David Hamilton, né le 15 avril 1933 à Londres et mort le 25 novembre 2016 à Paris, est un photographe et réalisateur britannique.
Installé en France dès les années 1950, il se fait connaître par ses photos qui mettent principalement en scène de très jeunes filles adolescentes dénudées dans des poses érotiques. Il réalise également plusieurs films érotiques dans le même style. Son travail est très largement diffusé, montré, publié, y compris auprès du grand public, dans les années 70 et 80, puis passe progressivement de mode.
Dans les années 2000, il est accusé de promouvoir la pédocriminalité. Il est ensuite accusé de viols sur plusieurs de ses anciens modèles, adolescentes à l'époque des prises de vues.
Fils unique d’une mère au foyer et né d’un père inconnu, David Hamilton passe son enfance à Londres, en Angleterre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il séjourne quelque temps dans le Dorset, dont les paysages inspirent ses œuvres. À la fin de la guerre, il retourne à Londres pour poursuivre sa scolarité.
Employé dans un bureau d'architecte, il prend conscience de ses talents artistiques et, à vingt ans, déménage à Paris, où il travaille comme styliste graphique pour Peter Knapp du magazine Elle. Après s'être fait connaître et alors qu'il travaille toujours pour Elle, David Hamilton est recruté comme directeur artistique par le magazine Queen à Londres, poste qu'il conserve six mois. Il comprend cependant qu'il préfère la vie parisienne et repart bientôt. De retour à Paris, il devient directeur artistique pour les magasins du Printemps. Alors qu'il exerce toujours cette fonction, il commence en 1966, à 33 ans, sa carrière de photographe professionnel. Son style aérien va rencontrer un succès immédiat. Ses photographies sont publiées dans de nombreux magazines notamment Réalités, Twen ou Photo, dirigé par Jean-Jacques Naudet.
Dans les années 1970, alors qu'il demeure boudé par les critiques d'art et les collections publiques, David Hamilton voit son travail exposé dans les « galeries branchées » du monde entier. En mai 1975, le magazine Lui publie le journal privé du photographe. En décembre 1977, l'Images Gallery à Manhattan expose ses photographies. Son style devient alors un élément reconnaissable de la « pop culture » et de nombreuses publicités de l'époque s'inspirent volontiers du « flou hamiltonien ».
Entre 1977 et 1984, il réalise une série de films érotiques dans lesquels il transpose le style de ses photos (des jeunes filles dénudées). Après Bilitis, il tourne Laura, les ombres de l'été, Tendres Cousines, Un été à Saint-Tropez et, enfin, Premiers Désirs dans lequel apparaît Emmanuelle Béart.
En 2006, il écrit un recueil de nouvelles intitulé Erotic Tales et les éditions de La Martinière publient une monographie couvrant cinquante années de son travail ; depuis, ses livres ne sont plus réédités. En 2009, Mélanie Thierry pose pour le photographe en couverture du magazine Soon.
Le 6 octobre 2009, à propos de Roman Polanski que la police suisse vient d’arrêter, Dominique Sels, dans un article intitulé Le désir, la jeune fille et la mère publié dans Libération, évoque le climat délétère et le diktat sur les jeunes filles induits par l’esthétique de David Hamilton. Alain Finkielkraut, sur France Inter le 9 octobre, évoque le style du photographe pour justifier l'affaire Roman Polanski.
Dans les années 2000, les mœurs ayant évolué, le style de David Hamilton passe de mode. En raison de nombreuses et retentissantes affaires de pédophilie, le goût du photographe pour les « nymphettes » éveille désormais les soupçons, quand il n'est pas ouvertement accusé de perversion. Il continue d'exposer ses œuvres dans des galeries.
Dès la fin des années 1960, son style est clairement reconnaissable, notamment par son usage du flou artistique. Les critiques parlent de « flou hamiltonien » ou de « lumière hamiltonienne ».
Le photographe crée un effet de craquelures aux couleurs pastel, de halo de pâleur d'inspiration impressionniste qui sont sa marque de fabrique. Son œuvre est essentiellement composée de photographies d'adolescentes, dans des positions lascives ou romantiques, et, dans quelques autres œuvres, de fleurs et natures mortes, de paysages et de portraits. Il a parfois été avancé que David Hamilton obtenait ses effets de flou en posant un bas sur l'objectif ; Catherine Breillat, qui l'a côtoyé à l'époque de Bilitis dont elle était la scénariste, rapporte que le photographe obtenait en réalité son flou « tout simplement en soufflant sur l'objectif » puis en attendant que la buée s'estompe légèrement sur la lunette.
Le travail de David Hamilton se distingue notamment par son goût pour les « jeunes filles en fleurs ». Le photographe choisit comme modèles des adolescentes souvent originaires des pays nordiques, blondes, longilignes, la peau très claire, les seins qui pointent. Certains de ces modèles, qu'il choisit toujours à un âge « de 16 ans maximum », deviennent des top model par la suite, comme Rachel Hunter ou Paulina Porizkova. Il explique son attrait de l'adolescence par une quête de pureté, comparant son travail aux œuvres du peintre Balthus et de l'écrivain Nabokov.
Son style se veut intemporel, il exclut des photographies tout ce qui pourrait marquer une époque : objet, robe de marque, coiffure datée.
David Hamilton s'inspire de la peinture pour ses compositions. Les paysages de Gustave Le Gray, les natures mortes de Giorgio Morandi, les nus de Robert Demachy et les danseuses d'Edgar Degas sont cités parmi ses influences picturales. Il a publié quatorze albums (hors rétrospectives) vendus environ à 1 700 000 exemplaires. Outre ses expositions, ses photos ont servi à illustrer des calendriers, des cartes postales et des posters vendus à travers le monde, ce qui lui a notamment permis de devenir l'un des photographes les plus connus des Français. Il a inspiré des artistes et créateurs de mode comme Erin Fetherston, Francisco Costa, Julien Macdonald, Roberto Cavalli, Tara Jarmon ou Guido Palau.
Il a longtemps utilisé un Minolta SRT 303 et des optiques Minolta MC Rokkor.
Depuis les années 1970, le travail de David Hamilton marque un goût prononcé pour la mise en scène et la représentation d’adolescentes dénudées, voire nues. Il fait l'objet de critiques croissantes et d'accusations pour ses tendances apparentées à de la pédophilie. Sous l'effet des affaires de pédophilie qui éclatent à la fin des années 1990, ses photos sont souvent qualifiées de lubriques ou perverses, voire assimilées à de la pédopornographie, à l'instar de celles d'autres photographes comme Sally Mann ou Jock Sturges. Des groupes de conservateurs chrétiens aux États-Unis s'en sont pris aux librairies diffusant ses ouvrages.
En 2015, le photographe déplore qu'il y ait eu « un avant et un après Dutroux » et « qu'on ne puisse plus prendre en photo une jeune fille, […] que ce soit devenu un tabou en France ». Sur le tard, il renonce aux photos de jeunes filles pour réaliser des natures mortes, essentiellement des photos de fleurs. Il se défend de tout comportement déplacé à l'égard des adolescentes qui ont posé pour lui. Au journal Le Parisien qui lui demande s'il n'a jamais désiré ses modèles, il répond : « Il y a du désir dans mes photos, bien sûr. L'art sans sexe n'existe pas. […] Mais c'est tout dans la tête, ce sont des fantasmes. »