Diébédo Francis Kéré, né en 1965 à Gando, est un architecte germano-burkinabé.
En 2022, il est le premier Africain à recevoir le prix Pritzker d'architecture.
Diébédo Francis Kéré naît à Gando, un village du Burkina Faso. Il est le fils aîné du chef du village. Faute d’école à Gando, il part à l’âge de sept ans pour faire ses études à Ouagadougou. Après sa scolarité, il devient charpentier. Puis, en 1990, où il passe son baccalauréat à l'âge de 30 ans et s’engage il part en Allemagne précisément à Berlin avec une bourse pour faire un stage. Il étudie l’architecture à Berlin, où il obtient son diplôme à l'université technique de Berlin en 2004.
Pendant ses études, en 1998, il crée l’association Schulbausteine für Gando (« Des briques pour l’école de Gando ») pour financer son premier projet, une école primaire dans son village. Sa première école, faite de terre, est terminée en 2001. Il a obtenu le Prix d’architecture Aga Khan. Dans les années suivantes, il travaille sur d'autres projets à Gando et en dehors.
Diébédo Francis Kéré prend soin d’impliquer les communautés dans le développement de ses projets afin que celles-ci apprennent les techniques de construction et comment entretenir le bâti. C’est son approche collaborative, in situ, favorisant le réemploi et le recyclage et génératrice de structures économiques locales sur le continent africain qui vaut à Kéré de recevoir un Global Award for Sustainable Architecture en 2009. Il développe une architecture adaptée à l'Afrique.
En janvier 2024, Diébédo Francis Kéré reçoit un Crystal Awards, à l'occasion de l'ouverture de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos en Suisse.
La majorité des écoles au Burkina Faso sont construites en terre, dont l’utilisation réduit considérablement les coûts de construction et le gaspillage d´énergie électrique. La construction de l'école primaire de Gando, commencée en octobre 2000 et réalisée en grande partie par la population, s’est terminée en juillet 2001. Le projet de Kéré est basé sur des concepts qui garantissent sa durabilité. Le confort climatique est assuré, les coûts sont limités, les matériaux utilisés sont des matériaux locaux, la communauté est consultée et participe au projet.
L’école primaire se compose de trois salles disposées linéairement et séparées par des espaces extérieurs couverts, utilisables pour l'enseignement et la récréation. La structure se compose de murs porteurs constitués de blocs de terre qui absorbent la chaleur, en contrôlant la température. Le plafond est constitué de poutres de ciment sur lesquelles s'appuient une structure en acier qui soutiennent une couverture de blocs de terre comprimé. L’une des spécificités du projet réside dans le design du toit. Large, le toit est en tôle ondulée, il est supporté par une structure d'acier qui le met à distance du corps du bâtiment. Le toit protège les murs de la pluie et permet à l'air de circuler librement entre le toit et le plafond, en maintenant l'édifice au frais. La technique du projet de Kéré est devenue célèbre dans tout le Burkina Faso, en gagnant le prix Aga Khan d'architecture en 2004.
L’école primaire construite en 2001, devenue trop petite pour répondre aux besoins de la zone, nécessite d’être agrandie. Les travaux d’extension du nouvel édifice commencent en novembre 2005. L'intervention double ainsi la capacité de l'école primaire, qui peut accueillir maintenant jusqu'à 700 élèves. Comme pour le premier projet, un large toit en tôle protège les murs d'argile du soleil et de la pluie. Le système de ventilation, complètement naturel, exploite la combinaison d'énergie solaire et thermique pour permettre à l'air de circuler, en garantissant à la fois le refroidissement des classes.
Au Burkina Faso il y a beaucoup d’agriculteurs de subsistance et dans les villages ruraux comme Gando, ils représentent une majorité. Cela a des impacts importants sur les familles et sur l’éducation des enfants, puisque les familles comptent sur leurs enfants pour les aider. Il est donc fondamental de donner aux enfants une connaissance pratique de l’agriculture, et en même temps s’assurer qu’ils ne s’éloignent pas de l’école. Ainsi des parterres ont été imaginés dans le projet de l’école de Gando. De plus un puits a été creusé pour fournir de l’eau à l’école et au village.Parallèlement aux cours, les élèves apprennent comment prendre soin des plantes sans utiliser de pesticides ou des engrais. Ces cours les encouragent à utiliser des méthodes durables et écologiques. Dans une région où la nourriture est insuffisante et où la majorité des habitants ont un régime alimentaire répétitif, le jardin de l’école est une importante contribution à la sécurité alimentaire.
Le projet réalisé en 2004 prévoit six logements pour les enseignants de l'école primaire de Gando et leurs familles. Sa configuration courbe rappelle l’architecture typique des édifices burkinabés. Chaque logement se compose de trois murs parallèles de briques de terre stabilisée. Ces murs soutiennent des voûtes en berceau réalisées avec des blocs de terre stabilisée. Pour protéger l'édifice de l'humidité du sol, les épais murs de briques crus reposent sur des fondations de ciment et de granit. Les toits sont réalisés à différentes hauteurs. Ces décalages permettent de créer des ouvertures (en forme de faux). Ces ouvertures assurent la bonne ventilation et l'illumination intérieure. Un dispositif de gouttière a été inventé pour permettre le reflux des eaux: des canaux sont creusés sur la tranche des murs porteurs, ils se prolongent jusqu’au sol.
Inspiré du précédent projet de Francis Kéré à Gando, l'école secondaire de Dano est réalisée en roche de latérite, abondante dans la région. L'édifice est orienté suivant l'axe est-ouest. Le toit a une saillie considérable, afin de réduire la quantité de soleil sur les murs. Le bâtiment se compose de trois salles de classe, d’une salle informatique, de bureaux et d’un espace extérieur couvert. La ventilation naturelle est obtenue par de fines ouvertures dans le plafond et par l'inclinaison du toit de métal ondulé. Le projet, achevé en 2007, a été réalisé en collaboration avec les jeunes qui avaient préalablement été formés dans les projets précédents à Gando.
Parc national du Mali de Bamako
Le projet prend place dans le projet plus global de renouvellement du parc national de Bamako, à l’occasion du 50e anniversaire de l'indépendance du Mali. Le projet de Kéré prévoit de nouveaux aménagements dans le parc, comme un restaurant, un centre sportif et des bâtiments d'accueil. L'édifice principal est partagé en quatre, chaque partie ayant une fonction différente. Depuis l’intérieur, un large panorama s’offre au visiteur qui permet la vue sur le parc national et sur le lac voisin. Les édifices sont agencés de manière à produire le plus d'ombre possible.
Les bâtiments d'accueil rappellent le style architectural du restaurant et du centre sportif. De la sorte, les différents complexes créent une architecture unique et reconnaissable, grâce à l'utilisation d'un dessin commun ou grâce au choix des matériaux. Tous les édifices sont recouverts de pierre naturelle locale, avec le double but de renforcer le sens de l’identité locale et d’économiser sur les coûts de construction. Les murs ainsi conçus isolent mieux les pièces intérieures et y régulent la température. Même dans ce projet, Kéré reprend le dessin du toit saillant, qui offre ombre et crée un climat confortable dans les bâtiments. Le projet a été achevé en 2010.
Centre pour l'architecture en terre de Mopti
La réalisation du Centre pour l'architecture en terre achève une série d'initiatives de l'Aga Khan Trust for Culture (AKTC) en Mopti, comprenant la restauration de la mosquée et la construction d'un nouveau système d'évacuation des eaux usées. Le centre a été conçu pour être beaucoup plus qu'un espace d'exposition: l'édifice est le produit des mêmes techniques de construction utilisées pour les grandes mosquées en Mopti, Tombouctou et Djenné. Cela démontre combien un matériau qui fait partie du patrimoine local peut être utilisé dans un contexte moderne. Le centre se compose d’une salle d'exposition, d’un centre social, de bains publics et d’un restaurant, pour répondre aux exigences du district Komoguel, des visiteurs et de la communauté locale. L'édifice a une structure très simple et a été réalisé de manière à ne pas compromettre la vue sur la mosquée, en s'y alignant. Le toit saillant maintient les murs froids et approvisionne d'ombre les espaces extérieurs. Le bâtiment est aéré naturellement par des ouvertures dans les murs et les voûtes. Le chantier, sur le bord d'un lac, a été successivement rempli de façon à rendre le lac accessible au public. Le projet d'aménagement paysager comprend de vastes espaces publics et une promenade en haut de la digue contre les marées du lac.