Ce Jour-là

Dany Laferrière

Académicien, écrivain et réalisateur canado-haïtien

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Dany Laferrière, né Windsor Klébert Laferrière fils, le 13 avril 1953 à Port-au-Prince en Haïti, est un académicien, écrivain, peintre et réalisateur résidant principalement à Montréal et à Paris.

Il reçoit le prix Médicis 2009 pour son roman L'Énigme du retour. Le 12 décembre 2013, il est élu à l'Académie française, où il est officiellement reçu le 28 mai 2015.

Né à Port-au-Prince le 13 avril 1953, Dany Laferrière passe son enfance au 88, de la rue Lamarre, Petit-Goâve avec sa grand-mère Da, un des personnages marquants de son œuvre. Marie Nelson, sa mère (archiviste à la mairie de Port-au-Prince), l'y envoie vers l’âge de quatre ans par crainte qu’il ne subisse des représailles de la part du régime de François Duvalier (Papa Doc), en raison des idées politiques de son père, Windsor Klébert Laferrière. Fils de paysan devenu à vingt-quatre ans le plus jeune maire de Port-au-Prince, puis sous-secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie, celui-ci vit alors en exil, « à la dérive ». C’est dans ce contexte que, dès 1957, et par mesure de protection, sa famille lui donne le prénom de Dany, repris d’un neveu mort prématurément.

À onze ans, Laferrière retourne vivre avec sa mère et sa sœur à Port-au-Prince. Il fait ses études secondaires au Collège Canado-Haïtien (CCH) et commence à travailler comme journaliste dès l’âge de dix-neuf ans. Le 1er juin 1976, son ami et collègue Gasner Raymond, alors âgé de vingt-trois ans comme lui, est assassiné par les Tontons Macoute. À la suite de cet événement, craignant d'être « sur la liste », il quitte de manière précipitée Haïti pour Montréal, n'informant personne de son départ, à l'exception de sa mère. En 1979, il retourne pendant six mois à Port-au-Prince et y rencontre Margaret Berrouët (dite Maggie), son épouse avec qui il a trois filles — Melissa, qui est née à Manhattan, où vivait alors Maggie, Sarah et Alexandra, qui sont nées à Montréal.

Lors de son arrivée à Montréal en juin 1976, il habite au 3670, rue Saint-Denis et commence à écrire afin de se libérer notamment de l’usine de Salaberry-de-Valleyfield où il travaille de nuit pendant huit ans, comme ouvrier « illégal », à faire des tapis en peaux d’animaux. Il loge dans des chambres «crasseuses et lumineuses», mange peu, préférant se procurer chez un brocanteur de la rue Saint-Denis une machine à écrire Remington 22 et des livres d’occasion. Il découvre l'œuvre de l'écrivain Jorge Luis Borges, qu’il ne cessera jamais de lire.

Dany Laferrière occupe ainsi plusieurs emplois mal payés tout en écrivant son premier roman, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (1985), qui remporte un succès commercial inattendu, notamment dans le monde anglophone où l'auteur est comparé à Bukowski et à Miller. Au Québec, le livre sort un vendredi, et le samedi, il est reçu par Denise Bombardier à l'émission En tête. C'était la première fois qu'il passait à la télévision. Le livre sera adapté pour le cinéma par Jacques W. Benoît en 1989, en plus d’être traduit en de nombreuses langues. Aux États-Unis, le film provoque un scandale et les grands médias américains le censurent (New York Times, Washington Post, Herald Tribune, Miami Herald, Los Angeles Times).

En 1990, Dany Laferrière s’installe à Miami avec sa famille, suivant la route empruntée par près d’un million de Québécois, afin d’échapper à cette célébrité « incompatible avec le silence intérieur qu’exige le travail d’écrivain ». Il écrit à Kendall dix romans en douze ans, qui forment l’ossature de son œuvre, pas loin d’un petit lac dont il fait le tour chaque matin en ruminant les descriptions et les dialogues à écrire. L'œuvre de Laferrière, qui connaît déjà le succès en France, fait l’objet de nombreuses traductions. S'il confiait en entrevue avec Jean-Paul Soulié, du quotidien montréalais La Presse, à la sortie de son premier roman en 1986: « Je veux m’emparer du monde », aujourd’hui c’est fait. Au printemps 1999, le Québec est le pays à l’honneur au Salon du livre de Paris. Dany Laferrière est invité à l’émission Bouillon de culture de Bernard Pivot, avec les écrivains Eduardo Manet (Cuba), Mongo Beti (Cameroun), Tahar ben Jelloun (Maroc), Robert Lalonde et Gaétan Soucy (Québec). Sur ce plateau, il évoque les conditions de son départ d'Haïti et salue l’originalité de la littérature québécoise. En 2002, Laferrière revient s'installer définitivement à Montréal, avec son épouse et ses filles.

En 2005, Dany Laferrière est parrain de Montréal, Capitale mondiale du livre, « Première ville du continent américain à décrocher le titre».

En novembre 2009, il reçoit le prix Médicis pour L'Énigme du retour et se trouve à Port-au-Prince avec Michel Le Bris au Festival Étonnants Voyageurs, le 12 janvier 2010 à 16 h 53 min 10 s, heure locale, quand le séisme frappe Haïti. Son épouse reçoit un courriel de l'écrivain affirmant qu'il est sain et sauf. Il témoigne de cette catastrophe, près de deux mois après, dans son livre Tout bouge autour de moi.

Le 12 décembre 2013, face notamment à Catherine Clément, Arthur Pauly et Jean-Claude Perrier, il est élu au premier tour de scrutin au 2e fauteuil de l'Académie française, devenant le premier immortel d'Haïti et du Canada à y siéger. À 10 heures ce jour-là, il donne une conférence sur la littérature à Port-au-Prince. Il voulait être « dans ce pays où après une effroyable guerre coloniale, on a mis la France esclavagiste d’alors à la porte tout en gardant sa langue » pour recevoir la nouvelle de son élection. Reçu le 28 mai 2015 par Amin Maalouf, il y prononce comme le veut la tradition son discours de réception, en hommage à son prédécesseur Hector Bianciotti. Il est le deuxième membre de cette institution à l'intégrer sans avoir jamais possédé la nationalité française après Julien Green en 1971, le premier à vivre hors de France, le deuxième Noir après Léopold Sédar Senghor (élu en 1983), et le troisième Noir élu membre de l'Institut de France (Ousmane Sow étant élu associé étranger à l'Académie des Beaux-Arts, en 2012). Il appartient également à la commission du Dictionnaire.

En mars 2015, Laferrière présentait sa « bibliothèque idéale » en présence du premier ministre du Québec, Philippe Couillard et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, à la bibliothèque de l'Hôtel de ville de Paris. En novembre 2015, il publie Tout ce qu'on ne te dira pas, Mongo, un roman qui mélange fiction et réflexion, qu'il décrit comme sa longue lettre d'amour de 300 pages au Québec. Il y raconte quarante années de vie et partage quelques conseils pour qui veut s'infiltrer dans une nouvelle culture. Il reçoit le prix Ludger-Duvernay, décerné par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Le 26 août 2016, il réalise la leçon inaugurale de la future promotion 2021 de Sciences Po Paris. En 2017, il devient le parrain de la quinzième édition des Correspondances d'Eastman. En novembre 2016, il a été le président d'honneur du Prix CatalPa, prix littéraire et artistique français distinguant chaque année un catalogue d'exposition, parmi les titres publiés dans l’année par les musées et les institutions culturelles de Paris. En 2018, Dany Laferrière devient le président d'honneur de la Fondation pour la langue française de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. En septembre 2019, l'écrivain est invité à l'émission 24/60, sur les ondes de Radio-Canada, et s'exprime sur le traitement politique et médiatique entourant la controverse provoquée par la publication d'une photo du Premier ministre Justin Trudeau, publiée par le magazine américain Time, affirmant qu'il ne peut s'agir d'un « blackface ». Il déplore que l'on oublie de préciser le contexte qui a alimenté l'affaire, Trudeau étant déguisé pour ressembler à Aladin, dans le conte Les Mille et Une Nuits. « Il faut qu’il y ait une volonté certaine de vouloir ridiculiser et déshumaniser l’autre. Dans le cas de la première image que j’ai vue, où Trudeau était accompagné d’une jeune femme magnifique, et où il avait un très beau turban, les femmes ne semblaient pas effrayées par sa présence… Aux États-Unis, quand on faisait du "blackface" pour ridiculiser, on mettait un regard effrayé, de grosses lèvres, des yeux un peu entourés de blanc pour obtenir un regard à la fois effrayé et effrayant. »

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