José Daniel Ortega Saavedra [ xoˈse daˈnjel oɾˈteɣa saːˈβɛðɾa̝], né le 11 novembre 1945 à La Libertad, est un homme d'État nicaraguayen. Ancien guérillero, il est le président de la république du Nicaragua depuis 2007.
Membre du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), au sein duquel il participe au renversement en 1979 de la dynastie des Somoza, il préside la Junte de gouvernement de reconstruction nationale durant la première période de la révolution sandiniste, de 1979 à 1985 ; il est président de la République de 1985 à 1990. Après sa défaite à la présidentielle de 1990, il se représente de nouveau en 1996, 2001 et 2006, année à laquelle il est de nouveau élu président.
Il prend ses fonctions le 10 janvier 2007, puis est réélu de manière controversée en 2011, 2016 et 2021, alors que sa présidence emprunte un tournant de plus en plus autoritaire. Le caractère de la répression s'intensifie durant son quatrième mandat, lors duquel plusieurs ONG, universités et journaux indépendants sont fermés ; il établit ainsi une dictature.
À plusieurs reprises, il fait changer la Constitution du pays. En 2025, sa femme, Rosario Murillo, est nommée co-présidente de la République.
Daniel Ortega, issu d'une famille de la classe moyenne, est le fils de Daniel Ortega et Lidia Saavedra, tous deux actifs opposants à la dictature d'Anastasio Somoza García. En 1963, il entre à l'université centraméricaine de Managua. Il abandonne cependant très vite ses études et rejoint le Front sandiniste de libération nationale, qui lutte contre le régime d'Anastasio Somoza Debayle.
En 1967, il est arrêté avec plusieurs autres militants et emprisonné ; comme tous les prisonniers politiques, il est soumis à la torture durant ses années de détention. Il est libéré en 1974, après sept ans d'emprisonnement, à la faveur d'un échange de prisonniers entre la guérilla et le régime : un commando sandiniste avait capturé un membre de la famille Somoza, ainsi que les ambassadeurs américain et chilien au Nicaragua.
Junte de reconstruction nationale
En juillet 1979, avec l'aide d'un soulèvement populaire, la guérilla du Front sandiniste de libération nationale renverse le dictateur Anastasio Somoza Debayle. Une Junta de Gobierno de Reconstrucción Nacional est constituée, regroupant des représentants des différentes forces d'opposition au régime renversé : Daniel Ortega, chef de file de la faction dite tercériste du FSLN (qui insistait sur l'action militaire davantage que sur le travail idéologique pour abattre le régime) ; Sergio Ramírez Mercado (écrivain et sympathisant sandiniste), Moisés Hassan (militant sandiniste) ; Alfonso Robelo Callejas (homme d'affaires libéral) et Violeta Barrios de Chamorro (directrice du journal libéral La Prensa).
Très tôt, la junte se défit, abandonnée par ses représentants de mouvements libéraux qui n’acceptèrent pas la mainmise croissante des sandinistes sur les organes essentiels du pouvoir. Sous la conduite de Daniel Ortega, se confirmèrent les craintes des libéraux de voir s’instaurer un régime de type socialiste avec le FSLN dans le rôle de parti politique pratiquant la « démocratie participative » encadrée par les comités de défense[réf. nécessaire].
Le régime nationalise les banques, les compagnies d’assurances ainsi que les ressources minières et forestières. Les importations et exportations de produits alimentaires sont placées sous contrôle de l’État. La peine de mort est abolie et l'homosexualité dépénalisée.
Le gouvernement sandiniste planifie une « croisade nationale d'alphabétisation », qui constituera sans doute sa plus grande réussite. Inspirées des programmes développés à Cuba après la révolution, des milliers de patrouilles d'alphabétisation sont envoyées partout dans le pays, dotées par le gouvernement d'importants moyens. Alors que le pays était plongé dans la guerre civile, le budget consacré à l'éducation est plus que doublé, et le taux d'alphabétisation croît de 13 % à 50 % au cours des années 1980. L'UNESCO décerne au Nicaragua le prix Nadejda Kroupskaïa en reconnaissance de ces efforts.
Le FSLN porte également son attention sur l’amélioration du système de santé nicaraguayen, notamment à travers des campagnes de vaccination et par la construction d’hôpitaux publics, ce qui permet principalement de réduire de moitié la mortalité infantile en la ramenant à 40 pour mille. Dans le domaine de la réforme agraire, les propriétés de la famille Somoza et de certains cadres du régime déchu sont redistribuées aux paysans ou converties en fermes d’État. L'envergure de la réforme reste toutefois limitée puisqu'elle ne concernait que les propriétaires les plus notoirement somozistes et non pas l’ensemble de la structure agraire.
Conflit avec les États-Unis et insurrection intérieure
Le gouvernement de Daniel Ortega se déclarait inspiré par le socialisme démocratique de Salvador Allende, tout en affichant une proximité diplomatique avec Cuba. En réaction, les États-Unis placent le Nicaragua sous embargo et soutiennent la guerre des Contras, mouvement d'opposition armé et entraîné par la CIA, car le président Ronald Reagan avait la crainte d'un pays communiste allié à l'URSS en Amérique centrale.
Le 4 novembre 1984 se tint la première élection présidentielle depuis le soulèvement armé de 1979, dont son parti sortit victorieux (67 %), mais les États-Unis rejetèrent l'élection sous motif de fraude, malgré la présence massive d'observateurs internationaux. La principale force d'opposition, la Coordination démocratique nicaraguayenne, après avoir initialement annoncé sa participation aux élections, appelle finalement à l'abstention à la suite d'un voyage aux États-Unis de son dirigeant Arturo Cruz. Washington offrait alors trois cent mille dollars aux dirigeants de partis qui se retireraient des listes afin d’ôter toute crédibilité à des élections dont les sandinistes étaient largement favoris. Le 9 janvier 1987, Daniel Ortega fait adopter une nouvelle constitution.
Les ports du pays avaient déjà été minés par les États-Unis en mars 1984 pour empêcher le Nicaragua de commercer avec l'extérieur, et la guerre menée par les Contras occasionne près de 50 000 morts et de lourds dommages à l'économie. Plusieurs scandales viennent médiatiser cette guerre : révélation en 1986 des ventes d’armes à l’Iran (Irangate) ou du trafic de cocaïne institutionnalisé par la CIA depuis la Colombie pour financer les « contras ». Les États-Unis sont condamnés en 1987 par le Tribunal international de La Haye à 17 milliards de dollars d'indemnisation au Nicaragua, somme qui ne sera jamais versée.
Fin 1989, Daniel Ortega annonce l'anticipation de neuf mois du scrutin de 1990.
Le 25 février 1990, des élections anticipées virent la défaite du FSLN au profit de Violeta Chamorro, du parti UNO (Unión Nacional Opositora), alliance de partis opposés au gouvernement sandiniste. Daniel Ortega reconnut sa défaite, ce qui crédibilisa grandement la volonté déclarée de transparence du régime sandiniste, mais il déclara néanmoins que le FSLN continuerait de gouverner « d'en bas ». Ainsi, quelque temps avant la transmission du pouvoir, le gouvernement Ortega enregistra le passage à la propriété de cadres du parti d’une fortune en biens fonciers privés[pas clair], confisqués aux premiers jours de la révolution. S'il s'agissait prétendument d'assurer au parti des ressources financières pour continuer la lutte, beaucoup estimèrent que cette manœuvre témoignait de la corruption qui s'était insinuée au FSLN après des années de gestion du pouvoir.