Didier Ratsiraka est un militaire et homme d'État malgache, né le 4 novembre 1936 à Vatomandry (Vatomandry) et mort le 28 mars 2021 dans le 3e arrondissement d'Antananarivo. Fondateur du parti socialiste et nationaliste Arema, il exerce par deux fois la fonction de président de la République (1975-1993 et 1997-2002).
Fils d'un fonctionnaire de l'administration coloniale française, il devient officier de marine puis ministre des Affaires étrangères durant la Transition militaire malgache (1972-1975).
Après la transition militaire, il fait approuver par la population une nouvelle Constitution à orientation socialiste, puis est élu président de la république démocratique de Madagascar. Le choix de la planification et de la malgachisation se révèle finalement un échec économique et social le poussant à accepter, en 1991, la transition libérale réclamée par les Forces vives d'Albert Zafy, qui lui succède à la tête de l'État en 1993.
Candidat à l’élection présidentielle suivante, en 1996, ayant pris note de l'échec du socialisme, il se veut désormais le promoteur d'un humanisme écologique. Il parvient de justesse à battre Albert Zafy et devient à nouveau président de la République. Il procède alors à une réforme constitutionnelle renforçant les prérogatives du chef de l'État, tandis que le pays renoue avec une croissance économique modérée.
L'élection présidentielle suivante l'oppose à Marc Ravalomanana, qui revendique sa victoire et se proclame président de la République à Tananarive — ce que conteste Ratsiraka, qui se replie à Tamatave. Les tensions politiques menant le pays au bord de la guerre civile, Didier Ratsiraka s'exile en France en 2002.
En 2009, le putsch d'Andry Rajoelina l'amène à participer aux négociations menées sous l'égide de l'Union africaine en vue de mettre en place un gouvernement malgache transitoire, un projet qui n'aboutit finalement pas. La candidature de Ratsiraka à l'élection présidentielle de 2013 n'est pas retenue, mais il peut se présenter à celle de 2018, où il est éliminé dès le premier tour.
Didier Ignace Ratsiraka est né à Vatomandry, sur la côte Est, région d'origine de sa mère qui appartenait à l'ethnie Betsimisaraka. Tamatave et sa province resteront d'ailleurs son « fief » dans la suite de sa carrière politique.
La maison familiale est incendiée en 1947, alors qu'il a 11 ans, par un groupe de tirailleurs sénégalais dans le cadre de la répression sanglante menée par l'armée française contre les insurgés malgaches.
Par son père, Albert Ratsiraka, qui était un des dirigeants locaux du PADESM dans la région de Moramanga, Didier Ratsiraka était un héritier politique de ce mouvement. Ainsi, dès ses débuts en politique, il passait pour représenter l'aile gauche de ce mouvement, plus radicale et socialisante, face à une aile modérée sociale-démocrate représentée par le président Philibert Tsiranana.
En 1964, il épouse Céline Ratsiraka, née Velonjara. Le couple a quatre enfants : Olga, Sophie, Annick et Xavier.
Didier Ratsiraka fut un élève brillant : après avoir suivi ses études à Tamatave puis à Tananarive, il passa son baccalauréat en France au lycée de Montgeron, puis fut admis en classe préparatoire scientifique au lycée Henri-IV à Paris. Il choisit la voie militaire, et fut admis à l'École navale (2e de sa promotion) en 1960.
Ses études en France jouent un rôle majeur dans sa construction idéologique : il est membre de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), une organisation estudiantine de gauche, et se tient informé de l’actualité internationale notamment en s’abonnant au Monde Diplomatique dont la ligne éditoriale est tiersmondiste. Il admire notamment Charles De Gaulle, Gamal Abdel Nasser, Gandhi, Jawaharlal Nehru, Ahmed Sékou Touré et Houari Boumédiène.
Il embarque sur la Jeanne d'Arc en 1962. À l'occasion de cette croisière d'application, il visite plusieurs pays et ports importants comme Hong-kong, Panama et Pearl Harbor. Il retourne dans son pays (avec le grade d'enseigne de vaisseau de 1re classe), puis reçoit le commandement du patrouilleur Tanamasoandro, bâtiment cédé par la France à la République malgache et basé à Diégo-Suarez. À la suite de fausses manœuvres, le patrouilleur s'échoue au fond de l'anse de la Nièvre et Didier Ratsiraka écope d'une sanction particulière : il est envoyé en « exil » à Paris en tant qu'attaché d'Ambassade.
Membre du gouvernement Ramanantsoa
Sa véritable entrée en politique se fit en tant que militaire. À la suite des événements estudiantins de mai 1972, le capitaine de corvette Didier Ratsiraka devient ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa, régime de transition en place de 1972 à 1975.
À ce poste, il obtient en 1973 de francs succès lors de la révision des accords de coopération avec la France : départ des militaires français présents à Madagascar (et l'évacuation de la base de Diégo-Suarez), sortie de la zone franc, etc. Volontairement « insolent » vis-à-vis de l'ancienne puissance coloniale, il s'attire la méfiance de Jacques Foccart qui le surnomme « le Rusé » ou encore « le Caméléon ». Il est alors considéré, avec le colonel Richard Ratsimandrava, comme un jeune ministre à forte personnalité et enclin à une révolution politique et sociale afin d'accélérer le développement de Madagascar.
Par ailleurs, il rompt les relations diplomatiques de Madagascar avec l’Afrique du Sud et Israël, respectivement à cause de l’Apartheid et de l'occupation de la Palestine.
Socialisme malgache lors de l’instauration de la Deuxième République