Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, est un mousquetaire français né entre 1611 et 1615 au château de Castelmore, près de Lupiac, en Gascogne (dans le département actuel du Gers) et mort à Maastricht durant le siège de cette ville le 25 juin 1673, pendant la guerre de Hollande.
On connaît peu de choses du véritable d'Artagnan. Il n’existe de lui qu'un portrait, dont l’authenticité n’est pas garantie, et des mémoires apocryphes parus en 1700, soit 27 ans après sa mort. Mélangeant le réel et l'imaginaire, ils furent rédigés par Gatien de Courtilz de Sandras, qui découvrit sa vie pendant un de ses séjours à la Bastille, alors que Baisemeaux (François de Montlezun de Besmaux), ex-compagnon de d’Artagnan, en est gouverneur.
Alexandre Dumas s'est inspiré de ces mémoires pour composer son personnage de d'Artagnan, héros gascon de trois récits publiés entre 1844 et 1850 et dont le plus connu est Les Trois Mousquetaires. Il le fait naître vers 1607 : il a dix-huit ans en 1625, première année de la trilogie romanesque qui l’immortalisa.
Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, naît à une date inconnue, probablement entre 1611 et 1615. Il est le fils de Bertrand de Batz, seigneur de Castelmore, et de Françoise de Montesquiou, mariés en 1608. Le château de Castelmore, résidence habituelle de sa famille, se trouve dans le comté de Fezensac, près de Lupiac.
Gustave Chaix d'Est-Ange écrit que la famille de Batz de Castelmore n’appartenait pas à la noblesse à cette époque, que le premier à se qualifier de noble fut « noble Bertrand de Batz, seigneur de Castelmore et de la Plagne » qui épousa en 1608 Françoise de Montesquiou dont le père était seigneur d’Artagnan. Ce Bertrand de Batz fut le père de Charles de Batz de Castelmore, dit d’Artagnan. Le petit-fils de ce dernier fut condamné pour usurpation de noblesse en 1715 comme descendant d’Arnaud de Batz, marchand de Lupiac. Chaix d'Est-Ange ajoute que pour se faire maintenir noble il fut produit un faux testament de 1546.
Charles de Batz-Castelmore, ainsi que son frère Paul avant lui, seront admis aux Mousquetaires du roi.
Gustave Chaix d'Est-Ange écrit également que la famille de Batz de Castelmore s'est éteinte en 1783, mais le dernier du nom fut Louis Constantin de Batz de Castelmore, né à Paris le 25 juillet 1747 (fils de Louis Gabriel de Batz « marquis » de Castelmore et de Constance Gabrielle Dumoncel) et mort le 14 décembre 1827 au château de Scey-sur-Saône chez le prince-duc de Bauffremont. Dernier de son nom en ligne masculine, il eut deux filles de son mariage, le 4 floréal an II (23 avril 1794) à Paris, avec Jeanne Molé (° 1755) : Louise-Constance (° 1775) — d'où une descendance subsistante en ligne féminine — et Aglaé-Rosalie-Victorine (° 1776).
D'Artagnan est le quatrième fils d’une fratrie de sept enfants (quatre garçons, trois filles). Son père prit la qualification de noble. Les mémoires apocryphes de d'Artagnan commencent ainsi :
« Je ne m'amuserai point ici à rien rapporter de ma naissance, parce que je ne trouve pas que je puisse rien dire qui soit digne d'être rapporté. »
Lorsque le jeune Charles de Batz quitte le château de Castelmore, à Lupiac, pour Paris, vers 1630, il décide, comme deux de ses frères qui s'engagent dans le métier des armes, d'utiliser le nom de la terre d'Artagnan, qui était une seigneurie au nord de la Bigorre (ancien comté rattaché au domaine royal), possédée par la maison de Montesquiou et qui donna son nom à une branche de cette maison.
Par sa mère, il descend des Montesquiou. Il est ainsi cousin germain de Pierre de Montesquiou d'Artagnan, qui deviendra plus tard maréchal de France, ainsi que de Joseph de Montesquiou d'Artagnan, autre capitaine de Mousquetaires, gouverneur de Nîmes et d'Arras.
Né en Armagnac, comté dont la noblesse a largement adhéré à la Réforme, Charles de Batz-Castelmore est catholique, ses ancêtres paternels comme maternels l'ayant toujours été.
À la fin de sa carrière, il se fait appeler « Haut et puissant seigneur, Messire Charles de Castelmore, comte d’Artagnan ». Le titre de comte ainsi employé est sans fondement en droit nobiliaire.
Des assignations ultérieures et des condamnations à l'amende pour usurpation de noblesse ont été délivrées entre 1697 et 1715 à plusieurs parents, de Batz-La Plaigne, de Batz-Castelmore et de Batz-La Peyrie, accompagnées du rejet de leurs suppliques qui s'appuyaient sur de nombreux faux et altérations. Pour clore les procédures, le roi donna ordre que leur noblesse soit maintenue et confirmée, ce qui est fait à Auch le 26 novembre 1716.
Selon Courtilz de Sandras, il aurait été pris en tant que cadet dans la compagnie des Essarts du régiment des Gardes françaises, sur la recommandation de M. de Tréville, qui est parent de sa mère, capitaine-lieutenant de la compagnie des Mousquetaires du Roi. Il participe de 1640 à 1642 aux opérations militaires du siège d'Arras, de Bapaume, de Collioure ou de Perpignan.
Son entrée chez les Mousquetaires du Roi (où exerce déjà son frère aîné Paul), avec la protection de Mazarin, daterait de 1644, en même temps que celle de son ami François de Montlezun, seigneur de Besmaux près d’Auch et futur gouverneur de la Bastille. Il se peut qu'il y ait croisé Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle, Isaac de Portau et Henri d'Aramitz, tous trois Béarnais, dont la présence est attestée au sein des mousquetaires.
La compagnie des Mousquetaires est dissoute par Mazarin en 1646. Pendant la Fronde, le cardinal charge d'Artagnan — devenu un de ses « gentilshommes ordinaires » — d'un certain nombre de missions auprès des chefs militaires. Louis XIV, qu'il a servi et protégé pendant ces années-là, alors qu'il n'était qu'un enfant, lui accorde par la suite toute sa confiance, le chargeant de nombreuses missions réclamant diligence et discrétion.
Lors de l'exil de Mazarin à Brühl en 1651, d'Artagnan accompagne le ministre. Cette fidélité est payée de retour : en 1652, d'Artagnan est lieutenant aux Gardes Françaises, ce qui suscite des remous dans cette unité d'infanterie ; en 1653, Mazarin lui fait accorder la charge de « Capitaine concierge de la volière du Roi », que convoitait Colbert ; en juillet 1655, il achète 80 000 livres une charge de capitaine aux Gardes dans la compagnie de Fourille, grâce à l'argent de la revente de ses charges précédentes et à 4 000 livres prêtés par des fidèles de Mazarin, notamment Colbert, alors au début de sa carrière.