Ce Jour-là

Dépêche d'Ems

Imbroglio diplomatique prétexte à la guerre franco-allemande de 1870

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La dépêche d'Ems est un imbroglio diplomatique qui a servi de prétexte pour engager la guerre franco-allemande de 1870 : il s'agit principalement d'un télégramme officiel envoyé le 13 juillet 1870 par le chancelier Otto von Bismarck à toutes les ambassades, en s'inspirant d'un article publié la veille par le Deutsche Allgemeine Zeitung sur un très court dialogue entre le roi de Prusse Guillaume Ier et l’ambassadeur de France à Berlin.

Pour apaiser les craintes d'encerclement de la France, le prince allemand Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, sur les conseils du roi de Prusse, retirait le 12 juillet sa candidature au trône d'Espagne, à la suite de la demande de l'ambassadeur de France, le comte Benedetti, envoyé auprès du roi de Prusse, en cure à Bad Ems. Par le biais de son ambassadeur, la France demanda également au roi de Prusse d'assurer qu'il n'y aurait plus jamais d'autres candidatures provenant de Prusse. Guillaume lui rétorqua qu'un tel engagement ne pouvait se prendre dans l'absolu. Ajoutant courtoisement qu'il « n'a plus rien d'autre à dire », il en réfère à Bismarck qui en informe la presse de manière trompeuse, puis les diplomates étrangers. La « dépêche d'Ems », émise par ce dernier, met de l'huile sur le feu en éludant volontairement le retrait de la candidature allemande. Elle déclenche des manifestations nationalistes dans les deux pays. À Paris, les vitres de l'ambassade de Prusse sont brisées. Le Corps législatif vote les crédits de guerre dès le 15 juillet.

Ce télégramme a été précédé par quatre brefs récits de ce dialogue :

un 1er télégramme privé, rassurant, du roi de Prusse au chancelier prussien Bismarck ;

un court article, alarmiste, du Deutsche Allgemeine Zeitung, orchestré par Bismarck ;

une dépêche de la Correspondance du Nord-Est signalant l'article ;

une dépêche de l'Agence continentale allemande, diffusée par l'Agence Havas à ses clients français.

Une erreur de traduction par les Français a également aggravé la présentation alarmiste suggérant un incident diplomatique de grande ampleur : alors que Adjutant signifie, en allemand, « aide de camp », il fut traduit par « adjudant », suggérant que le roi de Prusse a congédié l'ambassadeur de manière vexatoire, et ce, par le biais d'un subalterne.

Le contexte médiatique et politique

Alors que la France est censée être la victime de l'incident diplomatique allégué par la dépêche d'Ems, c'est le chancelier prussien Bismarck qui en est la source, le rédacteur et l'expéditeur. Conscient de la supériorité militaire prussienne, désireux d'unir les États allemands derrière lui, il souhaite que la France déclare la guerre, pour placer la Prusse dans le rôle de l'agressée. Bismarck a l'appui d'une partie de la presse allemande et de l'Agence Continentale, qu'il contrôle indirectement depuis 1865. Grâce au baron von Werther, l'ambassadeur de Prusse à Paris, il connaît les sentiments bellicistes d'une partie de la presse française, dont il va jouer.

L'affaiblissement d'Émile Ollivier

Le Premier ministre français Émile Ollivier cherche quant à lui une occasion d'unir l'opinion derrière lui, car il est affaibli par la démission en avril des ministres du centre gauche, Napoléon Daru et Louis Buffet. Le climat politique est par ailleurs tendu depuis l'assassinat le 10 janvier, par Pierre Bonaparte, du journaliste Victor Noir. Ses obsèques, suivies le 12 janvier par plus de cent mille personnes, ont engendré une agitation contre le Second Empire. Henri Rochefort, directeur du journal La Marseillaise, où travaillait Victor Noir, croupit en prison depuis février, avec onze autres salariés du journal et passe pour un martyr. Ses partisans sont actifs dans les manifestations de rue au moment de la dépêche d'Ems. Il est important de souligner que l'opposition républicaine au régime impérial tend à se renforcer depuis au moins 1865.

Le souvenir de la bataille de Sadowa

La bataille de Sadowa, perdue en juillet 1866 par l'Autriche face à la Prusse, est restée en France une mauvaise surprise, chargée « d'un profond contenu affectif »[réf. nécessaire]. « Dans la presse, à la tribune de l'Assemblée, on a si souvent et si fortement reproché au Second Empire d'être resté passif en face de la victoire prussienne, on a si souvent déploré les conséquences désastreuses de cette passivité, que l'opinion, peu à peu, s'est prise à considérer Sadowa comme une véritable défaite de la France, comme un second Waterloo »[réf. nécessaire]. « Depuis Sadowa , écrit dans Le Figaro Francis Magnard[source insuffisante] — qui raille d'ailleurs ce sentiment —, il est admis que nous avons à l'orgueil national une plaie béante et saignante ». La bataille de Sadowa avait provoqué d'énormes pertes chez les agents de change qui avaient vendu à découvert le marché obligataire, deux d'entre eux, Doyen et Porché, ayant fait faillite : le 5 juillet 1866, le cours de l'emprunt français à 3 % avait bondi de 64,40 francs à 70, soit une progression de presque 9 % en une seule journée et celui de l'emprunt italien à 5 %, de 42,60 à 70, soit une progression de 64 % en une seule séance. Plus généralement, le marché financier français était fragilisé depuis 1867 par une série de faillites bancaires et par une fièvre immobilière.

Déclaration de Bismarck le 2 juillet

La candidature de Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen au trône d'Espagne, abandonné par la reine Isabelle en 1868, est perçue par le gouvernement de Napoléon III comme un encerclement diplomatique. En février 1870, les négociations avec le roi de Prusse permirent de retirer cette candidature.

Mais le 2 juillet, Bismarck la réactive publiquement, et l'annonce dans une déclaration, en profitant de l'absence du roi de Prusse. Aussitôt, la presse bonapartiste française s’enflamme, reprochant au gouvernement Ollivier d'avoir réduit le contingent militaire de 10 000 hommes.

Déclaration de Gramont le 6 juillet et agitation médiatique

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