La Deuxième République (en polonais Druga Rzeczpospolita), officiellement république de Pologne (Rzeczpospolita Polska), est le régime politique de la Pologne de 1918 à 1939, entre les deux guerres mondiales, et de manière clandestine pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).
L'existence de la Deuxième République commence avec la reconquête de la souveraineté nationale le 7 novembre 1918, à la fin des combats de la Première Guerre mondiale ; l'indépendance est, encore au XXIe siècle, fêtée chaque 11 novembre, sauf pendant l'Occupation de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale. L'indépendance est officialisée par le traité de Versailles en juin 1919, et se termine de facto après la campagne de Pologne (1939), puis de jure le 5 juillet 1945, avec le retrait de la reconnaissance internationale à son gouvernement en exil, conséquence de la mise en œuvre des accords conclus lors de la conférence de Yalta (1945) entre le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique et l'Union soviétique.
La Deuxième République est souvent associée à une période d'adversité, de troubles et de victoires. Ses territoires soumis pendant 123 ans à la russification et la germanisation intenses et aux trois régimes administratifs et économiques distincts (Allemagne, Autriche, Russie), ne peuvent se reconnaître que dans une continuité culturelle, spirituelle et politique. Or, celle-ci, dans un pays multiculturel et multiconfessionnel, où une partie de sa population ne parle pas polonais, va s'avérer très complexe à définir. Selon le recensement de 1921, le nombre d'habitants était de 27,2 millions. En 1939, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ce nombre était passé à environ 35,1 millions. Près d'un tiers de la population est formée de groupes minoritaires : 13,9 % Ruthènes (Ukrainiens) ; 10 % Juifs ashkénazes ; 3,1 % Biélorusses ; 2,3 % Allemands et 3,4 % Tchèques et Lituaniens. Le réveil des nationalismes rend conflictuels les rapports entre les Lituaniens, les Allemands, les Ruthènes, les Juifs et les Ukrainiens d'une part, et la majorité polonaise (70 %) d'autre part. Dans le même temps, un nombre important de Polonais de souche vivaient hors des frontières du pays. Les pôles culturels de la Pologne de l'entre-deux-guerres (Varsovie, Cracovie, Poznań, Wilno et Lwów) devinrent des sièges d'universités et d'autres établissements d'enseignement supérieur de renommée internationale.
Malgré les destructions de la Première Guerre mondiale et de l'invasion soviétique en 1920, malgré l'hostilité du Troisième Reich et de l'URSS et malgré le krach des années 1930, la Deuxième République a maintenu un développement économique modéré. Le pays avait accès à la mer Baltique via une étroite bande de côte de part et d'autre de la ville de Gdynia, connue sous le nom de « corridor polonais ». Les pôles culturels de Varsovie, Cracovie, Poznań, Wilno (Vilnius) et Lwów (Lviv) s’élèvent au niveau des grandes villes européennes et deviennent les sièges d'universités et des lieux d'enseignement supérieur de renommée internationale. En 1939, la Pologne était le sixième plus grand pays d'Europe. Ses voisins sont la Tchécoslovaquie, l'Allemagne, la Ville libre de Dantzig, la Lituanie, la Lettonie, l'URSS et la Roumanie. Entre mars et août 1939, la Pologne a également une frontière avec la Hongrie qui s'est alors emparée de la Ruthénie tchécoslovaque.
À partir de 1939, à la suite du pacte germano-soviétique, l'agression de l'Allemagne nazie le 1er septembre et de l'URSS le 17 septembre prive la république de Pologne de sa souveraineté : son territoire est occupé. Une partie du territoire occupé par la Wehrmacht est directement annexée au Troisième Reich, une autre partie est transformée en colonie allemande sous le nom de « Gouvernement général » ; la partie occupée par l'Armée rouge est partagée entre les républiques soviétiques de Biélorussie, Lituanie et Ukraine. Militairement défaite, la Pologne ne capitule pas et les autorités constitutionnelles de l'État polonais s'évacuent par la Roumanie en France puis au Royaume-Uni d'où elles continuent à diriger les organes de l'État clandestin mis en place dans le pays occupé pour lutter contre les occupants. Le gouvernement polonais en exil dirige la résistance de l'intérieur (Armia Krajowa) et les forces armées polonaises combattant à l'Ouest. À l'issue de la guerre, la Pologne, déplacée vers l'ouest d'environ 300 km en moyenne pour permettre à l'URSS de garder l'essentiel de ses acquis de 1939, est soviétisée et incluse dans l'ensemble des pays communistes inféodés à l'URSS. La république actuelle lui succède en 1989, lors de la chute des régimes communistes en Europe.
Naissance de la Deuxième République le 11 novembre 1918
La Pologne obtient son indépendance de facto le 11 novembre 1918, lors du retrait des unités d'occupation allemande et austro-hongroise. La Pologne autoproclamée, aux frontières floues tant à l’est qu’à l’ouest, n’est pas encore reconnue par les puissances victorieuses. Elle le sera au cours de 1919 grâce, en particulier, à l'action d'Ignacy Paderewski à Paris. À Varsovie, Józef Piłsudski devient chef du tout nouvel État polonais et commandant en chef de l’armée. Son passé politique de gauche lui vaut une popularité parmi les masses ouvrières et dans les milieux de l’intelligentsia radicale, et les faits d'armes pour l'indépendance pendant la guerre (les légions) ont exercé une très grande influence, surtout sur la jeunesse. Le premier gouvernement dirigé par le socialiste Jędrzej Moraczewski qui se met en place grâce à l'appui de Piłsudski adopte des mesures progressistes telles que la journée de travail de 8 heures ou le droit de vote et l’éligibilité pour les femmes.
Les clauses du traité de Versailles qui confirme l’existence de l’État polonais éludent le problème de la frontière orientale du pays. De ce fait, la Pologne devient le point le plus névralgique de l'Europe, les Alliés laissant le champ libre aux faits accomplis. La majeure partie des territoires litigieux est acquise par les armes au cours d'une série de guerres locales.
Définitions des frontières (1918-1921)
Les Polonais rivalisent d’influence avec l’Ukraine en Galicie et la première est une guerre avec l'Ukraine indépendante. Le 1er novembre 1918 commence la bataille de Lwów où des jeunes défenseurs de la ville appelés ultérieurement «les aiglons de Lwów» jouent un rôle principal. En septembre 1919, les Ukrainiens signent la capitulation et la frontière entre l’Ukraine et la Pologne suit la rivière Zbroutch. À la même période, les Polonais se soulèvent en Grande-Pologne, le berceau historique de la Pologne, contre les Allemands.
Malgré le chaos, les premières élections libres - pour élire la Diète polonaise - ont lieu le 26 janvier 1919 et voient l'Union Populaire Nationale (Związek Ludowo-Narodowy) sous la direction de Roman Dmowski remporter le plus de votes (37%). Le Parlement adopte aussitôt une constitution, dite « petite constitution », qui, dans le contexte de la guerre, précise provisoirement la structure de l'État, toujours avec Piłsudski comme président. Dès février, des tensions éclatent avec le voisin soviétique pour le contrôle de Wilno. Avec l’aide des armées alliées, les Polonais tiennent bon. Le 26 juin, le petit traité de Versailles reconnaît la Pologne comme un État de plein droit, mais lui impose une protection des minorités (ethniques, linguistiques et religieuses) par la Société des Nations. Du 23 août au 7 octobre, des troupes irrégulières polonaises se soulèvent pour soutenir l'insurrection de Sejny en Lituanie. Le 17 juillet 1919, les Ukrainiens capitulent face aux Russes.
L'année 1920 est décisive dans la création de la république de Pologne. En mars, la république des Lemkos (éphémère république ruthène en Pologne du Sud) est annexée. Le 24 avril, l'opération Kiev doit permettre la prise de l'Ukraine centrale et orientale. Cependant, les armées polonaises sont repoussées et les Russes mènent une contre-offensive qui les conduit aux portes de Varsovie. Des troubles secouent le pays de l'intérieur (attentats, assassinats, émeutes). Le gouvernement polonais décide une réforme agraire pour apaiser les paysans, qui représentent plus de 75 % de la population. Alors que la Pologne orientale passe sous administration russe, le maréchal Piłsudski sauve la situation grâce à la bataille de Varsovie surnommée le miracle de la Vistule, qui se déroule du 6 au 16 août.