Le décret de l’Alhambra est un édit signé par la reine Isabelle Ire de Castille et le roi Ferdinand II d'Aragon le 31 mars 1492, ordonnant l’expulsion des Juifs de leurs royaumes de Castille et d'Aragon qui refuseraient de se convertir au christianisme.
Ce décret intervient trois mois après la prise de Grenade, marquant la fin du royaume de Grenade, seul État musulman dans la péninsule Ibérique depuis le XIIIe siècle, et la fin de la Reconquista commencée au IXe siècle.
Motivé par la volonté de christianiser les deux royaumes en prélude à leur unification, il est effectivement appliqué quatre mois plus tard, provoquant une dispersion des Juifs espagnols dans le bassin méditerranéen et au Portugal, mais aussi la conversion de certains d'entre eux, les conversos ou nouveaux chrétiens, objets par la suite de soupçons d'insincérité. Le décret de l'Alhambra est suivi une dizaine d'années plus tard d'un décret d'expulsion des musulmans.
Il a été formellement abrogé en 1967 par le gouvernement du général Franco, pour se conformer à la déclaration Nostra Ætate dans laquelle l’Église catholique romaine reconnaît la diversité des autres religions et le lien privilégié qu'elle entretient avec le judaïsme.
Le décret d’Isabelle de Castille et Ferdinand II d'Aragon est un des événements qui font de 1492 une « année cruciale » de l’histoire de l'Espagne, aux côtés de la fin de la Reconquista, mais aussi du premier voyage de Christophe Colomb, qui en octobre 1492, découvre les îles Bahamas, puis les îles Caraïbes d'Hispaniola et de Cuba.
Mariés en 1469, Isabelle et Ferdinand sont confrontés, à la mort d'Henri IV (1474) à la guerre de Succession de Castille, qui prend fin en 1479 avec le traité d’Alcáçovas, qui rétablit la paix entre la Castille et le Portugal.
À partir de 1482, ils consacrent leurs ressources et leur énergie à la guerre contre le royaume de Grenade. Le traité conclu en 1491 entre les Rois catholiques et le roi Boabdil donne quelques garanties aux Juifs notamment sur la liberté de culte.
En effet, les juifs sont assez nombreux dans le royaume de Grenade. Mais il y en a aussi en Castille et en Aragon, royaumes qui n'ont pas pris de décret d'expulsion, contrairement à la France (septième décret en 1394) ou à l'Angleterre (1290).
Le 2 janvier 1492, Ferdinand et Isabelle font leur entrée solennelle dans Grenade, mettant fin à près de huit siècles de présence musulmane sur la péninsule Ibérique. Le traité qui leur ouvre les portes de Grenade garantit leur liberté aux Juifs et donne un mois aux marranes pour quitter l'Espagne. Cependant, l'Inquisition dirigée par Torquemada et les souverains ne pouvaient supporter l'idée que de nombreux Juifs convertis fréquentaient encore leur famille ou leurs amis de leur ancienne communauté et pratiquaient encore les rites du judaïsme, ce malgré l'interdiction absolue de tout contact entre Juifs et Juifs convertis.
Ayant vaincu les musulmans, les chrétiens ne pouvaient comprendre qu'on laissât encore leur liberté aux Juifs bien plus coupables, à leurs yeux, que les musulmans, d'autant plus que l’énorme butin que les Espagnols avaient amassé dans les riches cités du royaume conquis semblait rendre la présence des financiers juifs moins nécessaire à la prospérité de l’État. Les souverains espagnols qui avaient déjà songé à une expulsion des Juifs et qui avaient demandé vainement son soutien au pape Innocent VIII avant même la prise de Grenade publient le décret d'expulsion le 31 mars 1492, malgré ce refus et sous l'influence du Grand Inquisiteur Tomás de Torquemada, confesseur d'Isabelle.
Le décret, dicté par Fernand et Isabelle à leur secrétaire, Juan de Coloma (es), s’ouvre par une adresse classique. Il s’étend longuement sur la liste des possessions des monarques ainsi que sur celle des destinataires, prenant soin d’inclure l’ensemble des dignitaires et fonctionnaires ainsi que les Juifs de tous âges et conditions sociales résidant en tous lieux des possessions espagnoles susmentionnées.
Il déplore ensuite la persistance de pratiques judaïsantes parmi les juifs convertis au christianisme. La faute en est imputée aux Juifs parvenant à subvertir leurs anciens frères ainsi qu’en attestent les nombreux procès instruits par l’Inquisition au cours des douze années précédant le décret. Ceux-ci en infèrent en outre que les mesures de ségrégation des Juifs dans des quartiers spéciaux sont insuffisantes pour empêcher ces pratiques.
Les souverains expliquent avoir fait preuve de mansuétude jusque là, en se contentant de bannir les Juifs d’Andalousie. Cependant, les Juifs persistant même après que certains d’entre eux ont été reconnus coupables et condamnés par les tribunaux inquisitoriaux, il convient de bannir le groupe entier.
En conséquence, les Rois catholiques interdisent de séjour sur les terres espagnoles à dater de la fin du mois de juillet tout Juif, sous peine de mort et de confiscation de ses biens immédiate sans autre forme de procès. Il est également interdit à tout non-Juif de leur prêter assistance ou de les héberger sous peine de dessaisissement immédiat de ses biens et titres.
Les Juifs sont officiellement placés sous protection royale jusqu’à cette date et il leur est loisible d’emporter tous leurs biens meubles et de convertir leurs biens immeubles afin d’en emporter la contrevaleur sous toute forme… à l’exception d’or, d’argent ou de devises. De plus, certaines copies du décret ajoutent que les Juifs avaient la possibilité de se convertir au catholicisme pour éviter l'expulsion.
Le décret s’achève sur l’ordre impérieux donné à tous les dignitaires et fonctionnaires des possessions espagnoles de se conformer aux directives précitées et de les faire afficher en tout lieu public, de sorte que nul ne puisse feindre l’ignorance. Des sanctions sont également prévues pour les contrevenants.
Dès la proclamation du décret, Isaac Abravanel, qui était le trésorier des souverains et à ce titre avait financé leurs campagnes militaires, et aussi le grand rabbin Abraham Senior essaient de persuader Ferdinand et Isabelle de revenir sur leur décision, sans succès car Torquemada leur fait valoir que ce serait se conduire comme Judas qui avait vendu le Christ pour trente deniers.
Fin avril 1492, le décret est solennellement proclamé à son de trompe dans toutes les Espagnes et les Juifs doivent donc liquider leurs affaires avant la fin juillet 1492. Il leur est très difficile d'obtenir la vraie valeur des biens qu'ils doivent vendre, d'autant plus que, ne pouvant emporter or, argent ou pièces de monnaie, il ne leur reste que la solution des lettres de change. Mais même cela leur devient difficile : selon Andrés Bernáldez (es), curé de Los Palacios et autre confesseur de la reine Isabelle, une maison s’échangeait contre un âne, et un vignoble contre une pièce de drap ou de toile. Pour rendre encore plus difficile aux Juifs la vente de leurs immeubles, Torquemada interdit aux chrétiens tout commerce avec eux. Enfin, le roi Ferdinand d'Aragon fait mettre sous séquestre une partie des biens des Juifs de façon à garantir leurs dettes et les impôts qu'ils peuvent encore devoir à la Couronne.