David Lewis, né David Losz en 1909 (le 23 juin ou le 23 octobre) à Svislotch dans la Zone de Résidence à l’ouest de l’Empire russe, aujourd’hui située au Biélorussie et mort le 23 mai 1981 à Ottawa (Canada), est un avocat et un homme politique canadien. Le nom de Losz fut anglicisé en Lewis quand la famille émigra au Canada.
Il est le Secrétaire national de la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC) de 1936 à 1950 puis son président du Conseil national de 1954 à 1958, puis son Président de 1958 à 1961. Il contribua à la création du Nouveau Parti démocratique (NPD) en 1961. En 1962 il fut, pour la première fois, élu député NPD de la circonscription de York-Sud à la Chambre des communes du Canada, avec un intermède de 1963 à 1965. Il fut battu aux élections de juillet 1974, ce qui lui fit abandonner en juillet 1975 la direction du NPD (qu’il assurait depuis 1971) et la vie politique. Il fut également le chef du groupe parlementaire fédéral du NPD de 1968 à 1971.
Après son retrait de la vie politique, il fut professeur à l’Université Carleton et correspondant de voyage pour le Toronto Star. L’ordre du Canada lui fut décerné en 1976 en reconnaissance de son activité politique. Il a souffert pendant longtemps d’un cancer et il est décédé à Ottawa le 23 mai 1981.
Les idées politiques de Lewis ont été profondément influencées par le Bund, qui a forgé son soutien à la démocratie parlementaire. C'était un anti-communiste notoire et, en tant que boursier Rhodes, il empêcha la mainmise communiste sur le Club travailliste de l’université d’Oxford (en). Au Canada, il joua un rôle décisif pour contenir l’influence communiste dans le mouvement ouvrier.
Au FCC, il assuma le rôle de responsable disciplinaire et s’occupa des problèmes d’organisation interne. Il contribua à la rédaction du Manifeste de Winnipeg (en), qui tempéra le programme économique du FCC en y intégrant une acceptation du capitalisme tout en le soumettant à une stricte régulation étatique. En tant que conseiller juridique du Syndicat des métallurgistes unis d'Amérique (USW) au Canada, il l’aida à prendre le contrôle de l’International Union of Mine, Mill and Smelter Workers (en) (plus connue sous l’appellation Mine Mill). Son implication dans l’USW le conduisit à jouer un rôle central dans la création du Congrès du travail du Canada en 1956.
La famille Lewis s’est activement engagée dans les mouvements politiques socialistes depuis le début du XXe siècle, à commencer par Moshe, le père de David Lewis, au sein du Bund en Russie, puis par David lui-même, puis par le fils aîné de ce dernier, Stephen Lewis, qui dirigea le NPD ontarien de 1970 à 1978.
L'enfance juive dans la Zone de résidence et le Bund
David Losz est né en Russie, quelque temps après les premières chutes de neige en octobre 1909 à Svislotch, de Moshe Lewis (en) et de son épouse Rose, née Lazarovitch. Sa date exacte de naissance est inconnue. Quand il émigra de Russie au Canada en 1921, il ne parlait pas anglais et, aux dires de sa fille Janet Solberg, la date du 23 juin fut la première qui lui vint à l’esprit en réponse à la question de l’agent d’immigration. Cameron Smith, le biographe de la famille, considère qu’octobre est plus vraisemblable car la seule référence relative à sa naissance était : « juste après les premières neiges de 2009 ». Sa date officielle de naissance est restée le 23 juin 1909.
La conscience politique de Lewis s’est forgée au shtetl où il vécut de 1909 à 1921. Svislotch était située dans la Zone de résidence, la région la plus occidentale de l’Empire russe, dans l’actuelle Biélorussie. Après la Première Guerre mondiale, elle devint une ville frontalière polonaise, parfois occupée par l’Union soviétique durant la guerre soviéto-polonaise du début des années 1920. La population juive représentait 3 500 des 4 500 habitants de Svislotch. Contrairement aux autres shtetls de la zone de résidence, elle avait une activité industrielle : le tannage. Sa population industrielle semi-urbaine était réceptive aux idées de la social-démocratie et du mouvement ouvrier, telles qu’incarnées par le Bund.
Moshe Losz était le chef du Bund de Svislotch. Le Bund était un parti socialiste interdit qui appelait à renverser le Tsar, et prônait l’égalité pour tous et des droits nationaux pour la communauté juive. C’était tout à la fois un parti politique et un mouvement syndical. Lewis passa ses années d’enfance plongé dans sa culture et sa philosophie. L’adhésion au Bund, quoiqu'à dominante juive, était en réalité un humanisme séculier.
Moshe et David furent influencés par le pragmatisme politique du Bund, tout entier résumé dans sa maxime : « Mieux vaut accompagner les masses dans une voie imparfaitement juste que se séparer d’elles et rester un puriste ». David devait transmettre cette idée au FCC et au NPD ; lors de conflits entre « les idéologues et les pragmatistes, les idées et le pouvoir, quand faisaient rage les débats internes sur le programme ou l’action », il était dans le second camp.
Quand, durant l’été 1920, la Guerre civile russe et la Guerre soviéto-polonaise furent à leurs apogées, l’Armée rouge russe bolchévique s'empara de Svislotch puis la Pologne contre-attaqua et le reprit. Les bolchéviques arrivèrent au village en juillet 1920. Moshe Losz s’opposa à eux et fut alors emprisonné pour cela. Quand l’armée polonaise reprit Svislotch le 25 août 1920, cinq citoyens juifs furent exécutés comme « espions ». Ne se sentant plus en sécurité sous aucun des régimes et devant les mornes perspectives d’avenir pour sa famille, Moshe partit pour le Canada en mai 1921, pour y travailler dans la fabrique de vêtements de son beau-frère à Montréal. En août, il avait épargné suffisamment d’argent pour faire venir sa famille, y compris David et sa fratrie, Charlie et Doris.
David Lewis était un juif laïque, tout comme Moshe. Mais son grand-père maternel, Usher Lazarovitch, était pratiquant et, durant la brève période de mai à août 1921 qui précéda l’immigration de David, il transmit à son petit-fils le seul enseignement religieux qu’il reçut jamais. David ne participa plus activement à un service religieux jusqu’à la Bat Mitsva de sa petite-fille Ilana à la fin des années 1970. Dans les faits, la famille Lewis était athée, y compris David et son épouse Sophie ainsi que leurs enfants Janet, Nina, Stephen et Michael.
La famille avait pris le bateau pour le Canada et débarqua à Halifax à l’automne 1921, avant de rejoindre par train Montréal pour retrouver Moshe Lewis. David avait le yiddish pour langue maternelle et comprenait peu l’anglais. Il l’apprit en s’achetant le Magasin d'antiquités, un roman de Charles Dickens et un dictionnaire yiddish-anglais. Un enseignant d'origine galloise à l’école publique Fairmount, dont Lewis était l’élève, l’aida à apprendre l’anglais et lui transmit son accent.
Lewis entra à l’école secondaire Baron Byng en septembre 1924. Il devint très vite ami avec Abraham Moses Klein, qui deviendra l’un des plus grands poètes canadiens. Il y rencontra également Irving Layton, un autre futur grand écrivain canadien, auquel il servit de mentor politique. Située au cœur de la petite communauté juive de Montréal, l’école secondaire Baron Byng était essentiellement juive et pouvait être considérée comme une école-ghetto, les juifs étant interdit dans de nombreuses écoles secondaires.
À l’école secondaire, en dehors de ses amis futurs poètes, Lewis rencontra Sophie Carson qui deviendra son épouse, grâce à leur ami commun, Klein, qui les présenta l’un à l’autre. Carson venait d’une famille juive religieuse. Son père n’avait pas une bonne opinion de Lewis, parce qu’il était un immigrant de fraîche date et que, selon lui, il avait peu ou pas de chance de réussite.
Après l’école secondaire, Lewis passa cinq années à l’Université McGill à Montréal, quatre ans dans les arts et un an en droit. Durant ces années, il contribua à créer la section montréalaise de la Ligue socialiste de la jeunesse (en). Il donna des conférences organisées par ce club socialiste anti-communiste et il était son dirigeant nominal. Un de ses professeurs préféré était l’humoriste canadien, éminent soutien du Parti conservateur du Canada, Stephen Leacock, que Lewis appréciait plus pour sa personnalité que pour sa discipline : les sciences économiques.