Didier Fassin, né le 30 août 1955, est un anthropologue, sociologue et médecin français. Il est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » et professeur de sciences sociales à l'Institute for Advanced Study de Princeton. Il occupe également une direction d’études à l'École des hautes études en sciences sociales. Il est élu à l’Académie de l’Europe en 2021 et à l’American Philosophical Society en 2022.
Didier Fassin est le fils d'un électronicien et d'une secrétaire. Il est le frère du sociologue Éric Fassin et grandit en banlieue parisienne.
Après des études de médecine, il devient chef de clinique assistant des Hôpitaux de Paris, spécialisé en médecine interne et maladies infectieuses à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière au début de l’épidémie de sida. Un séjour à Calcutta, où il travaille comme médecin responsable du mouroir, l’expose à la double réalité de l’inégalité extrême et de la différence culturelle, réorientant sa carrière d’abord vers la santé publique puis vers les sciences sociales. Pendant son service civil en Tunisie, il développe un programme régional de prise en charge du rhumatisme articulaire aigu et de ses complications cardiaques qui représentent alors la première cause de mortalité chez les jeunes.
Titulaire d’un master d’épidémiologie et de santé publique, il enseigne ensuite ces disciplines à la faculté de médecine de l’université Pierre-et-Marie-Curie. C’est au Sénégal, dans le cadre d’un programme de l’Institut de recherche pour le développement qu’il conduit de 1984 à 1986 sa première étude anthropologique, qui porte sur les relations entre thérapeutes et malades en milieu urbain et dont il tire la matière de sa thèse de doctorat. En 1989, il part en Équateur à l’Institut français d’études andines pour y étudier avec la sociologue Anne-Claire Defossez, les processus rendant compte des disparités de mortalité maternelle et de santé reproductive, notamment parmi les populations indiennes. À partir de l’année 2000, il dirige un programme sur les enjeux politiques, historiques et mémoriels du sida en Afrique du Sud, pays du monde le plus touché par l’épidémie.
Parallèlement, il s’intéresse de manière croissante aux questions morales et politiques posées par la prise en charge de personnes confrontées à des situations de précarité ou de domination : pauvres, chômeurs, migrants, réfugiés, orphelins du sida en Afrique, victimes de catastrophe au Venezuela, populations opprimées en Palestine. S’appuyant sur de longues enquêtes de terrain – quinze mois avec des brigades anticriminalité et quatre ans dans une maison d’arrêt – ses recherches portent, d’un côté, sur le développement de logiques compassionnelles et de pratiques humanitaires, de l’autre, sur le déploiement de politiques répressives à travers la police, la justice et la prison. Il les réalise grâce à la bourse « Ideas » du Conseil européen de la recherche dont il est lauréat en 2008.
Professeur de sociologie à l’université Sorbonne-Paris- Nord en 1997 puis directeur d’études en anthropologie politique et morale à l'École des hautes études en sciences sociales en 1999, il y crée le Cresp, Centre de recherche sur la santé, le social et le politique, puis, avec Alban Bensa, l’Iris, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, qui dépend du CNRS et de l’Inserm et qu’il dirige jusqu’en 2010. Entre 2002 et 2009, il est directeur adjoint de la Maison des sciences de l'homme Paris Nord. En 2009, il est nommé professeur à la chaire de sciences sociales James D. Wolfensohn de l’Institute for Advanced Study de Princeton, où il succède à Clifford Geertz. En tant que membre du Committee of World Anthropology de l’American Anthropological Association de 2010 à 2013, il participe aux échanges internationaux en anthropologie impliquant les pays du Sud. Il crée en 2015 une école d’été en sciences sociales avec des cycles de deux ans pour des jeunes chercheurs de pays d’Amérique latine, du Moyen-Orient et d’Afrique.
En 2016, il reçoit du roi de Suède la médaille d'or de la Société suédoise d’anthropologie et de géographie décernée tous les trois ans à un anthropologue. La même année, il prononce les Tanner Lectures on Human Values à l’université de Californie, Berkeley, sur la question du châtiment et les Adorno Lectures à l’université de Francfort sur le thème de la vie.
En 2018, il est le premier chercheur en sciences sociales à se voir décerner la Nomis Distinguished Scientist Award, pour un programme de recherche sur les crises. Dans ce cadre, il développe avec Axel Honneth un programme international sur la crise et la critique, dirige avec Veena Das un ouvrage scientifique autour des mots de la crise et donne les Page-Barbour Lectures sur « Crisis : Elements of a Critique » à l’Université de Virginie. Parallèlement, il conduit avec Anne-Claire Defossez une ethnographie de la frontière entre l’Italie et la France, dans les Alpes, à partir de laquelle ils reconstituent les périples et les expériences d’exilés. En 2024, succédant à Marcel Mauss, Claude Lévi-Strauss, Louis Dumont, Pierre Bourdieu et Maurice Godelier, il est le sixième chercheur en sciences sociales français à avoir été distingué par la Huxley Memorial Medal de la Royal Anthropological Institute of Great Britain and Ireland.
En 2019, il est élu au Collège de France sur la chaire annuelle de santé publique puis en 2022 il est nommé professeur titulaire de la chaire permanente « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines ».
Professeur invité dans les universités de Hong Kong, Johannesburg, Buenos Aires, Bruxelles, Cambridge et Princeton, il a été membre des Conseils scientifiques de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale et de la Ville de Paris et membre des Comités d’éthique de l’Institut national de recherche agronomique et de l’Institut Pasteur. Il a été nommé par décret, en 2022, au Comité consultatif national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé sur proposition du président de l'Union nationale des associations agréées d'usagers du système de santé.
Didier Fassin est élu au Collège de France en 2019 sur la chaire annuelle de santé publique et donne sa leçon inaugurale sur « L’inégalité des vies ». En 2022, il est nommé sur la chaire permanente « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » et donne une seconde leçon inaugurale intitulée « Sciences sociales par temps de crise ».
Il a animé à date cinq cycles annuels de conférences thématiques:
2020-2021 : Les mondes de la santé publique : excursions anthropologiques ;
2022-2023 : Les épreuves de la frontière ;
2023-2024 : La faculté de punir ;
2024-2025 : Les formes de la violence ;
2025-2026 : Présences de Foucault ;
2026-2027 : Lexique du désordre (à venir).