que le conseil de famille réuni en 1787 par ordonnance du Châtelet de Paris ; il est incarcéré à la Bastille en 1784 sous le nom de « sieur marquis de Sade » ; l’inscription de la pierre tombale de sa femme porte la mention de « Mme Renée-Pélagie de Montreuil, marquise de Sade » ; mais il est enfermé à Charenton en 1789 sous le nom de « comte de Sade » et qualifié dans son acte de décès, dressé en 1814, de « comte de Sade ». Au reste, Sade lui-même, à partir de 1800, décide d'abandonner tout titre et particule et signe, jusqu'à la fin de sa vie : « D.-A.-F. Sade ». Sur l'en-tête de son testament figure seulement : « Donatien-Alphonse-François Sade, homme de lettres ».
Jean-Baptiste François Joseph de Sade, père de Donatien de Sade est, par droit d’aînesse, le chef de la famille. Il a deux frères, Jean-Louis-Balthazar, commandeur de l’ordre de Malte, puis bailli et grand prieur de Toulouse, ainsi que Jacques-François, abbé commendataire d’Ébreuil. Il a également cinq sœurs, dont quatre vivent en religion. La cinquième épouse le marquis de Villeneuve-Martignan, qui fit construire à Avignon l'hôtel seigneurial aujourd'hui musée Calvet, à l'entrée duquel on peut encore voir le blason des Sade. Donatien aima et admira son père autant qu’il ignora sa mère tenue à l’écart par son mari avant de se retirer dans un couvent.
Homme d’esprit, grand séducteur, prodigue et libertin, avant de revenir à la religion à l’approche de la cinquantaine, le père du marquis est le premier Sade à quitter la Provence et à s’aventurer à la Cour. Il devient le favori et le confident du prince de Condé qui gouverne la France pendant deux ans à la mort du Régent. À vingt-cinq ans, ses maîtresses se comptent parmi les plus grands noms de la cour : la propre sœur du prince de Condé, Mlle de Charolais, ancienne maîtresse royale, les duchesses de La Trémoille, de Clermont-Tonnerre, jusqu’à la jeune princesse de Condé, de vingt-deux ans moins âgée que son mari et très surveillée par ce dernier. C'est pour la conquête de celle-ci qu'il épousera en 1733 la fille de sa dame d’honneur, Mlle de Maillé de Carman, sans fortune, mais alliée à la branche cadette des Bourbon-Condé. Comme son frère l'abbé, il est assez lié avec Voltaire et a des prétentions littéraires. Capitaine de dragons dans le régiment du prince, puis aide de camp du maréchal de Villars pendant les campagnes de 1734-1735, il obtient du roi en 1739 la charge de lieutenant général des provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex qu’il achète 135 000 livres et qui lui rapporte en gratifications 10 200 livres par an. Il se lance dans la diplomatie, se voit confier une négociation secrète à la cour de Londres, est nommé ambassadeur à la cour de Russie, nomination remise en cause à la mort du tsar Pierre II, puis ministre plénipotentiaire auprès de l'Électeur de Cologne. Sa conduite pendant son ambassade, puis une imprudente attaque contre la maîtresse du roi, lui vaudra le ressentiment de Louis XV et il ne sera plus employé que pour des postes sans conséquence.