Dina Vierny, née Dina Aïbinder le 12 janvier 1919 (25 janvier dans le calendrier grégorien) à Kichinev (en Bessarabie alors roumaine, actuellement en Moldavie sous le nom de Chișinău) et morte le 20 janvier 2009 à Neuilly-sur-Seine, est une collectionneuse d'art française qui fut modèle pour plusieurs peintres, mais principalement pour Aristide Maillol.
Muse du sculpteur depuis l'âge de quinze ans, elle est désignée dix ans plus tard, en 1944, exécutrice testamentaire de celui-ci, qui la considérait comme sa fille. Elle devient galeriste. Choisie en 1972 par l'unique héritier de Maillol pour être son légataire universel, elle crée en 1983 la Fondation Dina-Vierny et ouvre en 1995 à Paris le musée Maillol.
Dina Aïbinder est la fille de Jacob Aïbinder, dit Jacques, né le 12 décembre 1889 à Chișinău, un pianiste et militant social-démocrate russe emprisonné et déporté sous le tsarisme. Sa mère est également musicienne et sa tante est cantatrice. Les deux familles sont issues de cette importante communauté juive russe qui est venue s'installer à la fin des années 1830 dans la nouvelle capitale de la Bessarabie, Zone de Résidence de l'Empire russe, et qui a subi en 1903 et 1905 deux pogroms au retentissement mondial. Quand, au sortir de la Première Guerre mondiale, Dina Aïbinder naît, la République démocratique moldave, devenue indépendante à la faveur de la Révolution de 1917, a rejoint le royaume de Roumanie depuis dix mois. Sa langue maternelle est le russe.
Elle a six ans quand, en 1925, elle rejoint, via Odessa, Varsovie et Berlin, son père, qui quitte l'Union soviétiqueet a trouvé un emploi de pianiste accompagnateur dans un cinéma de Paris. L'appartement familial devient un lieu de rencontre d'une certaine intelligentsia.
Un ami de son père, l'architecte Jean-Claude Dondel, remarque la ressemblance de l'adolescente avec les statues d'Aristide Maillol. Il dit à Maillol, qui ne fait plus poser sa femme, Clotilde Maillol, et a convoqué successivement plusieurs modèles, que la jeune fille ressemble à son œuvre et à celle de Renoir. Maillol lui écrit alors une lettre : « Mademoiselle, on me dit que vous ressemblez à un Maillol et à un Renoir. Je me contenterai d’un Renoir ». Dina Vierny rencontre alors Maillol à Marly-le-Roi en 1934 et commence à poser pour lui. Le maître la choisit pour être son unique modèle. Elle n'a que quinze ans, lui soixante-treize, et c'est à ce moment qu'il recommence à faire de grandes sculptures. Il la fait poser tous les jours trois heures durant dans son atelier de Marly et lui aménage un pupitre pour qu'elle puisse faire ses devoirs sans cesser de poser. Elle devient dès lors la figure essentielle de l'œuvre du sculpteur. Il lui montre ses carnets, en fait la confidente de son processus de création. Cette initiation, totalement chaste, durera dix ans ; elle est aussi une transmission. Dina Aïbinder pose aussi pour de nombreux amis de Maillol, tel Raoul Dufy.
Tout en poursuivant des études universitaires de physique-chimie qui la destinent au métier de laborantine, elle se passionne pour le surréalisme et a l'occasion de fréquenter André Breton, Marcel Duchamp, Serge Poliakoff, Serge Charchoune, mais aussi Paul Valéry, André Gide, Kees van Dongen, Édouard Vuillard, les nabis dont Aristide Maillol est resté proche. Rompant avec les engagements socio-démocrates familiaux, elle sympathise avec les idées trotskystes développées par le Groupe bolchevik-léniniste de la SFIO et participe, avec ses militants à la création de la JSR, dirigée par Fred Zeller, en janvier 1936 puis adhère au Parti ouvrier internationaliste. Son compagnon, le photographe et chanteur Pierre Jamet, participe à la Ligue française pour les auberges de jeunesse, fondée en 1930 par Marc Sangnier. En 1936, pour soutenir le mouvement ouvrier au sein du Front populaire, elle joue dans une pièce à sketches du groupe Octobre de Jacques Prévert.
En 1938, elle épouse Sacha Vierny, un ancien camarade rencontré dans un camp de vacances, devenu instituteur, qui s'est inscrit à l'École de Maisons-Alfort pour devenir vétérinaire. Il deviendra l'un des plus importants directeurs de la photographie français. Elle joue un petit rôle dans le film Altitude 3.200, de Jean Benoit-Lévy, aux côtés de Jean-Louis Barrault et de Bernard Blier.
Au début de la guerre, Maillol part pour Banyuls et Dina le rejoint en 1940. Pendant la drôle de guerre, elle tente, avec Vlady, le fils de Victor Serge, de sortir un périodique éphémère, Le Nouveau départ. Depuis l'appartement d'invités que Maillol a mis avant guerre à sa disposition à Banyuls-sur-Mer, Dina Vierny fait la passeuse pour ceux de ces antifascistes qui tentent de fuir par l'Espagne.
Résistante, elle est contactée par Varian Fry sur les recommandations d’André Breton pour faire du passage à la frontière espagnole. Elle rencontre ainsi les artistes de la villa Air-Bel à Marseille. Et participe à l'exfiltration depuis Marseille, où ils se sont réfugiés, d'intellectuels et artistes européens, menacés par la Gestapo comme par la police du régime de Vichy. Elle l'avoue d'emblée au vieil homme, qui a puisé auprès d'elle les ressources d'un renouveau intellectuel et artistique. Il lui indique alors un chemin de contrebandiers à travers les Pyrénées orientales, la « voie Maillol ». La robe rouge de « Didi », qui sert de signe de reconnaissance à ceux qui doivent la rejoindre à une terrasse de café, inspire en 1940 à l'artiste un tableau, Dina à la robe rouge.
Dina Vierny est arrêtée une première fois en 1941 par la gendarmerie nationale à Banyuls-sur-Mer. L'avocat influent engagé par Maillol la fait libérer en inventant une histoire de contrebande d'huile pour le marché noir, mais son dossier est transmis à la Gestapo. Juive et d'origine russe, elle est sous la menace de la loi du 4 octobre 1940 édictée par le régime de Vichy. Celle-ci stipule que tous les Juifs d'origine étrangère doivent être internés, ou assignés à résidence sans limitation de temps, sur simple décision préfectorale.
Maillol l'envoie à Cimiez, quartier résidentiel de Nice, qui est alors en zone italienne pour l'éloigner de la frontière espagnole. Maillol l’envoie poser chez ses plus chers amis Bonnard, Matisse et Dufy, qui deviendront tous de très grands amis.
Au début de l'année 1943, alors que tombe le réseau russe de l'Action orthodoxe, elle est arrêtée par la Gestapo au cours d'une rafle opérée à l'Académie de la Grande Chaumière, à Paris. Des liasses de dollars, remis par le réseau Fry, sont trouvées. Elle est inculpée pour trafic de fausse monnaie. Elle subit douze interrogatoires dans un centre de torture, 80 avenue Foch, puis est emprisonnée à Fresnes, où le seront un an plus tard Robert Desnos et René Lacôte. Là, ce sont des policiers français qui la battent. Elle n'en parlera jamais. Elle est promise à la déportation, comme son père, qui, déporté le 7 décembre 1943 depuis Drancy par le convoi no 64, mourra le 12 décembre 1943 à Auschwitz.
Au bout de six mois de cette incarcération à Fresnes, en octobre 1943, Maillol profite de la visite à Banyuls du sculpteur officiel du régime nazi, Arno Breker, qui est un admirateur et est venu faire son portrait, pour rentrer avec celui-ci à Paris, où il doit superviser la fonte d'une sculpture. Arrivé à Paris, Werner Lange, officier « planqué » du Propagandastaffel qui a été du voyage et avait eu l'occasion de fréquenter Dina Vierny, obtient avec facilité sa libération. Elle paraît exempte de toute trace de violences.
Elle est mise dans le train pour Banyuls, où Maillol la rejoint bientôt. Profondément marquée par sa détention, c'est durant cette période d'éloignement, alors que son mari se cache de son côté, que les liens avec celui-ci se distendent au point de rompre.
À la nouvelle du débarquement de Normandie, elle rejoint à Paris les rangs de ses camarades communistes préparant l'insurrection. En août, elle est sur les barricades. Durant l'épuration, elle est la seule à prendre la défense d'Arno Breker, n'hésitant pas à se déplacer jusqu'à Berlin.