David Livingstone, né le 19 mars 1813 à Blantyre et mort le 1er mai 1873 près du lac Bangwelo, est un médecin, missionnaire protestant et explorateur britannique qui contribue à la fois au développement et à la promotion de l'empire commercial britannique d'une part, à la lutte contre la traite esclavagiste et à l'évangélisation du Sud du continent africain d'autre part.
Il participe au mouvement d'exploration et de cartographie de l'intérieur du continent africain précédant le « partage de l'Afrique » entre grandes puissances européennes. Livingstone consacre une partie de sa vie à rechercher les sources du Nil.
Livingstone est l'un des héros britanniques les plus populaires et les plus emblématiques de l'époque victorienne. Avec sa volonté d'articuler le recensement des richesses de l'Afrique dans une perspective commerciale et l'évangélisation, il correspond à un tournant dans la perspective missionnaire. La haute idée qu'il a de sa culture d'origine et sa volonté de faire bénéficier les Africains des avantages de la civilisation britannique en font un précurseur de l'impérialisme colonial européen qui se déploie après sa mort.
Sa « disparition », suivie de l'expédition de Henry Morton Stanley pour le retrouver, ajoutent à la glorification et au mythe victorien de cet explorateur majeur de l'Afrique.
David Livingstone naît dans une famille pauvre du sud de Glasgow. Second fils de Neil Livingstone (1788-1856) et de sa femme Agnes (1782-1865), il est élevé dans la religion presbytérienne avant de se convertir au congrégationalisme.
Avec l'arrivée de nouveaux enfants, la difficulté croissante de ses parents à joindre les deux bouts contraignent le jeune David à travailler, comme son frère ainé, dans une fabrique de coton : dès l'âge de dix ans, il y répare les fils cassés sur les machines à filer de l'usine. Il trouve cependant, à l'issue de ces harassantes journées de travail de douze heures, l'énergie et la volonté pour s'atteler à deux heures quotidiennes de cours du soir, manifestation de cette grande détermination qui caractérise David Livingstone tout au long de sa vie. Le contexte familial, s'il n'est matériellement guère à l’aise, est néanmoins favorable à l'étude : la lecture est traditionnellement encouragée aussi bien dans sa famille maternelle que paternelle. Son père, dont la stricte abstinence n'est qu'un des aspects de ses fortes convictions religieuses, a tendance à privilégier les lectures pieuses. Cependant, le désir d'instruction est globalement valorisé chez les Livingstone dès lors qu'il se manifeste chez l'enfant. David est friand de récits de voyage comme d'ouvrages scientifiques, malgré les préventions de son père contre des lectures qu'il considère comme peu favorables à l'expression de la foi. Sa curiosité n'est pas que livresque : les carrières de calcaire stimulent ainsi son intérêt pour la géologie.
En 1834, Neil Livingstone ramene chez lui une brochure de Karl Gützlaff appelant à l'envoi de missionnaires médecins en Chine. David s'appuie sur elle pour démontrer à son père que son désir grandissant d'étudier la médecine est compatible avec la piété. En 1836, il a suffisamment épargné pour pouvoir entrer à l'Anderson's College de Glasgow. En outre, les qualités intellectuelles qu'il a révélées dans le cadre des cours du soir qu'il suit l'a fait remarquer et lui permettent d'obtenir une bourse pour mener des études de théologie et de médecine à l'université de Glasgow, tout en assistant régulièrement aux conférences théologiques de Ralph Wardlaw. Il obtient une licence de médecine. Il travaille ensuite à Londres avant de céder à sa fascination de jeunesse pour l'aventure missionnaire et de rejoindre la London Missionary Society.
En mission dans le sud de l'Afrique
En 1840, après avoir été ordonné pasteur, il est envoyé au Cap, puis au Protectorat du Bechuanaland, près du désert du Kalahari par la London Missionary Society. En 1844, à Kuruman, base arrière de ses futures expéditions, il rencontre et épouse en janvier 1845 la fille du missionnaire congrégationaliste Robert Moffat et de Mary Smith (1795-1871), Mary, née le 12 avril 1821 à Griquatown, dans la colonie du Cap (Afrique-du-Sud). Elle voyage quelque temps avec lui, malgré sa grossesse et les injonctions de sa famille. Ultérieurement, elle revient finalement en Angleterre avec leur enfant. Livingstone est également accompagné dans ses explorations par un groupe de Makololo, des Zambéziens. Il maîtrise leur langue, un dialecte du setswana, ce qui facilite ses explorations dans la mesure où les langues des populations avec lesquelles il entre en contact disposent de grandes similitudes avec ce dialecte, notamment le sesotho. Le fait d'utiliser la langue maternelle des populations à qui il s'adresse dans sa prédication de l'Évangile est un principe cardinal de l'explorateur écossais.
À partir de 1849, en remontant la rivière Botletle, David Livingstone pense avoir trouvé la voie d'accès au centre des terres africaines et commence à explorer le centre-sud du continent africain. Il traverse, avec Mungo Murray, le désert du Kalahari jusqu'au lac Ngami. À partir de 1851-1852, il remonte le Zambèze, dont il établit la cartographie, puis rejoint la côte atlantique à Luanda en Angola. Après avoir exploré, le premier, la rivière Kasaï, un affluent du Congo, en 1854, et exploré l'Angola, il arrive le 17 novembre 1855 aux chutes du Zambèze, qu'il baptise du nom de la reine Victoria, bien que la vallée du Zambèze ait été en fait découverte dix ans plus tôt par le Portugais Silva Porto. Grâce à cette expédition, débutée le 20 septembre 1854, il devient le premier Européen à avoir traversé l'Afrique d'ouest en est, rejoignant l'océan Indien à Quelimane le 20 mai 1856.
Héros de la mission britannique en Afrique
Reçu en héros à son retour au Royaume-Uni, il publie à cette occasion ses Missionary Travels and Researches in South Africa (1857), dont les 12 000 exemplaires de la première édition sont vendus avant même leur parution, ce qui contribue à lui assurer une certaine aisance financière. Le patronage de la Royal Geographical Society, qui a publié entretemps les rapports que Livingstone lui a fait parvenir, et lui a décerné dès 1855 sa médaille d'honneur, n'y est pas pour rien. Le président de cette institution, Roderick Murchison, auquel l'ouvrage de Livingstone est dédié, se montre soucieux de relayer l'action exploratoire du missionnaire. Une foule importante se presse aux conférences que Livingstone donne dans tout le pays et il est en 1858 fait membre de la Royal Society.
Dès cette époque, sa célébrité contribue à renforcer le prestige, en métropole, des activités missionnaires. Malgré une efficacité très relative en matière de conversions (il ne réussit à convertir que le chef des Kwena, Sechele), son statut de héros national encourage les Britanniques à contribuer aux collectes organisées par les sociétés missionnaires en vue de soutenir les missions établies et en ouvrir de nouvelles.
David Livingstone est par ailleurs connu pour sa théorie de la colonisation, notamment sa doctrine des « 3 C » : christianisation, commerce et civilisation. Il considère que la religion chrétienne et le commerce amélioreraient la condition des Africains en leur apportant une civilisation largement identifiée à son modèle britannique. Les hommes blancs ont un devoir : civiliser les races considérées comme moins développées en leur apportant les bienfaits des progrès techniques, de la médecine, de l’alphabétisation et de la religion chrétienne. Chronologiquement, le premier « C », le « commerce légitime » (par opposition à l'« infâme commerce » de l'esclavage interne à l'Afrique ou à destination du monde musulman) doit cependant, selon Livingstone et à l'instar de Thomas Fowell Buxton, précéder les deux autres. L'exploration méthodique des territoires africains inconnus des Européens pour en définir précisément les caractéristiques et les ressources est ainsi un préliminaire indispensable à la christianisation. Cette conception nouvelle des missions évangéliques, centrée sur l'exploration de territoires vierges de toute présence européenne, constitue un tournant dans l'histoire missionnaire en Afrique ; elle contribue à faire de David Livingstone le symbole d'« une certaine agressivité conquérante préfigurant l'impérialisme de la fin du XIXe siècle ».