Dario Fo (prononcé : [ˈdaːrjo ˈfɔ]), né le 24 mars 1926 à Sangiano près de Varèse en Lombardie (Italie) et mort le 13 octobre 2016 à Milan, est un écrivain italien, dramaturge, metteur en scène et acteur, ce qui en fait un « homme de théâtre complet ».
Époux de Franca Rame, il est aussi lauréat du prix Nobel de littérature en 1997. L'Académie suédoise indique qu'il « imite les bouffons du Moyen Âge, en flagellant l’autorité et en faisant respecter la dignité des opprimés ».
Connu pour ses engagements politiques libertaires, Dario Fo est l'un des dramaturges italiens les plus représentés dans le monde avec Goldoni.
Dario Fo a une admiration sans bornes pour un dramaturge vénitien du XVIe siècle, Angelo Beolco, dit Ruzzante, qu'il considère comme son « plus grand maître avec Molière ». Dans le discours pour la réception du prix Nobel de littérature, qu'il prononce à Stockholm en 1997, il rend un hommage appuyé à
« un extraordinaire homme de théâtre de ma terre, peu connu … même en Italie. Mais qui est sans aucun doute le plus grand auteur de théâtre que l'Europe ait connu pendant la Renaissance avant l'arrivée de Shakespeare. »Il insiste sur la qualité du théâtre de Ruzzante, qu'il considère comme « le vrai père de la Commedia dell'arte, qui inventa un langage original, un langage de et pour le théâtre, basé sur une variété de langues : les dialectes de la Vallée du Pô, des expressions en latin, en espagnol, même en allemand, le tout mélangé avec des onomatopées de sa propre invention. »
Dario Fo est le fils de Felice Fo (chef de gare et acteur de théâtre amateur) et de Pina Rota, connus pour leurs activités antifascistes[réf. nécessaire].
Après l'armistice du 8 septembre 1943, et l'appel aux armes de la république de Salò qui venait d'être créée, il se porte volontaire en devançant l'appel dans l'armée fasciste d'abord dans la défense antiaérienne à Varèse puis au bataillon parachutiste A. Mazzarini et au Battaglione Azzurro di Tradate.
Le 9 juin 1977, un hebdomadaire de Borgomanero, Il Nord, dirigé par Gian Felice Cerutti, publie un article d'Angelo Fornara, sous le titre « Le rouge Fo dit Dario était fasciste ». Fo porta plainte pour diffamation et se porta partie civile. Lors de la première audience du 7 février 1978, Fo prétendit qu’il s’était infiltré pour renseigner les partisans et protéger sa famille. Le journaliste, Luciano Garibaldi, publia dans l’hebdomadaire GENTE une photographie montrant Fo au milieu de ses camarades de combat qui avaient attaqué des partisans. S’ajoutèrent aussi des témoignages de supérieurs militaires de Fo à cette époque qui confirmèrent son engagement et du chef partisan Giacinto Luzzarini qui indiqua tout ignorer d'éventuels liens avec la résistance. Par jugement en date du 7 mars 1980 le tribunal de Varèse indiqua qu’il était « parfaitement légitime de définir Dario Fo comme un membre de la RSI (repubblichino) et comme un chasseur de partisans ». Fo ne fit pas appel et le jugement est définitif.
Dario Fo sort diplômé en 1950 de l'Académie des beaux-arts de Brera de Milan dans la section Architecture. Il y avait étudié la mise en scène et fut intrigué puis finalement obsédé par la découverte des grandes machineries de la Renaissance. Il y avait aussi cultivé son goût pour la peinture.
Il débute à la radio (Sette Giorni a Milano et Rosso e Nero) et à la télévision, où il joue, avec son accent lombard, les monologues satiriques qu'il écrit et qui se veulent des fresques délirantes.
À partir de 1952, avec Franco Parenti (it) et Giustino Durano, il s'illustre en tant qu'acteur de cabaret dans des pièces comiques à sketchs, présentant des situations absurdes, au texte rapide, joué avec une précision millimétrique : Il dito nell'occhio. Il y rencontre Franca Rame qu'il épouse à Milan à la basilique Sant'Ambrogio, le 24 juin 1954.
Avec elle, il part pour Rome, où il est embauché pour collaborer à la mise en scène de plusieurs films de 1955 à 1958 : Lo svitato (1956), Souvenir d'Italie (1957), Les Époux terribles (Nata di Marzo, 1958).
Parallèlement, il fonde avec Franca Rame une compagnie théâtrale, et crée des pièces courtes, qui s'inspirent de Georges Feydeau ou d'Eugène Labiche pour la mécanique de scène et de Jacques Tati ou Charles Chaplin pour le caractère des personnages. Il joue aussi dans des pièces de Shakespeare et de Molière, ainsi que dans des farces traditionnelles et régionales issues du répertoire de Franca Rame. Au côté de son épouse, Fo commence à affiner son registre, caractérisé par une transposition du théâtre médiéval et de l'art populaire dans la réalité politique italienne du XXe siècle. Le point de vue des laissés-pour-compte (ouvriers, prolétaires) est prédominant et le message subversif de ses productions est rendu possible par l'effet d'exagération, le sens de la caricature et la stylisation propres aux spectacles de cabaret.
En 1959, sa pièce de théâtre, Les archanges ne jouent pas au flipper (it) (Gli arcangeli non giocano a flipper), écrite en une vingtaine de jours, le propulse au rang des dramaturges en vogue et lance sa carrière internationale, à raison d'une pièce nouvelle chaque automne, jusqu'en 1967.
Le style de Dario Fo perpétue la tradition de la commedia dell'arte, des clowns italiens et de la farce médiévale. Il puise également son inspiration dans l'art des bateleurs, comme dans l'œuvre de dramaturges majeurs du XXe siècle à l'instar de Vladimir Maïakovski et Bertolt Brecht. L'improvisation, le déluge verbal, l'onomatopée, la performance physique et l'enchaînement de gags fondent les principales caractéristiques de ses pièces. L'utilisation de parlers populaires, d'accents régionaux et de formules idiomatiques occupe également une place centrale. Le théâtre de Fo se démarque par une esthétique grotesque, faisant la part belle au délire, aux allusions scatologiques et aux notations grivoises. À noter aussi un remarquable sens de l'économie et d'invention dans l'utilisation de rares accessoires ou dans la gestuelle des acteurs. Par exemple, les interprètes feignent un travail réel sur des métiers à tisser imaginaires dans Le Métier à tisser (Il telaio, 1969). Chez Fo, un même acteur interprète plusieurs personnages et porte un masque, un accoutrement ou un maquillage volontairement simple et délibérément trivial ou bouffon. L'auteur cherche souvent à dépasser le cadre de la représentation scénique en la parodiant et en la renvoyant à sa nature d'artifice. Le naturalisme est farouchement rejeté et le faux et l'invraisemblable sont célébrés. Fo rompt ainsi le pacte tacite de croyance du spectateur en ce qu'il voit et a recours au métathéâtre : il n'est pas rare de voir les comédiens s'adresser au public, utiliser la salle comme extension de la scène, commenter les objets du décor, critiquer ouvertement la progression dramatique de la pièce et émettre des jugements sur les contraintes imposées par la préparation d'un rôle.
Quant au fond, le comique, la fantaisie et la satire s'inscrivent dans une perspective éminemment politique, voire militante : la charge sociale aux accents anti-conformistes, anti-capitalistes et anti-cléricaux est toujours présente, entraînant fréquemment la censure, qui se révéla particulièrement féroce en 1962 pour une émission télévisée, Canzonissima, où le couple Fo-Rame est médiatiquement lynché, car on tolérait encore qu'ils fassent rire de petites salles de théâtre, mais on s'effrayait du message corrosif qu'ils pourraient faire passer avec les médias.
Par conviction « anti-bourgeoise », refusant de poursuivre le rôle de « bouffon de la bourgeoisie », ils amènent le théâtre dans les usines et les maisons du peuple, s'inspirant de l'idée de théâtre national populaire du TNP et des pièces de Brecht. Les spectateurs viennent souvent pour la première fois au théâtre pour voir une de ses pièces. Dans le numéro 1 du 6 janvier 1966 à la p. 3 du Pioniere de l'Unité une lettre de lui est publiée aux amis d'Atomino
Après 1968, la compagnie est organisée en coopérative pour éviter les contrôles aussi bien économiques que politiques. Les spectateurs deviennent des adhérents et chaque pièce est suivie d'un débat. Les thèmes sont plus explicitement politiques et provocateurs. Grande pantomima con bandiere e pupazzi piccoli e medi (Grande Pantomime avec drapeaux et pantins petits et moyens) est une des pièces emblématiques de cette période.