Ce Jour-là

Delphine Seyrig

Actrice et réalisatrice française, militante féministe

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Delphine Seyrig est une actrice et réalisatrice française, née le 10 avril 1932 à Beyrouth (Syrie mandataire, Liban actuel) et morte le 15 octobre 1990 dans le 10e arrondissement de Paris.

Comédienne de théâtre majeure, héroïne des films d'Alain Resnais, Luis Buñuel, François Truffaut, Chantal Akerman ou Ulrike Ottinger au cinéma, connue pour sa diction grave, riche et musicale, elle a aussi été une figure du féminisme en France, y compris en tant que réalisatrice.

Origines familiales et jeunesse

Née le 10 avril 1932 à Beyrouth, Delphine Claire Beltiane Seyrig est la fille d'Henri Seyrig (1895-1973), archéologue, directeur du service des Antiquités du Liban à l'époque du mandat français, et d'Hermine de Saussure, dite Miette (1901-1984), Suissesse du canton de Genève, navigatrice, spécialiste de Jean-Jacques Rousseau, issue d'une famille de scientifiques dont les diverses branches se sont déployées en Suisse actuelle à partir du XVIe siècle, dont les plus connus sont le linguiste suisse Ferdinand de Saussure et le naturaliste genevois Horace Bénédict de Saussure, l’un des premiers à avoir escaladé le mont Blanc (en 1787). Sa famille paternelle, dont les racines sont en Allemagne et dont le nom d'origine est Saurich, est une importante lignée d'industriels calvinistes de la bourgeoisie libérale, venant d'Alsace et également de Suisse pour les dernières générations. Son arrière-grand-père en lignée masculine, Théophile Seyrig, ingénieur du génie civil, était l'associé de Gustave Eiffel.

Delphine Seyrig passe son enfance à Beyrouth, où elle est scolarisée à l'École catholique allemande, puis au Collège protestant français, sauf une année, à l'âge de 6 ans, qu'elle passe en pension dans une ferme en Suisse. Elle a pour frère aîné le futur compositeur Francis Seyrig (1927-1979).

En 1942, son père est nommé envoyé spécial de la France libre en Amérique et la famille émigre à New York, où elle reste jusqu'à la fin de l'année 1945. Ces trois années et demie passées aux États-Unis marquent fortement Delphine Seyrig, qui en garde une parfaite maîtrise de l'anglais.

Après la guerre, elle fréquente plusieurs établissements au Liban et en France : Collège protestant de Beyrouth, collège Cévenol (Haute-Loire), lycée de Sèvres, collège Sévigné (Paris).

Début 1950, à 17 ans, avec l'accord de son père, Delphine Seyrig renonce à passer son baccalauréat et choisit d'étudier le théâtre.

À l'EPJD (l’Éducation par le jeu dramatique), elle a pour professeurs Roger Blin, Pierre Bertin et Tania Balachova. Parmi ses camarades de cours se trouvent Philippe Noiret, Laurent Terzieff et Michael Lonsdale.

En juillet 1950, Delphine Seyrig épouse le peintre américain Jack Youngerman, alors étudiant aux Beaux-Arts de Paris.

En 1952, à 20 ans, elle obtient son premier rôle dans l’Amour en papier de Louis Ducreux. Peu après, elle est engagée dans la troupe de la comédie de Saint-Étienne, dirigée par Jean Dasté, où elle joue entre autres les rôles de Chérubin dans Le Mariage de Figaro de Beaumarchais et d'Ariel dans La Tempête de Shakespeare. Avec diverses compagnies, elle interprète aussi les rôles-titres de Tessa et Ondine de Jean Giraudoux, l'Éliante du Misanthrope de Molière, ainsi que Mabel Chiltern dans Un mari idéal d'Oscar Wilde. Elle envisage d'entrer au TNP, mais sa voix est jugée trop particulière.

En décembre 1956, elle part à New York avec son mari et leur fils Duncan, né à Paris en juin de la même année. Ils vivent à la pointe de Manhattan près du vieux port dans une communauté d'amis peintres américains. Parmi ces derniers, Ellsworth Kelly, Robert Indiana, Agnes Martin, Robert Rauschenberg, Jasper Johns. Delphine Seyrig suit les cours de Lee Strasberg en tant qu'auditrice à l'Actors Studio où elle croise occasionnellement Marilyn Monroe. Elle obtient quelques rôles au théâtre off-Broadway dont Florence dans Song of Songs (Cantique des Cantiques) de Giraudoux et Petra dans An Enemy of the People (Un ennemi du peuple) d'Henrik Ibsen. Elle y tourne son premier rôle au cinéma dans Pull My Daisy (1959), écrit par Jack Kerouac et réalisé par Robert Frank et Alfred Leslie (en).

Alain Resnais découvre Delphine Seyrig lors de son séjour à New York à l'automne 1959, alors qu'elle y joue dans An Enemy of the People, et la fait tourner l'année suivante dans L'Année dernière à Marienbad, écrit par Alain Robbe-Grillet. Le film, sorti à Paris en juin 1961, remporte un grand succès et donne à Delphine Seyrig une notoriété internationale. Resnais lui confie en 1963 le rôle d'Hélène Aughain dans Muriel ou le Temps d'un retour, pour lequel elle remporte la coupe Volpi pour la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise.

Les années suivantes, elle tourne dans Accident de Joseph Losey (1966), La Musica de Marguerite Duras (1967), Mister Freedom de William Klein (1968), Baisers volés de François Truffaut (1968), La Voie lactée de Luis Buñuel (1969). Dans Baisers volés, film charnière du cycle « Antoine Doinel », elle joue la troublante Fabienne Tabard, femme à la fois romantique et inaccessible, mais aussi réaliste et maîtresse de son destin. Antoine Doinel, dans Baisers volés, dit d'elle : « Madame Tabard est une femme exceptionnelle, Madame Tabard, c'est… c'est une apparition ! » Delphine Seyrig trouve en Resnais et Truffaut deux réalisateurs qui, en quelques films, la rendent inoubliable, en particulier par le timbre de sa voix que Michael Lonsdale compare à un violoncelle.

Durant cette décennie, Delphine Seyrig enchaîne de nombreux rôles au théâtre, notamment dans La Mouette d'Anton Tchekhov et Les Exaltés de Robert Musil sous la direction de Sacha Pitoëff (1961), On ne sait comment de Luigi Pirandello face à Alain Cuny (1962), Un mois à la campagne d'Ivan Tourgueniev sous la direction d'André Barsacq (1963), Comédie de Samuel Beckett avec Michael Lonsdale sous la direction de Jean-Marie Serreau (1964). Elle entame une riche collaboration avec le metteur en scène Claude Régy : Cet Animal étrange d'après Anton Tchekhov (1964), La Collection et L'Amant d'Harold Pinter, qui feront découvrir au public parisien cet auteur, La prochaine Fois je vous le chanterai de James Saunders (1966), Se trouver de Pirandello (1966), Rosencrantz et Guildenstern sont morts de Tom Stoppard (1967). Ses partenaires de scène durant cette période constituent une troupe informelle de haute volée : Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Claude Piéplu, Sami Frey, Bernard Fresson, Henri Garcin. Ce dernier est son partenaire dans L'aide-mémoire de Jean-Claude Carrière, mis en scène par André Barsacq (1968). En 1969, face à Jean-Claude Drouot, Marpessa Dawn et Bernard Fresson, elle est Laïs dans Le Jardin des délices, pièce surréaliste provocatrice écrite pour elle par Fernando Arrabal.

Pour la télévision elle tourne notamment Le troisième Concerto (1963), écrit par François-Régis Bastide, Hedda Gabler (1967), d'après la pièce d'Ibsen, face à Laurent Terzieff. En 1969 elle interprète Mme de Mortsauf — personnage qu'elle évoquait dans Baisers volés — dans l'adaptation télévisée du Lys dans la vallée de Balzac tournée par Marcel Cravenne.

À partir de 1970, le féminisme prend une grande place dans la vie de Delphine Seyrig, et elle n'hésitera pas à mettre en danger sa carrière pour défendre la cause des femmes. Elle signe notamment le Manifeste des 343 en 1971, et l'année suivante, lors du procès pour avortement dit procès de Bobigny, elle fait une déposition pour la défense aux côtés de l'avocate Gisèle Halimi, Simone de Beauvoir et d'autres personnalités. La première démonstration en France de l'avortement par la méthode de Karman a lieu dans son appartement en août 1972, en présence de militantes du MLF, de Pierre Jouannet, et de Harvey Karman, psychologue et militant pour la liberté de l'avortement en Californie à qui la méthode doit son nom.

Au théâtre, elle retrouve Pinter avec C'était hier (1971) aux côtés de Jean Rochefort et Françoise Fabian sous la direction de Jorge Lavelli. Au printemps 1972, elle joue sur Broadway la version américaine de L'Aide-mémoire (The Little Black Book) face à l'acteur américain Richard Benjamin. C'est Miloš Forman, arrivé depuis peu aux États-Unis, qui dirige la production, laquelle se soldera par un échec critique et commercial. En 1974, Claude Régy la dirige dans une pièce novatrice de Peter Handke, La Chevauchée du lac de Constance, qui brille aussi par sa distribution : Delphine Seyrig, Jeanne Moreau, Michael Lonsdale, Sami Frey, Gérard Depardieu.

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