Le mouvement dada, aussi appelé dadaïsme ou simplement dada, est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique du début du XXe siècle, qui se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques.
Né en 1916 à Zurich, alors refuge d'une jeunesse qui refuse la guerre, Dada connaît une rapide diffusion internationale, en particulier à Berlin, Hanovre, Cologne, New York, Barcelone, Paris, ainsi qu'en Belgique et au Pays-Bas.
Mouvement particulièrement difficile à définir, malgré la prolifération de Manifestes Dada, il met en avant un esprit mutin et caustique, un jeu avec les convenances et les conventions, son rejet de la raison et de la logique, et marque, avec son extravagance notoire, sa dérision pour les traditions et son art très engagé. Proche de l'idéologie socialiste, voire anarchiste pour Tristan Tzara et Raoul Hausmann, Dada se démarque à l'époque par sa proximité avec le militantisme radical. Les artistes de Dada se veulent irrespectueux, extravagants et affichent un mépris total envers les « vieilleries » du passé. Ils cherchent à atteindre la plus grande liberté d'expression en utilisant tout matériau et support possible. Ils ont pour but de provoquer et d'amener le spectateur à réfléchir sur les fondements de la société.
Le nom Dada apparaît pour la première fois dans l'éditorial de l'unique numéro de la revue Cabaret Voltaire dirigée par Hugo Ball. Ce texte en allemand, mais dont l'ultime phrase est en français, est daté du 15 mai 1916 et s'achève par les mots : « L'intention des artistes assemblés ici est de publier une revue internationale. La revue paraîtra à Zurich et portera le nom DADA, Dada Dada Dada Dada. ».
Des versions contradictoires s'opposent quand il s'agit d'expliquer comment le mot a été trouvé et quel sens on doit lui donner. La légende veut que le mot « dada » ait été trouvé au hasard dans un dictionnaire. « Pour tout le monde, désormais, explique Henri Béhar, dada est né à Zurich le 8 février 1916, son nom ayant été trouvé à l'aide d'un coupe-papier glissé au hasard entre les pages d'un dictionnaire Larousse. » L'historien authentifie l'anecdote avec une formule ambiguë : « Gardons-nous de ne pas croire aux légendes ! ».
L'histoire a été répétée plusieurs fois par les promoteurs du mouvement. Dans une lettre de janvier 1921 adressée à des artistes new-yorkais, Tristan Tzara explique les circonstances de l'invention du nom dont il se garde de revendiquer la paternité : « J'étais avec des amis, je cherchais dans un dictionnaire un mot approprié aux sonorités de toutes les langues, il faisait presque nuit lorsqu'une main verte déposa sa laideur sur la page du Larousse — en indiquant d'une manière précise dada — mon choix fut fait. » Au cours d'un entretien accordé à Arts magazine (New York, décembre 1982), le peintre Marcel Janco reconnaît qu'il n'était pas présent à ce moment-là : « Un après-midi, dans un café où nous nous retrouvions, j’ai appris que Tzara avait trouvé un nom pour le groupe, que tout le monde avait accepté. Ils cherchaient un nom parce que le mouvement était devenu très important. Tzara avait trouvé le mot dans le Larousse. »
En 1921, l'apparente précision du témoignage de Hans Arp paraît disqualifiée par la description ironique des circonstances : « Tzara a trouvé le mot dada le 8 février 1916 à 6 heures du soir ; j’étais présent avec mes 12 enfants lorsque Tzara a prononcé pour la première fois ce nom qui a déchaîné en nous un enthousiasme légitime. Cela se passait au Café de la Terrasse à Zurich et je portais une brioche dans la narine gauche. »
La controverse sur la naissance du nom « dada » vient de Richard Huelsenbeck qui en a toujours revendiqué la paternité : « Le mot dada a été découvert par hasard dans un dictionnaire allemand-français par Hugo Ball et moi, alors que nous cherchions un nom de théâtre pour Mme Le Roy, la chanteuse du cabaret. » Même si une lettre de Hugo Ball à Richard Huelsenbeck du 28 novembre 1916 semble soutenir sa version : « Et finalement j’y ai également décrit dada : le Cabaret et la Galerie. Tu auras donc eu le dernier mot de dada comme tu as eu le premier », la récurrente revendication de Huelsenbeck ne résiste pas au fait que, appelé par Hugo Ball, il ne soit pas arrivé à Zurich avant le 11 février 1916.
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale fait de Zurich le refuge d'une foule de jeunes gens, issus de tous les pays d'Europe, réunis par leur refus de la guerre. Lénine, Radek et Zinoviev ont transformé la ville en quartier général pour préparer la prise de pouvoir en Russie.
Début 1916, Hugo Ball, écrivain, traducteur de littérature française (Henri Barbusse, Léon Bloy, Arthur Rimbaud) et dramaturge allemand, exilé depuis 1915, et sa compagne, Emmy Hennings, poète et danseuse, fondent le Cabaret Voltaire et en annoncent l'ouverture, dans la presse zurichoise, pour le 2 février. Ils invitent les « jeunes artistes et écrivains dans le but de créer un centre de divertissement artistique, […] à [les] rejoindre avec des suggestions et des propositions ». Il persuade Ephraïm Jan de lui louer une pièce dans l'Auberge de la Meierei, au 1 de la Spiegelstrasse, située dans le quartier mal famé de Zurich.
Hugo Ball a l'idée de mêler la tradition des cabarets parisiens de la fin du XIXe siècle avec l'esprit du cabaret berlinois d'avant-guerre, sous la figure emblématique de Voltaire dont il admire l'opposition au clergé. Il veut offrir un lieu de rencontre et d'exposition aux artistes et aux intellectuels.
Quelques jours auparavant, Marcel Janco, à la recherche d'un travail, passe devant l'auberge. Il entend de la musique sortir d'une boîte de nuit et « découvre un personnage « gothique » jouant du piano » : Hugo Ball. Quand ce dernier apprend que Janco est peintre, il lui offre les murs du cabaret pour exposer. Janco revient au cabaret accompagné de ses amis, Hans Arp, Sophie Taeuber et Tristan Tzara.
L'inauguration a lieu le 5 février, la salle est comble. Hugo Ball joue du piano, Emmy Hennings chante en français et en danois, Tristan Tzara récite ses poèmes en roumain. Le décor est signé Marcel Janco et Hans Arp. Bientôt, les représentations intègrent des lectures simultanées accompagnées de bruitisme. Une revue est créée Cabaret Voltaire avec textes et dessins.
Le nom « dada » est choisi trois jours plus tard.
Au bout de six mois, en juillet 1916, les protagonistes du Cabaret Voltaire veulent créer une revue et une galerie. Mais Hugo Ball s'oppose à l'idée de faire de dada un mouvement artistique. Dans son manifeste, écrit à ce moment-là, il donne la primauté au mot et hésite à parler d'art : « Le mot, messieurs, le mot est une affaire publique de tout premier ordre. » Les dadaïstes créent tout de même une maison d'édition et une galerie. Le mouvement dérive des spectacles spontanés des cabarets à la programmation d'événements. Il converge vers la danse, probablement grâce à Sophie Taeuber. La galerie dada, ouverte en janvier 1917, se révèle un succès, mais elle ne dure que quelques semaines. Hugo Ball, finalement, voyait dans cette galerie un effort pédagogique pour réviser les traditions littéraires et artistiques. Durant cette expérience, Richard Huelsenbeck quitte le mouvement zurichois, l'assimilant à un petit commerce artistique, pour aller relancer dada à Berlin.
Courant 1917 et 1918, le mouvement s'internationalise. La revue DADA paraît en juillet 1917 et dure trois ans, portée par Tristan Tzara qui explore les possibilités typographiques non conventionnelles. À Zurich, l'improvisation des débuts est remplacée par une programmation plus institutionnalisée. De nouvelles personnalités, comme Walter Serner, émergent et une visite au Cabaret Voltaire reste un passage obligé pour tous ceux qui veulent participer à dada. Ainsi, Francis Picabia s'y présente, publie un numéro spécial de sa revue 391 (dont le nom est inspiré de la revue 291 d'Alfred Stieglitz) sur Zurich, tout en réalisant, à New York, avec Marcel Duchamp et d'autres, des événements dada, comme le salon des artistes indépendants, où est présentée (mais refusée) la Fontaine. C'est dans le numéro de mars 1920 de 391 qu'est publié le ready-made, L.H.O.O.Q. : un portrait de La Joconde avec moustache et barbe, se moquant ainsi du côté trop précieux de l'art. Avec Arthur Cravan, dada investit aussi le domaine du sport avec, à Madrid, le combat, en avril 1916, pour le titre de champion du monde de boxe.