Dieudonné Costes, né le 4 novembre 1892 à Septfonds (Tarn-et-Garonne) et mort le 18 mai 1973 à Paris 7e, est un aviateur français, célèbre notamment pour la première traversée de l'Atlantique sud sans escale en 1927, puis pour la première traversée de l'Atlantique nord sans escale dans le sens est-ouest, avec Maurice Bellonte, en 1930.
C'est en tant que pilote de ligne d'abord chez Latécoère sur la liaison Toulouse-Casablanca, puis à Air Union sur le parcours Paris-Londres que Dieudonné Costes commence sa carrière, avant de devenir pilote d'essai chez Breguet et de mettre à son actif de nombreux raids et records.
Dieudonné Costes repose au cimetière parisien de Passy, non loin d'autres célébrités du monde de l'aviation : Henri Farman, Maurice Bellonte et l'avionneur Marcel Dassault.
Né dans une famille de la bourgeoisie provinciale (ses parents possèdent une petite fabrique de chapeaux de paille) établie à Septfonds, puis à Caussade, Dieudonné Costes se montre à l'école « plus intelligent que studieux ». Le jeune homme fréquente le lycée de Toulouse, puis l'école des arts et métiers d'Aix-en-Provence qu'il quitte à 17 ans et demi, sans obtenir le diplôme. Il entre dans la vie active comme mécanicien. Passionné par l'aviation naissante, il obtient de ses parents de se faire financer des cours de pilotage et obtient son brevet civil (no 1046) à l'école Blériot d’Étampes en septembre 1912, puis tente sa chance comme pilote itinérant en achetant avec trois associés un Blériot XI dans l'espoir de gagner sa vie dans les meetings aériens. L'entreprise tourne court après quelques meetings quand leur appareil rend l'âme. Costes décide alors de s'engager dans l'armée au 2e groupe de Troupes aéronautiques au mois d'octobre 1913 dans le but d'y devenir pilote militaire. Simple soldat, il essuie des déconvenues en étant versé au service général malgré son brevet de pilote civil et se retrouve affecté comme caporal mécanicien au camp de Sissonne. Il est finalement sélectionné pour passer les épreuves du brevet de pilote militaire, mais la Première Guerre mondiale éclate et les épreuves du brevet sont annulées.
Dieudonné Costes sert alors comme mécanicien à l'escadrille V 24 et effectue ses premiers vols de guerre en tant que mitrailleur. Légèrement blessé à la main le 22 décembre 1914 par un éclat de DCA qui s'infecte et lui vaut une hospitalisation, il est réaffecté le 3 avril 1915 à l'escadrille MF 44, d'où il peut passer les épreuves de pilote militaire (no 1185) sur Maurice Farman le 10 juillet 1915 à école d'aviation militaire de Chartres (future base aérienne 122 Chartres-Champhol). Il y est affecté en tant que moniteur, avant de finalement retourner dans une escadrille au front, la MF 55, au mois d'octobre 1915.
Un mois plus tard, il part pour l'armée d'Orient recruté par un de ses anciens élèves-pilotes, le capitaine Victor Denain, qui y dirige localement l'aviation. Costes va s'y révéler comme le meilleur pilote, étant affecté dans plusieurs escadrilles et terminant dans la chasse où il devient avec le grade de sous-lieutenant un « as », avec six victoires aériennes, dont plusieurs remportées en collaboration avec ses équipiers Maurice Lashermes et Paul Andrillon. Il est décoré de la Croix de guerre avec 7 palmes et 2 étoiles de vermeil, la médaille militaire et la croix de chevalier de la Légion d’honneur.
Premiers pas dans l'aviation civile
Démobilisé en septembre 1919, Dieudonné Costes vit à Toulouse et va se faire immédiatement embaucher comme pilote à la société des lignes Latécoère, effectuant des liaisons aériennes entre Toulouse et le Maroc. Il en est renvoyé par Pierre-Georges Latécoère au mois de novembre 1920 pour s'être livré à du trafic de cocaïne d'Espagne vers Toulouse, ce qui lui vaut une condamnation à de la prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Toulouse en mai 1921. Embauché par la compagnie Aéro Transport Ernoul où il fait connaissance de son ami le pilote Paul Codos, il est de nouveau sans emploi quand celle-ci fait faillite en mars 1922.
Il connaît alors une période difficile et reçoit le soutien financier de sa famille, jusqu'au mois de septembre 1923 quand il est embauché par la compagnie Air Union à Paris. Il va y effectuer des liaisons aériennes Paris-Bruxelles sur Blériot-SPAD S.33, puis Paris-Londres sur bimoteurs Farman Goliath. C'est à cette occasion qu'il fait la connaissance de Maurice Bellonte, qui devient son mécanicien volant.
Chef-Pilote de la société Breguet
Durant l'été 1925, Dieudonné Costes est embauché parmi les pilotes réceptionnaires de la société Breguet, dirigés par le chef-pilote Robert Thiéry. Il arrive à une période où sort le Breguet 19 aux commandes duquel les pilotes de la firme vont se lancer pour réaliser plusieurs vols de record de distance.
Le 13 septembre 1925, Robert Thiéry et Costes en tant que navigateur s'attaquent au record du monde de distance en ligne droite, pilotant un Breguet 19 à moteur Renault de 480 chevaux, décollant du Bourget avec l'intention de se poser en Iran. Mais la tentative échoue, leur avion bourré de carburant et volant à basse altitude percutant un arbre dans la brume au-dessus de la Forêt-Noire. Robert Thiéry meurt dans l'accident.
Après ce drame, Costes devient le chef-pilote de la société Breguet et va réaliser plusieurs vols de record :
- Le 27 septembre 1926, sur un appareil de grand raid (dit Breguet-Bidon, no 1685) appartenant à l'armée, il réussit un vol Paris-Assouan de 4 100 km avec le lieutenant René de Vitrolles en navigateur, mais échoue à remporter le record de distance.
- Le 28 octobre 1926, il bat de record du monde de distance en réussissant un Paris-Djask (Iran) avec le capitaine Georges Rignot en navigateur, parcourant une distance de 5 396 km.
- Le 4 juin 1927, toujours avec Georges Rignot en observateur, il tente d'améliorer son record en traversant l'Asie mais un problème mécanique le contraint à se poser autour des Monts Oural en n'ayant parcouru que 4 640 km.
Alors que Charles Lindbergh a réussi la première traversée New-York / Paris le 21 mai 1927, Costes envisage de réussir le premier Paris / New-York, une performance bien plus difficile à réaliser car soumise aux vents contraires. Il compte partir sur son Breguet "Bidon" no 1685 utilisé lors de ses précédents vols de records, mais le ministre de la guerre Paul Painlevé refuse de mettre à disposition l'appareil car trop d'aviateurs téméraires ont disparu en tentant cette périlleuse traversée. Le Breguet 14 no 1685 est alors racheté à l'état par la société Breguet et le raid va être financé sur les fonds propres de l'entreprise. Au mois de septembre 1927, alors que la meilleure période météo pour réussir la traversée est passée, le Breguet no 1685 que Costes baptise "Nungesser et Coli" en hommage aux deux aviateurs disparus le 8 mai dans l'Atlantique Nord, n'est pas prêt. Il décide alors de se rabattre sur un objectif de rechange, la traversée de l'Atlantique Sud, encore invaincu en traversée directe. Cinq aviateurs l'ont traversé en hydravion jusque-là, mais en utilisant les rochers Saint-Pierre et Saint-Paul ainsi que les îles Fernando de Noronha comme escales.
S'adjoignant les services du lieutenant de vaisseau Joseph Le Brix en navigateur, Costes décolle le 10 octobre 1927 du Bourget pour la ville de Saint-Louis du Sénégal où les deux hommes découvrent un Latécoère 26 piloté par Jean Mermoz avec pour navigateur Élisée Négrin, immobilisés après avoir endommagé leur hélice. La Compagnie générale aéropostale considère en effet ce parcours comme sa chasse gardée et avait affrété un équipage pour tenter la traversée avant Costes...