Délos (grec ancien : Δῆλος / Délos, dorien : Δᾶλος / Dalos, grec moderne : Δήλος / Đílos) est l’une des îles des Cyclades, en Grèce. Minuscule (3,5 km2), aride, depuis longtemps inhabitée, elle se situe à l’est de l’île de Rhénée (14 km2, inhabitée) et à l’ouest de Mykonos. Ses pentes sont douces et le mont Cynthe ne dépasse pas 113 m. L’abri portuaire a toujours été exposé aux vents qui, dès qu’ils se lèvent, rendent l’île inaccessible. Dans la partie basse se trouvait jadis un lac sacré d’eau douce, aujourd’hui à sec.
Elle a joué un rôle considérable en Grèce antique tant sur le plan commercial que religieux et politique ; son rayonnement a connu son apogée au VIe siècle av. J.-C. L’île avait alors de l’eau potable. Le site a été inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco en 1990.
Elle a connu plusieurs dénominations dans l’Antiquité : Lagia (l'« île aux lièvres ») ; Ortygie (l’« île aux cailles ») ; Pyripyle (« porte de feu ») ; Cynthère (l'« île de Cynthia », nom carien d'Artémis) ou encore Pélasgie (l’« île des Pélasges »). Le nom de Délos (« claire », « visible ») s’explique par la mythologie.
Avant 1940, elle s'appelait officiellement « Petite-Délos » (grec moderne : Μικρά Δήλος), le nom de Délos désignant Rhénée.
Le principal facteur de développement de l’île tient à la mythologie : elle était considérée comme l’« île sacrée d’Apollon », l’endroit où le dieu est censé être né, avec sa sœur jumelle Artémis. Selon la légende, lorsque Léto fut enceinte de Zeus, Héra, jalouse, la poursuivit pour l’empêcher de donner naissance à son enfant. Léto ne put trouver refuge que sur un rocher à peine visible à la surface des flots, nommé Astéria (« étoile »). Elle promit à ce rocher qu’il cesserait de dériver et que l’enfant à naître en ferait une île prospère et renommée. Une fois l’enfant Apollon né, l’îlot d’Astéria fut éclairé et devint visible (délos en grec).
On racontait aussi que l’île aurait été créée par le plongeon d’Astéria, sœur de Léto, dans la mer, pour échapper aux insistances de Zeus, ou encore par Poséidon, à la demande de Zeus. D'un coup de son trident, le dieu de la mer fit sortir de l’eau deux rochers plats : Délos et Rhénée.
Selon Aristote, l’île est nommée Délos « l'apparente » parce qu’à sa naissance, elle est apparue soudainement. Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle raconte que l’île fut longtemps flottante et qu’elle fut nommée Pyrpylé « porte du feu » en raison du fait qu’on y aurait découvert du feu pour la première fois.
Les plus anciennes traces d’habitations remontent à la deuxième moitié du IIIe millénaire av. J.-C. et se trouvent sur le mont Cynthe. Il s’agit de populations préhelléniques ultérieurement surnommées « Pélasges » et vivant dans des habitations sommaires : abris de chevriers ou de pêcheurs, voire de pirates comme le dit Thucydide.
Entre cet habitat rustique et l’époque mycénienne, rien ne permet d’établir avec certitude la présence d’humains, d’autant que les variations climatiques et la petite taille de l’île sont susceptibles de l’avoir privée d’eau douce par périodes.
Thucydide écrit à propos des premiers habitants de Délos : « Plus spécialement la piraterie était le fait des insulaires, Cariens et Phéniciens, telle était, en effet la population de la plupart des îles ; et voici qui en témoigne : lors de la purification de Délos par les Athéniens, au cours de la guerre qui nous occupe, quand on fit disparaître toutes les tombes qui se trouvaient dans l’île, on s’aperçut que plus de la moitié était des tombes cariennes ; cela se reconnut à l’attirail guerrier accompagnant le mort, ainsi qu’au mode de sépulture, qui est celui que pratiquent encore les Cariens aujourd’hui ». Quand il parle de « Cariens », Thucydide fait référence aux habitants de la Carie, région historique d’Asie mineure.
Période mycénienne (XVIe – XIIe siècles av. J.-C.)
Les Achéens sont présents dans l’île dès le XVe siècle av. J.-C. : Délos est l’une des premières Cyclades où l’influence du continent se fait ressentir. Celle-ci reste relativement modeste dans l’archipel jusqu’aux environs de 1250 av. J.-C..
Âges « obscurs » (XIIIe – IXe siècles av. J.-C.)
Cette période est surnommée « obscure » par les archéologues et historiens en raison de la rareté des sources. Toutefois on a des preuves que les Ioniens ont abordé l’île au cours du XIe siècle av. J.-C.
Période archaïque (IXe – VIe siècles av. J.-C.)
À l’époque archaïque, et au début de son développement, Délos est visiblement influencée par l’île de Naxos au niveau artistique et architectural. En témoignent les nombreux monuments historiques édifiés à cette époque, comme l’oikos des Naxiens, la terrasse des lions, le Colosse des Naxiens et la statue de Nicandre, offrande à Artémis.
L’essentiel de la construction de l’oikos des Naxiens date ainsi du premier quart du VIIe siècle av. J.-C. La charpente et le toit étaient entièrement en marbre, ce qui montre la maîtrise technique des Naxiens ; car il s’agit sûrement du premier toit de marbre à Délos et peut-être même de Grèce. Cependant aucun texte ne précise la nature de la présence naxienne, il est donc peu probable que Naxos ait eu un rôle politique ou institutionnel à Délos à cette époque.
Dans la seconde moitié du VIe siècle av. J.-C., c’est surtout la cité d’Athènes qui cherche à affirmer son autorité sur l’île et son sanctuaire. Entre 540 et 528 av. J.-C., le tyran Pisistrate ordonne une première « purification » de l’île. Il s’agit en fait d’enlever les sépultures présentes au niveau du sanctuaire d’Apollon et de les déplacer sur l’île voisine Rhénée, en raison de l’interdiction sacrée de mourir sur Délos.