Ce Jour-là

Daniel Cordier

Résistant, marchand d'art et historien français

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Daniel Cordier, né le 10 août 1920 à Bordeaux et mort le 20 novembre 2020 à Cannes, est tour à tour soldat de la France libre puis résistant, marchand d'art et historien français.

Après avoir été membre de la Fédération nationale des Camelots du roi, il s'engage dans la France libre dès juin 1940. Secrétaire de Jean Moulin en 1942-1943 — au contact de qui ses opinions évoluent du nationalisme intégral maurrassien à une tendance plus libérale —, il consacre à celui-ci une biographie en plusieurs volumes d'une grande portée historique.

Après la guerre, il est marchand d'art, critique, collectionneur et organisateur d'expositions, avant de se consacrer à des travaux d'historien et à la rédaction de son autobiographie Alias Caracalla (en trois tomes), de ses Mémoires Rétro-chaos — qu'il écrit « non pour refaire [sa] vie, mais pour la comprendre » — et de Les Feux de Saint-Elme.

Il confie à la fin de sa vie que son engagement dans la France libre, d'une part, et les trente ans consacrés à l'étude de cette histoire et à son écriture, d'autre part, « sont les deux périodes de [s]on passé [qu'il] recommencerai[t] à l'identique » si la possibilité lui en était donnée.

Lors de sa mort, à 100 ans, il était l'un des deux derniers compagnons de la Libération encore en vie.

Enfance, adolescence et Action française

Daniel Bouyjou est né le 10 août 1920 à Bordeaux. Son père René Bouyjou, après avoir rejoint la florissante entreprise de commerce de café familiale, dont il est le représentant dans toute l'Europe, se marie en 1919 au Bouscat (Gironde) avec Jeanne Gauthier, issue d’une famille de riches propriétaires et négociants bordelais. En 1924, Jeanne quitte René Bouyjou et va vivre chez ses parents avec Daniel. C'est alors la grand-mère maternelle de Daniel, Pauline Adèle Gauthier, née Vidal, qui va s'occuper de lui en le gâtant. En 1925, le divorce de René et Jeanne est prononcé. Celle-ci se remarie en 1927 avec Charles Cordier, du même milieu social.

En 1928, René Bouyjou obtient la garde du petit Daniel et le met en internat à l’école Saint-Elme à Arcachon ; sa mère lui rend visite tous les 15 jours, tandis que son père « ne venait jamais » car toujours en voyage d'affaires. Daniel s'étant fait renvoyer de l'école Saint-Elme en juillet 1936, son père le met à la rentrée en pension au collège Saint-Genès, à Bordeaux ; mais il en est à nouveau renvoyé en juillet 1937, pour cause de possession de livres mis à l'index. Son père inscrit alors Daniel dans une boîte à bachot de Bordeaux, où celui-ci découvre Rimbaud, qui le libère de sa « prison affective ». En été 1939, Cordier est reçu à l'écrit du baccalauréat.

En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre, Cordier, qui est encore mineur, veut rejoindre l'armée, mais ses parents s'y opposent ; en décembre, comme son père continue à refuser que Daniel devance l'appel sous les drapeaux, celui-ci se fâche définitivement avec lui — René Bouyjou meurt en 1943 sans que Cordier l'ait revu, ce qu'il regrette toute sa vie.

En février 1940, il a un coup de foudre pour une jeune fille surnommée Moineau, dont le « rire et la fossette » l'ont conquis. Il pense à elle tous les jours et son amour pour elle dure de nombreux mois.

Influencé par les idées maurrassiennes de son beau-père que Daniel admire, il milite à 17 ans à l'Action française et fonde à Bordeaux le cercle Charles-Maurras. En effet, comme il le reconnaît dans Alias Caracalla, en tant qu'admirateur de Charles Maurras, il est, au début de la guerre, antisocialiste, anticommuniste, antisémite, antidémocrate et ultranationaliste, souhaitant même, après son ralliement à la France libre, que Léon Blum soit fusillé après un jugement sommaire à la fin de la guerre. Mais, contrairement à son maître à penser, il refuse d'emblée l'armistice par patriotisme.

Engagement dans la France libre et mission dans la Résistance

Défaite de 1940 et engagement dans la France libre

En juin 1940, il se trouve avec sa famille à Bescat (Basses-Pyrénées), attendant avec impatience son incorporation prévue le 10 juillet. Le 17 juin, il écoute à la radio le premier discours de chef du gouvernement du maréchal Pétain, qui déclare notamment : « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous […] les moyens de mettre un terme aux hostilités ». Étant donné que Cordier s'attendait de la part du vainqueur de Verdun à une volonté de poursuivre la guerre, il est totalement révolté par l'annonce de la demande d'armistice, qu'il considère comme une véritable trahison. Le jour même, il imprime et diffuse un tract « contre Pétain ».

Après avoir rassemblé seize volontaires et espérant que l'Empire français continuera la guerre, Cordier embarque avec ces volontaires le 21 juin à Bayonne, grâce à l'aide de son beau-père, sur un navire belge, le cargo Léopold II, qui devait se rendre en Algérie, où Cordier et ses camarades voulaient rejoindre l'armée française d'Afrique. Mais le bateau fait finalement route vers l'Angleterre.

Daniel Cordier atteint Falmouth (Cornouailles) le 25 juin et s'engage avec ses camarades dans les premières Forces françaises libres de la « Légion de Gaulle » le 28 juin 1940. Il découvre — avec un étonnement dû à son éducation au sein d'une famille d'extrême droite ultranationaliste — que des socialistes et des communistes comptent parmi ces engagés patriotes. Il rencontre parmi ceux-ci Raymond Aron et Stéphane Hessel, puis Georges Bidault, auxquels il reste lié. En transit pendant quelques jours au palais d'expositions de l'Olympia (West Kensington, Londres), il est affecté au bataillon de chasseurs alors en formation et arrive début juillet à Delville Camp (Aldershot), pour y suivre un entraînement de base pendant trois mois. En novembre 1940, le bataillon est installé au camp d'Old Dean (Camberley), où Daniel Cordier complète sa formation militaire et obtient, en mai 1941, le grade de sergent, puis en août celui d'aspirant, c'est-à-dire d'élève officier.

Son camarade François Briant lui ayant annoncé qu'il s'est engagé dans les services de renseignements de la France libre afin de pouvoir partir en mission et enfin combattre, Cordier en fait autant et se porte volontaire pour des missions en France ; il est accepté par le commandant Passy, chef du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), et quitte enfin Camberley en août 1941. Il subit alors plusieurs mois d'entraînement spécial, notamment de sauts en parachute, de sabotage, de transmission radio, afin d'être préparé à une mission en France.

Cordier est parachuté près de Montluçon le 26 juillet 1942. Il gagne rapidement Lyon et est choisi comme son secrétaire personnel par Jean Moulin, membre (nommé secrètement par de Gaulle) et délégué du Comité national français, officieusement seul représentant de ce comité en Zone libre. Cordier avait été muni par le BCRA de faux papiers au nom de « Charles Dandinier » et il prend alors le pseudonyme d'Alain en référence au philosophe. Il fonde et dirige le secrétariat de Jean Moulin et pendant onze mois, il est au quotidien l'un de ses plus proches collaborateurs. Il gère son courrier et ses liaisons radio avec Londres. Il l'aide à créer divers organes et services de la Résistance, et assiste aux patients efforts de celui-ci pour unifier la Résistance intérieure française et la placer sous l'égide du général de Gaulle, basé à Londres puis à Alger.

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