David Wark Griffith, plus connu sous le nom D. W. Griffith, est un réalisateur américain, né le 22 janvier 1875 au Manoir de La Grange à Crestwood (Kentucky) et mort le 23 juillet 1948 à Hollywood (Californie). Réalisateur prolifique, il a tourné environ quatre cents films courts en cinq ans, de 1908 à 1913, et réalisé, dès 1914, les premières super-productions américaines.
Il a fait évoluer l'écriture des scénarios pour permettre la réalisation de films de plus en plus longs. En 1914, il s'associe avec deux autres producteurs délégués, Thomas Harper Ince et Mack Sennett, pour créer la Triangle Film Corporation et échapper en partie aux financiers qui, dès cette époque, dirigent le cinéma américain et l'obligent à préférer les recettes éprouvées aux films novateurs. En 1919, après l'échec de sa dernière super-production, Intolérance, il fonde United Artists avec les comédiens Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Charlie Chaplin, pour mieux contrôler leurs droits sur les recettes de leurs films.
David Llewelyn Wark Griffith est né le 22 janvier 1875 à Floydsfork (appelé Crestwood dès 1910), Kentucky de Jacob Griffith et Mary Perkins Oglesby. Son père, surnommé « Roaring Jake », était un colonel de l'Armée des États confédérés, un héros de la guerre de Sécession et un législateur du Kentucky. Sixième des sept enfants de la famille, il suit sa scolarité auprès de sa grande sœur Mattie, institutrice. En 1885, il a 10 ans à la mort de son père, qui vaut à sa famille de sérieux ennuis financiers. Ils abandonnent la ferme pour vivre à Shelby County Farm. En 1890, ils se rendent à Louisville où sa mère ouvre une pension de famille. Les Griffith vivent toujours dans la pauvreté et David Wark, âgé de quinze ans, doit commencer à travailler. Il est notamment vendeur de journaux, liftier, et employé dans une librairie. C'est alors qu'il fait sa première expérience de théâtre amateur à l'occasion d'une représentation dans une école. Il a le bonheur de voir Sarah Bernhardt au cours d'une tournée qu'elle donne aux États-Unis.
Il épouse Linda Arvidson en 1906. Il devient acteur de théâtre et accompagne à travers les États-Unis des troupes de comédiens pendant plusieurs années, sans grand succès, tout en faisant d'autres métiers, pour vivre. Vers 1907, il propose des sujets de films aux maisons de production basées à New York, mais il est d'abord engagé comme acteur, pour jouer le rôle du père dans Rescued From an Eagle's Nest d'Edwin Stanton Porter et J. Searle Dawley, produit début 1908 par l'Edison Manufacturing Company.
Comme le film de Porter est un succès, l'American Mutoscope and Biograph Company, société concurrente de l'Edison Manufacturing Company, comprend que Griffith a du talent et lui propose de réaliser lui-même un film en 1908 : Les Aventures de Dollie (The Adventures of Dollie).
Griffith va beaucoup au cinéma. Il a vu tous les films de Porter, celui qui lui a permis d'entrer dans le métier, et plus particulièrement The Great Train Robbery (L'Attaque du Grand Express), sorti en 1903. Il en déduit que la force des plans tournés en extérieurs naturels, qui explique le succès mondial de ce film, est une bonne raison pour déplacer une caméra, quel qu'en soit le prix. Dans ses mémoires, il estime même (sans doute avec un sourire) que certains tournages au soleil de la Californie étaient de véritables vacances.
Il a vu aussi les films de ceux que l'historien du cinéma Georges Sadoul nomme « l'École de Brighton ». Il a remarqué comment les cinéastes anglais ont inventé le découpage, à la fois du temps et de l'espace, et comment ils se sont affranchis du statisme de la photographie qui, en 1908, est la règle d'un art qui se cherche encore. Durant sa période de vendeur en librairie, il en a profité pour dévorer un nombre important de romans, et il a appris comment l'écrivain passe d'un lieu à l'autre, et revient après dans le premier, pour aller ensuite dans un troisième lieu. Cette liberté, le cinéma ne l'a pas reçue en dotation comme le romancier, chaque changement de lieu est pour le cinéaste une épreuve, il lui faut se déplacer avec armes et bagages, sans oublier les comédiens, et prendre des risques (Griffith le sait car le rôle du père qu'il a tenu dans le film de Porter était en fait une « cascade »). Georges Méliès, dont Griffith a vu les films, avait trouvé une solution radicale pour éviter tous ces problèmes : il avait fixé sa caméra à demeure dans son studio de Montreuil. La découverte de Griffith tient en quelques mots : si les cinéastes veulent raconter des histoires toujours plus complexes, il leur faut multiplier les péripéties vécues par de nombreux personnages en des lieux différents. La recette, la seule, c'est de structurer les films comme les romans : montrer un personnage dans une situation avec un autre personnage, les faire se quitter, et chacun de son côté, ils rencontrent à leur tour d'autres personnages avec qui ils vivent ailleurs d'autres péripéties. Ainsi menée par le « pendant ce temps », l'histoire peut se développer sans limite.
Pour l'heure, Griffith doit se contenter du métrage standard d'un film : la bobine d'environ 300 mètres, soit de 10 à 15 minutes maximum (one reel movie, film d'une bobine). Pourtant, dès son premier film, Griffith fait un coup de maître. Les Aventures de Dollie va changer la technique de narration du cinéma. Le film est structuré avec habileté en scènes qui alternent l'une avec l'autre, laissant supposer que la première action se continue pendant que l'on voit la seconde. Il naît de cette alternance une sensation très riche, à la fois création d'espace et création de temps, ce qui va devenir la problématique principale du cinéma. Ce « petit film » qu'est Les Aventures de Dollie, petit car l'argument est mince, mais c'est le cas de la majorité des films de l'époque, est un peu comme le film de l'Anglais George Albert Smith, Grandma's reading glass (La Loupe de grand-maman), qui avait expérimenté l'alternance de deux plans, utilisé pour la première fois les gros plans et inventé la caméra subjective, tout dans un seul ouvrage. Avec Les Aventures de Dollie, Griffith démontre comment on peut créer le temps virtuel au cinéma, par une systématisation de l'alternance des plans, ce que l'on appellera plus tard le montage alterné, la base même du récit filmique. Qui donne la possibilité de contrôler la longueur des films et notamment de dépasser le standard du one reel movie, et d'entrer dans l'ère des longs-métrages.
De 1908 à 1913, Griffith tourne plus de 400 films courts pour la Biograph company. Il est reconnu comme directeur d'acteurs (director) et découvreur de talents. Mary Pickford est engagée par lui, ainsi que Douglas Fairbanks, Lillian Gish et sa sœur Dorothy Gish, Blanche Sweet, Mabel Normand, Lionel Barrymore, Mae Marsh et Florence Lawrence. Ses films rencontrent un grand succès commercial et son contrat de réalisateur est revu à la hausse chaque année. En janvier 1910, il fait partie des premiers réalisateurs à se rendre à Los Angeles, où le climat est plus propice aux tournages en extérieur pendant la période hivernale. Il y retournera ensuite régulièrement l'hiver venu. Si d'autres, comme William Selig, l'ont précédé en Californie, il semble bien que Griffith soit le premier à avoir tourné un film dans le village d'Hollywood, bien avant l'arrivée des studios. Il s'agit de In Old California, sorti en mars 1910. Considéré comme perdu, ce film a été retrouvé en 2004 et projeté pour la première fois depuis 94 ans au festival du film de Beverly Hills. Sa plus grande qualité réside dans le travail photo effectué par Griffith pour les scènes tournées sur la colline d'Hollywood.
Il explore pratiquement tous les genres : le drame, la comédie, le western, les films historiques, les critiques sociales, les adaptations d'œuvres littéraires. Avec Cœur d'apache, tourné en 1912 à New-york, il signe un des premiers films de gangsters.
Mais son apport fondamental au cinéma reste bien l'importation et l'adaptation au langage filmique de la technique des récits alternés, qui est à la base du roman. Le grand historien français du cinéma, Georges Sadoul, précise que « le grand mérite du maître durant ses années de travail fut d'assimiler les découvertes éparses de diverses écoles (les Anglais de Brighton, notamment, ndlr) ou réalisateurs et de les systématiser. Mais jusqu'en 1911, et quoi qu'on ait écrit, Griffith paraît avoir traité toutes ses scènes en plans généraux (plans moyens, ndlr), à peine plus rapprochés que ceux de Méliès. Son originalité se manifeste par une recherche dans le montage alterné. » Sadoul conteste avec raison les allégations de l'historien du cinéma Jean Mitry qui, invité à un colloque sur Griffith, lui attribue l'invention de pratiquement tous les éléments du langage du cinéma, et notamment la découverte de « l'échelle des plans ». « Pensant que la caméra, fort maniable, permettait de s'approcher ou de s'éloigner à dessein des personnages et de se mouvoir – ou de se situer – librement autour d'eux, il les fit agir dans un espace qui n'était plus limité par le cadre étroit de la scène... La scène – c'est-à-dire ce qu'on appelle aujourd'hui une séquence – fut donc fragmentée en une succession de plans différents, Griffith instaurant et précisant au fur et à mesure l'échelle des plans. »