Daniel Cohn-Bendit, né le 4 avril 1945 à Montauban (Tarn-et-Garonne), est un homme politique germano-français actif en politique aussi bien en Allemagne qu'en France.
Né en France de parents juifs d'Allemagne militants d'extrême gauche puis antinazis, il fait ses études supérieures en France, à l'université Paris-Nanterre. Militant libertaire, il accède à la notoriété durant le mouvement de mai 68, dont il est l'un des porte-paroles et participe au congrès de Carrare, un des principaux congrès anarchistes du XXe siècle. N'ayant pas à l'époque la nationalité française, il est expulsé en Allemagne par le gouvernement français.
À partir des années 1980, Cohn-Bendit mène une carrière politique en Allemagne comme élu du parti écologiste Alliance 90/Les Verts à Francfort-sur-le-Main. Il devient député européen des Verts allemands en 1994 puis est réélu député européen sur une liste des Verts français en 1999, faisant à cette occasion son retour sur la scène politique française. Lors des élections européennes de 2009, il est un des leaders d'Europe Écologie. Les Verts arrivent troisième en France avec 16,2 % des voix, un record pour le parti. Favorable à la mise en place d'une Europe fédérale, il est coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen de 2002 à 2014. Il obtient la nationalité française en 2015.
Alors qu'il était surnommé « Dany le Rouge » en mai 68, Daniel Cohn-Bendit effectue un virage idéologique, adhérant progressivement au libéralisme économique tout en revendiquant l'étiquette de « libéral-libertaire ».
Il a fait l'objet d'accusations de pédophilie, ou d'apologie de la pédophilie, notamment fondées sur son ouvrage Le Grand Bazar, publié en 1975, mais aussi sur ses propos dans plusieurs passages télévisés notamment dans l’émission Apostrophes le 23 avril 1982. Affirmant regretter ses écrits, il a aussi toujours rejeté les accusations de pédophilie.
Marc Daniel Cohn-Bendit est le fils d’Erich Cohn-Bendit (1902-1959), un Juif allemand né à Berlin, et de Herta David (1908-1963), issue d'une famille juive traditionaliste ashkénaze de Poznań, en Pologne. En 1933, son père est avocat, sa mère vient de terminer des études de droit et se prépare à devenir juge pour enfants.
Avec Hans Litten, Erich Cohn-Bendit est l'un des principaux partisans de Rote Hilfe Deutschlands (RHD), l'organisation d'aide affiliée au Parti communiste d'Allemagne, et tend plutôt vers le trotskisme. Il est également l'un des avocats du Secours rouge. À la suite de l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, il est interdit de travail pour « activités communistes » présumées et est bientôt déchu de la citoyenneté allemande. Menacé d'arrestation, il quitte l'Allemagne dès mars 1933. Il s'installe en France à Paris où il rencontre sa future épouse.
En 1936, année du Front populaire de Léon Blum, naît à Montrouge leur premier enfant, Jean-Gabriel. Erich Cohn-Bendit est actif dans la Quatrième Internationale (trotskiste), fondée en France en 1938. En 1939, les Cohn-Bendit sont rejoints par les parents d'Erich (son père, Alex Cohn, est un ancien industriel du textile), qui passent toute la guerre à Paris en zone occupée. Durant ces années, Erich et Herta fréquentent un cercle de réfugiés allemands comprenant Walter Benjamin, Heinrich Blücher et la philosophe Hannah Arendt, devenue une amie proche.
Durant la « drôle de guerre », Erich Cohn-Bendit est interné comme ressortissant allemand, mais s'évade et rejoint son épouse, qui a quitté Paris pour Montauban pour s'y cacher. Herta Cohn-Bendit travaille dans l'orphelinat pour enfants réfugiés de Moissac (Tarn-et-Garonne). La famille Cohn-Bendit est cachée chez un particulier proche de Montauban par le réseau de l’évêque du lieu, Pierre-Marie Théas. En 1943, après l'occupation de la zone sud par les Allemands et alors qu'on y arrêtait les Juifs, les membres de la famille passent dans la clandestinité, où notamment ils se cachent un temps dans les bois, jusqu'à la Libération de la région (autour du 20 août 1944). Daniel vient au monde, comme il l'a lui-même souligné, dix mois après le débarquement de Normandie.
Daniel Cohn-Bendit naît à Montauban dans le département du Tarn-et-Garonne en France, le 4 avril 1945, à la fin de la Libération, un mois avant que le général Jodl ne signe à Reims la reddition inconditionnelle de l'armée allemande. Son père, s'opposant aux prescriptions du judaïsme, refuse qu'il soit circoncis.
Ses parents, réfugiés allemands communistes, étaient régis par les décrets français de 1941 sur les Juifs réfugiés en France, et sont probablement devenus apatrides par l'application de la loi allemande du 14 juillet 1933 relative à la révocation de certaines naturalisations et à la déchéance de la nationalité allemande - abrogée par la loi du 20 septembre 1945 prise par le Conseil de contrôle interallié. Ses parents lui font faire en 1957 des papiers d’identité de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui a été créé en 1952. En 1959, il opte pour la citoyenneté allemande afin de ne pas faire son service militaire : « Je suis né en 1945, alors que mes parents étaient cachés en France en raison des persécutions antijuives. J'ai été apatride pendant quatorze ans, puis j'ai choisi la nationalité allemande pour ne pas faire mon service militaire ». Il se définit, par la suite, de plus en plus comme un « citoyen européen ».
En 1945, la famille Cohn-Bendit quitte Montauban pour s'installer en Normandie à Cailly-sur-Eure où ils deviennent responsables de la « Colonie Juliette », un établissement pour enfants de déportés juifs disparus. En 1948, ils reviennent à Paris XVe, la mère devenant économe du lycée Maïmonide de Boulogne (Hauts-de-Seine). Le père, ne pouvant exercer la profession d'avocat en France pour une question d'équivalence de diplômes, décide en 1952 de rentrer en Allemagne et reprend son métier d'avocat à Francfort. Il est en étroit contact avec des membres de l'École de Francfort, dont Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, ainsi qu'avec Bertolt Brecht et Helene Weigel[réf. nécessaire]. Le psychanalyste Bruno Bettelheim a fait partie de ses clients. Erich Cohn-Bendit meurt en 1959.
En 1956, Daniel entre au lycée Buffon de Paris, où il fait sa sixième et sa cinquième. Sa mère, ayant rejoint son père atteint d'un cancer du poumon (Daniel restant sous la garde de sa grand-mère), le fait venir à son tour en Allemagne en 1958 et l'inscrit dans un internat non conventionnel, l'Odenwaldschule, situé à la campagne à Oberhambach-Heppenheim, non loin de Mannheim et à 60 km de Francfort. Là, le jeune Daniel prend des responsabilités : il est élu délégué pratiquement chaque année ; il se retrouve le plus jeune lycéen à la tête du parlement des élèves, trois années de suite ; il y organise également le boycott des cours de sport. Il reste fortement marqué par son passage à l'Odenwaldschule - une école « tout droit issue de la tradition alternative des années 1920 » - ; il souligne par la suite qu'être allé dans cette école autogérée et y avoir fait autant de théâtre a joué un rôle important dans sa vie.
Après la mort de son mari en 1959, Herta Cohn-Bendit rentre en France, et Hannah Arendt se déplace des États-Unis pour lui présenter ses condoléances en Europe. Daniel a 14 ans. Herta meurt en 1963 d'une attaque cardiaque au cours d'une visite chez sa belle-sœur à Londres. Daniel âgé de 18 ans est alors placé sous la tutelle de l'ancien associé de son père ; il termine ses études secondaires à Oberhambach, y présente en 1964, un exposé sur « La gauche en France » (Die Linke in Frankreich) et passe le baccalauréat allemand (Abitur) en 1965.
Il revient alors en France faire ses études supérieures en sociologie et bénéficie d'une bourse du gouvernement allemand en raison des dommages causés à sa famille par le nazisme. Il habite square Léon-Guillot dans le 15e arrondissement de Paris avec sa grand-mère, dans l'ancien deux-pièces de ses parents.
Durant ces années, il fait aussi des séjours notables à l'étranger : en Angleterre en 1962, en Israël en 1963 et aux États-Unis en 1964, dans la famille de Thomas Bieber, ancien de Cailly-sur-Eure. En Israël, il séjourne dans le kibboutz HaZorea où vivent des membres de la famille de sa mère, « sioniste éclairée », selon ses mots.