Le diocèse d’Amiens (en latin : Dioecesis Ambianensis) est un diocèse de l'Église catholique en France. Gérard Le Stang est l'actuel évêque. Le diocèse d'Amiens est un des diocèses historiques de Picardie.
Selon la tradition catholique, le diocèse d'Amiens a été fondé par saint Firmin, chrétien d'Hispanie venu en Gaule au IVe siècle, et qui aurait été exécuté par les Romains. Il est le patron du diocèse. Pour Jean Lestocquoy, nous ne savons rien de la vie des saints patrons des diocèses de la Belgique seconde, dont saint Firmin, en dehors des récits hagiographiques. Toutefois, il affirme qu'il serait « aventureux » de remettre en cause leur existence.
Érigé probablement au cours du IVe siècle comme évêché dont le siège est situé à Amiens, chef-lieu de cité, le diocèse couvre le territoire de la civitas des Ambiens. Si pour les historiens du XIXe et du début du XXe siècle, les frontières des diocèses du Haut Moyen Âge correspondent exactement aux limites territoriales des cités romaines du Bas-Empire, les historiens modernes remettent en doute cette continuité : les preuves manquent pour confirmer cette permanence, et la conception de frontière strictement délimitée était probablement étrangère à la société du Haut Moyen Âge. Pour Charles Mériaux, le territoire du diocèse s'est progressivement construit autour d'un centre, la cité épiscopale, et s'est étendu dans les campagnes à partir d'institutions ecclésiastiques.
Le premier évêque d'Amiens dont le nom est assuré est Eulogius, mentionné sur la liste du pseudo-concile de Cologne en 346. Par la suite, aucun évêque amiénois n'est sûrement attesté jusqu'en 511, date de la participation d'Edibius, évêque des Ambiens au VIe siècle, au concile d'Orléans. Pour Jean Lestocquoy, les lacunes dans les listes épiscopales des diocèses de la Belgique seconde entre les IVe et les Ve siècles s'expliquent vraisemblablement par l'absence de diocèse dans les régions concernées, les missionnaires s'attachant à l'une ou l'autre des civitates selon les besoins de leur mission d'évangélisation. L'installation de chrétiens dans la région d'Amiens est précoce : des inscriptions paléochrétiennes ont été découvertes dans le cimetière Saint-Acheul. La mémoire de cette implantation a été conservée et le cimetière est considéré, dès le Xe ou le XIe siècle, comme le berceau mythique de la communauté chrétienne dans la région. Pour Sabine Racinet, l'expansion du christianisme en Gaule du Nord a été freinée par la persistance du paganisme dans les campagnes, tandis que les grandes invasions ont entraîné un reflux de la population des cités importantes de la Picardie, un phénomène défavorable à l'implantation durable de la religion chrétienne. L'évangélisation de la région n'est donc pas linéaire : « il y a [...] des avancées mais aussi des moments de régression ».
Les archives épiscopales ayant été détruites par les Normands lors des nombreux raids qu'ils mènent à Amiens au cours de la deuxième moitié du IXe siècle, il est difficile de retracer l'histoire des débuts du diocèse à partir des seules sources écrites. Au VIe siècle, Grégoire de Tours mentionne l'existence d'un oratoire desservi par des religieuses, construit près de la porte aux Jumeaux, sur le lieu où saint Martin avait partagé son manteau. Une charte de 850 révèle l'existence à Amiens d'un ensemble épiscopal composé d'au moins deux églises à l'angle nord-est de la ville fortifiée, retranchée, depuis la fin du IIIe siècle, ou le début du IVe siècle, derrière une enceinte fortifiée d'environ 20 hectares. Placées sous le vocable de la Vierge et de saint Firmin, ces édifices religieux sont, selon Didier Bayard, construits sur l'emplacement de la cathédrale actuelle. En effet, des fouilles archéologiques ont mis au jour des inscriptions funéraires des VIIe et VIIIe siècles au sud de la cathédrale, rue Cormont, et à l'ouest, sous le parvis. En outre, Didier Bayard rejette la tradition, formée au VIIIe ou IXe siècle, selon laquelle la première église amiénoise se trouve dans le cimetière Saint-Acheul où serait enterré saint Firmin. D'autres bâtiments, situés au nord-est du castrum, complètent l'ensemble épiscopal : un Hôtel-Dieu, fondé au XIe siècle, et un palais épiscopal. D'après Didier Bayard, le groupe épiscopal fait l'objet de travaux importants au cours du VIe siècle.
En 1790, le diocèse d'Amiens compte 1201 prêtres. Parmi ceux-ci, 51,20 % acceptent la Constitution civile du clergé, votée le 12 juillet 1790, et prêtent serment. Ils représentent les prêtres constitutionnels. Dès 1791, des membres du clergé sont victimes de violence. Selon l'historien Robert Legrand, ces violences s'expliquent par la hausse des prix et la disette. À partir de février 1790, les couvents sont fermés et les ordres religieux supprimés. Par le décret du 18 septembre 1794, Pierre-Joseph Cambon fait supprimer le budget des cultes, ce qui provoque la fin de l’Église assermentée.
De 1790 à 1801, Amiens fut le siège épiscopal du diocèse de la Somme, un des quatre-vingt-trois diocèses de l'Église constitutionnelle créés par la constitution civile du clergé.
Séparation des Églises et de l’État et querelle des inventaires
La Loi de séparation des Églises et de l'État, qui met fin au régime concordataire, est promulguée le 9 décembre 1905. Dans son article 3, elle prévoit un inventaire des biens mobiliers et immobiliers des établissements publics du culte avant que ne soit rendue aux associations cultuelles la partie de ces biens estimée nécessaire au culte et que le reste soit saisi. À l'inverse d'autres régions de France, les opérations d'inventaire, qui se déroulent dans la Somme entre janvier et mars 1906, ne provoquent pas de trouble important au sein du diocèse. Les paroisses situés à l’ouest au centre du département ne manifestent aucune opposition, à l'inverse des paroisses des arrondissements de Péronne et de Montdidier. À Templeux-le-Guérard le 8 mars 1906, la population s'en prend au fonctionnaire de l'Administration des Domaines et aux témoins venus de Roisel, après avoir repoussé une première fois l'inventaire le 20 février.
Selon Xavier Boniface, la faible résistance des Samariens à l'égard des opérations d'inventaires s'explique par leur indifférence religieuse, « leur pondération habituelle [et] l'influence du clergé et des notables ». Il suppose également que la population n'a pas réagi « en constatant que la présence traditionnelle de l’Église dans leur région n'était pas remise en cause : le prêtre n'était pas chassé, l'exercice du culte pas entravé et les rites religieux pas disparus ».
Création de l'association diocésaine
À la suite de la promulgation en 1905 de la loi de séparation des Églises et de l'État, les établissements publics du culte, structures de droit public chargés de la gestion des lieux de culte, sont supprimés au profit des associations cultuelles, qui relèvent de la loi de 1901 sur les associations. Comme l'ensemble des diocèses de France, Amiens refuse de se constituer en association cultuelle, ouvrant une période d'insécurité juridique pour l'Église catholique en France.
Selon Philippe Portier, ce refus s'explique par deux raisons : il est « théologiquement inconcevable pour le pape que l’Église perde son statut de droit public et soit ainsi dissociée de l’État ». En outre, elle juge que les dispositions de la loi ne garantissent pas l'organisation hiérarchique de l'institution, craignant notamment que les laïcs ne profitent du flou de l'article 4 sur l'organisation des associations cultuelles pour constituer des structures parallèles, et prendre le pouvoir.
La reprise du dialogue entre la République française et le Saint-Siège à partir de 1920, initie un échange de lettres entre Raymond Poincaré, président du Conseil, et Bonaventura Cerretti, nonce apostolique à Paris, au sujet des associations cultuelles. Ces discussions aboutissent en 1924 à la conclusion des accords Poincaré-Cerretti, qui permettent la création des associations diocésaines, reconnaissant que les évêques sont à la tête de ces structures. Dans le sillage de ces accords, le diocèse d'Amiens met en place en décembre 1924 une association diocésaine chargée de « subvenir aux frais et à l'entretien du culte catholique ».