Dagobert II (en latin : Dagobertus, en vieil anglais : Dægberht), canonisé sous le nom de saint Dagobert, est un roi des Francs de la dynastie mérovingienne. Fils du roi Sigebert III, il règne sur le royaume d'Austrasie de 676 à 679. Considéré comme un martyr et reconnu comme saint par l'Église catholique depuis le IXe siècle, il est fêté le 23 décembre.
Aucun texte contemporain dressant l'histoire des Mérovingiens ne rend compte du règne de Dagobert, qui doit être reconstitué à partir de plusieurs sources différentes. À la mort de son père en 656, il est privé de la succession et exilé en Irlande pour y vivre comme moine. Son retour en Austrasie est organisé par Wilfrid, évêque d'York.
Il monte sur le trône pendant une période troublée provoquée par l'assassinat de Childéric II en 675. Durant son bref règne, il est en guerre avec la Neustrie, signe un traité de paix avec le royaume lombard en Italie et émet les dernières monnaies en or mérovingiennes.
La Vita sancti Wilfrithi, œuvre quasi contemporaine, dépeint Dagobert comme un tyran qui se mettait à dos les évêques et imposait de nouveaux impôts. Il est assassiné par une conspiration de la noblesse et son cousin, Thierry III, roi de Neustrie contre lequel il avait déjà fait la guerre, lui succède.
Dagobert est le fils de Sigebert III et de son épouse Chimnechilde. Il est nommé ainsi en référence à son grand-père, Dagobert Ier.
Selon le Liber historiæ Francorum, vers 650, le roi Sigebert, alors sans enfant, adopte le fils de son maire du palais Grimoald, Childebert, et en fait l'héritier de son royaume. Vers 652, à la naissance de Dagobert, Sigebert casse son testament et institue son fils comme seul héritier.
En 656, le roi Sigebert est assassiné. Le maire du palais d'Austrasie, Grimoald, fait alors tonsurer le jeune Dagobert, ce qui le prive de ses droits à la succession royale, puis, il l'exile. Il charge Didon, évêque de Poitiers, de l'emmener dans un cloître en Irlande. Grimoald répand alors le bruit de la mort de Dagobert, et fait monter Childebert sur le trône.
Aucune source contemporaine ne décrit le séjour de Dagobert en Irlande. Mervyn Archdall (en), antiquaire du XVIIIe siècle, est le premier à associer Dagobert à un lieu précis en Irlande. Il écrit qu'une tradition orale locale en vigueur à l'époque plaçait Dagobert dans le monastère de Slane, une conclusion acceptée par certains érudits modernes.
Grimoald meurt assassiné en 657. À la mort de Childebert en 662, le deuxième fils du roi Clovis II, Childéric, encore mineur, est placé sur le trône d'Austrasie. Il est marié à Bilichilde, sœur de Dagobert, et placé sous la régence de Chimnechilde. Il est assassiné en 675 avec son épouse et son fils.
Le meurtre de Childéric fut l'occasion du retour de Dagobert, mais son résultat immédiat fut la guerre civile. L'ancien maire du palais, Ébroïn, déclare roi en Austrasie un certain Clovis, fils du roi de Neustrie Clotaire III, tandis que le troisième fils de Clovis II, Thierry III, est placé sur le trône de Neustrie par Léger, évêque d'Autun. Après la capture de Léger, Ébroïn abandonne Clovis au profit de Thierry et perd ainsi ses alliés austrasiens. Dans cette situation, Dagobert est rappelé de son exil.
Si le Liber historiæ Francorum est la seule source décrivant les circonstances de l'exil de Dagobert, la Vita sancti Wilfrithi est la seule à évoquer son retour. Cette biographie de l'évêque anglais Wilfrid a été composée dans les premières décennies du VIIIe siècle par Étienne de Ripon. Selon Étienne, Dagobert a été exilé en Irlande « dans sa jeunesse » et lorsque ses amis et parents ont appris qu'il vivait encore, ils ont demandé à Wilfrid de l'emmener en Angleterre et de l'envoyer ensuite en Austrasie. Ce dernier équipa Dagobert en troupes pour l'aider à établir son pouvoir naissant.
La Vita sancti Wilfrithi ne précise pas qui était responsable du rappel de Dagobert, mais seulement qu'il s'agissait d' « amis » (amici) et de « parents » (proximi). Il est possible que les parents aient été du côté de sa mère. Il n'y a pas de consensus sur l'identité des amis, peut-être Wulfoald, le maire du palais sous Childéric II, ou Pépin et Martin, qui sont arrivés au pouvoir, selon le Liber historiæ Francorum, après « la mort des rois », peut-être en 675 ; ou même Ultan, abbé de Saint-Maur-des-Fossés, qui était lui-même irlandais et avait des relations en Irlande.
La date d'accession au trône de Dagobert n'est pas connue avec certitude. Childéric II est assassiné en 675 et Clovis III est déposé en 676, au moment où Dagobert prend ses fonctions, soit entre le 2 avril et le 30 juin 676 selon Richard Gerberding, ou vers juillet 676 pour Paul Fouracre. Le règne de Dagobert est peu documenté. Le Liber historiæ Francorum, qui s'inscrit dans une perspective neustrienne, ne le mentionne plus après avoir décrit son exil. Gerberding dit de son auteur : « Soit il ne croyait pas que Dagobert était revenu pour devenir roi, soit il ne voulait pas que nous le sachions ». Fouracre suggère qu'il ne considérait pas Dagobert comme un roi légitime soit parce qu'il n'avait pas été choisi avec le soutien des Neustriens, soit parce qu'il était considéré comme un étranger après son long exil.
Guerre entre la Neustrie et l'Austrasie
Seule une œuvre du VIIe siècle, la Vita Sadalbergae abbatissae Laudunensis (en), mentionne brièvement le règne de Dagobert. Il y est écrit que l'abbesse Salaberge a déplacé son couvent des faubourgs de Langres à la ville de Laon en raison de pressentiments, qui se sont avérés exacts par la suite en raison de « récents combats entre les rois Dagobert et Thierry ». Il s'agit de la seule mention d'une guerre entre Dagobert et son cousin germain, Thierry III. Elle témoigne de l'animosité persistante entre Ébroïn et les Austrasiens, bien qu'il puisse s'agir à l'origine d'un conflit frontalier en Champagne.
Le fait que la guerre se soit déroulée au cœur de la Bourgogne, qui était sous domination neustrienne, suggère que Dagobert a eu l'initiative pendant un certain temps. C'est peut-être au cours de ce conflit que les Austrasiens, menés par Pépin et Martin, se révoltent. Cependant, Thierry III et Ébroïn les battent lors de la bataille de Bois-du-Fays (en), entraînant la mort de Martin. Bien que cette bataille ait pu avoir lieu après la mort de Dagobert, il est plus probable qu'elle se soit déroulée en septembre 679, lorsque Dagobert était encore en vie et en mesure d'ordonner la levée de troupes. La guerre mentionnée dans la Vita ne peut cependant pas être datée avec précision. Elle peut s'être terminée dès septembre 677.
Les destructions consécutives à une bataille indécise entre Neustriens et Austrasiens se sont déroulées aux alentours de Langres et Chaumont, vers le 15 septembre 677. Les diocèses de Châlons-sur-Marne et de Langres étaient au cœur des affrontements et, bien que juridiquement neustriennes, étaient partiellement occupées par l'Austrasie, laquelle signa un accord de paix avec la Neustrie après ces litiges frontaliers.
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