Don Drummond, né le 12 mars 1934 à Kingston, dans le quartier de Trenchtown, et mort le 6 mai 1969 dans la même ville, est un tromboniste et compositeur jamaïcain de formation jazz.
Il est l'une des figure de proue du ska et de la musique jamaïcaine, tant pour son œuvre en solo que pour sa carrière au sein des Skatalites, groupe emblématique qu'il contribue à fonder en 1963.
Il s'impose comme l'un des compositeurs les plus prolifiques du genre, avec près de trois cents œuvres à son nom.
Don Drumond voit le jour à l'hôpital Victoria Jubilee, dans un milieu modeste. Doris Maud Munroe, sa mère, originaire de la paroisse rurale de Westmoreland, élève son enfant seule à Kingston où elle a migré et trouvé un emploi de domestique.
Il suit une scolarité primaire à la Franklin Town Primary School puis à l'Alpha Elementary School, sans réel intérêt pour les études et avec une conduite irrégulière. Doué très tôt pour la musique, il improvise avec des objets du quotidien. Son comportement turbulent conduit à son admission à l'Alpha Boys School en 1943. Son parcours illustre les conditions de vie d’enfants jamaïcains de l’époque, souvent livrés à eux-mêmes et développant précocement autonomie et débrouillardise.
Sous la direction de Rupert Anderson, lui-même ancien élève d'Edward Bennett, Don Drummond s’y distingue par ses qualités musicales exceptionnelles. L'enseignement mettait l'accent sur les techniques et les répertoires classiques de la marche et du jazz, et offrait un cadre éducatif strict et rigoureux. A la fin de ses études, il se voit proposer d’y revenir cette fois comme enseignant, conformément à la tradition de l’établissement. Il y forme notamment Rico Rodriguez, Vernon Muller, Joe Harriott et Vincent Gordon. Avant même la naissance du ska, il était déjà considéré comme un prodige en jazz et un mentor auprès des jeunes musiciens.
Au fil de sa carrière, ses séances en studio vont se caractérisées par une discipline stricte et un perfectionnisme hérités de l'école de musique. Démentant la réputation d'insouciance qui allait plus tard coller à la peau du ska, chaque musicien devait adopter une approche exigeante, fondée sur la capacité à observer la musique de l'extérieur et à la maîtriser, pour parvenir à évoquer un sentiment ou une atmosphère au lieu de se contenter d'en faire un simple exercice de style.
Don Drummond intègre par la suite les orchestres locaux tels que le Colony Club Orchestra d'Eric Dean ou le Tony Brown Orchestra. Pour l'historien de la musique jamaïcaine Garth White, les grands orchestres de jazz des années 1930 et 1940, tels ceux d'Eric Deans, de Sonny Bradshaw ou de Val Bennett, constituent le socle sur lequel repose le ska naissant. Drummond, aux côtés de Roland Alphonso et Tommy McCook, est un bon exemple de cette génération de musiciens professionnels dont la maîtrise du jazz conféra au ska sa rigueur et sa richesse harmonique.
Sa passion pour le jazz l'amène a former un groupe, le Don Drummond Four. Il est élu meilleur tromboniste de l'année 1954. Clement Dodd le repère lors d'un de ses shows et l'embauche dans ses groupes de studio (les Blues Blasters, The City Slickers ou le Studio One Orchestra), où officient plusieurs futurs Skatalites. Sa carrière de studio commence en 1956 ; il a principalement enregistré des specials (enregistrements originaux et exclusivement pour sound system). En 1959, cependant, ces specials commencent à être commercialisés en Jamaïque puis en Angleterre. En 1961, il figure parmi les musiciens réunis pour All Star Top Hits, premier album publié par Clement Dodd, enregistré aux Federal Studios aux côtés notamment de Roland Alphonso, Rico, Derrick Harriott et Clancy Eccles.
Drummond enregistre également pour les producteurs Leslie Kong (Spitfire), Vincent Chin (Don't Bury Me, Dandy Don D.), Prince Buster (That Man Is Back, Dewdrops, Corner Stone), Justin Yap (Ringo, Confucious, Ska-Ra-Van) et Duke Reid (Eastern Standard Time, Occupation, Let Georges Do It).
Ses premières influences viennent de grands jazzmen américains tels Jay Jay Johnson ou Kai Winding. Personnalité tourmentée, il est connu pour ses excentricités et souffre de schizophrénie.
Ce comportement erratique lui vaut le surnom de « Don Cosmic » attribué par Dodd. Il lui arrive ainsi de s'interrompre en plein concert et de rester immobile sur scène.
Il est l'un des premiers musiciens rasta et fréquente les groundations de Count Ossie. Ses titres King Solomon, African Beat, Mesopotamia ou Addis Ababa rendent hommage à l'Afrique, et quant à Marcus Junior et Garvey Burial, dédiés à Marcus Garvey, ils témoignent de ses convictions et de sa foi. Il est ainsi l'un des premiers musiciens jamaïcains à avoir pleinement intégré le rastafarisme et le nationalisme noir dans son identité artistique, faisant de lui un catalyseur culturel autant qu'un innovateur musical dans la période cruciale de l'indépendance jamaïcaine (1962-1965).
Les Skatalites et l'âge d'or du ska
Drummond est devenu par la suite un des chefs créateurs et spirituels des Skatalites. En 1964, le Ska inonde les ondes hertziennes jamaïcaines tout au long de l'année, et il participe à des dizaines de séances d'enregistrement. Les Skatalites accompagneront les stars jamaïcaines de l'époque tel que Joe Higgs ou Jackie Opel mais également une nouvelle génération où l'on retrouve Delroy Wilson, The Wailers, Lee 'Scratch' Perry et Ken Boothe.
Man in the Street, composition de Drummond, rentre dans le Top 10 au Royaume-Uni en 1964, et un an après, son adaptation du thème du film Guns of Navarone réussit le même exploit en Angleterre.
Le nouvel an 1965, il se rend au commissariat pour le meurtre de sa femme, une danseuse nommée Anita 'Margarita' Mahfood (que l'on peut entendre sur le titre Woman A Come), poignardée. Son corps a été trouvé à domicile, portant de multiples blessures causées par des coups violents. Drummond a été considéré comme non-responsable de ses actes par le tribunal et interné au Bellevue Hospital.
Il meurt le 6 mai 1969 à l'âge de 35 ans. Son décès a alimenté plusieurs hypothèses contradictoires, notamment une vengeance de la famille de sa concubine ou un suicide, la version officielle étant une mort naturelle.