Ce Jour-là

Didier Eribon

Philosophe et sociologue français

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Didier Eribon, né le 10 juillet 1953 à Reims (Marne), est un philosophe et sociologue français.

D'abord critique littéraire pour Libération et Le Le Nouvel Observateur dans les années 1980 et 1990 et biographe de Michel Foucault, il fait paraître ensuite des ouvrages sur la question gay puis co-dirige le séminaire « Sociologie des homosexualités » à l'École des hautes études en sciences sociales de 1999 à 2004.

Dans son ouvrage Retour à Reims publié en 2009, il analyse le basculement progressif des milieux populaires vers un vote d'extrême droite, et, de façon plus autobiographique, la notion de transfuge de classe.

Didier Eribon naît à Reims dans un milieu pauvre, d'un père ouvrier (« manœuvre », métier qu'il mentionnera peu dans ses écrits) et d'une mère femme de ménage puis ouvrière dans une verrerie. Dans son récit Retour à Reims, il décrit sa famille comme marquée et fragilisée, à l'instar de nombreuses autres familles rémoises, par les deux guerres mondiales qui ont énormément affecté cette ville. Il décrit son environnement familial et social comme marqué par l'homophobie. Il décrit sa mère comme raciste dans Vie, vieillesse et mort d’une femme du peuple.

Il passe son enfance dans un petit logement ouvrier du quartier Verrerie, puis dans un immeuble HLM du quartier Jamin. Il fréquente alors l'église Sainte-Jeanne-d'Arc où il fait son catéchisme (par tradition, bien que ses parents soient athées et même anticléricaux) tandis que se construit, à quelques dizaines de mètres de chez lui, la chapelle Foujita.

La famille déménage en 1967 dans une cité HLM périphérique de la ville. Il passe également du temps à la cité-jardin du Chemin Vert où vivent ses grands-parents paternels, tandis que ses grands-parents maternels, ouvriers eux aussi, vivent à Paris. Didier Eribon est le second d'une fratrie de quatre garçons et, à la différence de ses frères, le seul à suivre des études après l'âge obligatoire : études secondaires au lycée Clemenceau à Reims, puis universitaires à Reims et Paris. Le parcours de ses frères est pour lui emblématique de la sélection sociale qu'opère le système scolaire à l'égard des enfants d'ouvriers.

Durant son adolescence, il milite un temps dans une organisation trotskiste qu'il abandonne ensuite jugeant alors que la politisation des questions sexuelles passe « par une mise à distance du marxisme qui ne considérait comme politique que ce qui relevait de la domination de classe. » Il restera cependant toujours attaché à l'idée qu'il existe bel et bien une classe sociale dominée, dont il est issu, et que celle-ci doit lutter pour son émancipation.

Il fait des études de philosophie, après avoir réussi le concours de l'Institut de préparation aux enseignements de second degré qui lui permet d'être rémunéré pendant trois années d'études. Comme il le raconte de manière détaillée dans Retour à Reims, il échoue aux concours de l'agrégation et du Capes, ce qui l'amène à se réorienter professionnellement.

Il commence sa carrière comme critique littéraire à Libération de 1979 à 1983, puis, à partir de 1984, et jusqu'au milieu des années 1990, au Nouvel Observateur.

Il organise au Centre Georges Pompidou, en juin 1997, un colloque consacré aux études gays et lesbiennes et à la théorie queer, auquel participent notamment Monique Wittig, Eve Kosofsky Sedgwick et Pierre Bourdieu. Il publie l'année suivante les actes de ce colloque, sous le titre Les Études gays et lesbiennes.

Il co-dirige de 1998 à 2004 le séminaire « Sociologie des homosexualités », avec Françoise Gaspard, alors maîtresse de conférences à l'École des hautes études en sciences sociales. Ce séminaire, consacré aux études gays, lesbiennes et queer menées en France comme à l'étranger, participe à la diffusion de ce champ de recherche en France. Des chercheurs américains (comme Judith Butler, George Chauncey, Leo Bersani, Michael Warner, Michael Lucey, Carolyn Dinshaw) ou français (comme Pierre Bourdieu, Michel Tort, etc.) y sont invités.

Au début des années 2000, il est Visiting Professor of Philosophy and Theory à l'université de Californie à Berkeley aux États-Unis, y donnant un séminaire de recherche pour étudiants doctorants ; puis Visiting Scholar à l'Institute for Advanced Study de l'université de Princeton, Visiting Fellow au King's College de l'université de Cambridge (GB) et Montgomery Fellow à Dartmouth College (USA).

Dans Retour à Reims, il explique avoir commencé une thèse en Sorbonne sur la philosophie de l'histoire, mais avoir dû y renoncer faute de moyens de subsistance pour la mener à bien. En 2007, il obtient une habilitation à diriger des recherches à l'université de Paris I Panthéon-Sorbonne sur la base de travaux dont la synthèse est intitulée « Histoire des idées et théorie du sujet ».

En 2009, il est recruté comme professeur des universités en sciences sociales à l'université d'Amiens.

Ses enseignements portent principalement sur la théorie politique et la sociologie des classes sociales et tout particulièrement des classes populaires, ou encore sur les « modes de domination » et sur les mouvements sociaux et les mobilisations politiques.

Didier Eribon est l'auteur d'une quinzaine de livres, ses travaux articulent philosophie, sociologie et théorie critique pour interroger les rapports entre identité, domination et émancipation, parmi lesquels une biographie qui fait date de Michel Foucault en 1989 (vingt traductions) suivie en 1994 de Michel Foucault et ses contemporains et, en 1999, de Réflexions sur la question gay (Insult and the Making of the Gay Self, dans sa version anglaise), devenu une référence des études de genre, des Gay and Lesbian Studies et de la théorie Queer, et, plus généralement, de ce qu'on appelle dans le monde anglo-saxon la critical theory.

Ses travaux portent également sur la question des classes sociales, sur les rapports entre classes sociales et politique, sur les trajectoires des transfuges de classe et, plus récemment sur la vieillesse.

Ces travaux lui valent d'être le lauréat 2008 du prestigieux James Robert Brudner Memorial Prize (en), décerné chaque année par l'université Yale pour couronner une « contribution éminente, à l'échelle internationale, dans le champ des études gays et lesbiennes ». C'est la première fois qu'un auteur non américain obtient cette récompense. Il renvoie cependant le prix en mai 2011 pour protester contre son attribution pour l'année 2011-2012 à un auteur américain qu'il accuse d'avoir « honteusement plagié » ses livres, et notamment Une morale du minoritaire.

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