Ce Jour-là

Décennie noire

Conflit politico-miltaire opposant l’état algérien à des groupes armés djihadistes

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La guerre civile algérienne ou décennie noire (également appelée années de plomb ou années noires) est une guerre civile qui oppose entre 1992 et 2002 le gouvernement de l'Algérie (dirigé par le Haut Comité d'État de 1992 à 1994), disposant de l'Armée nationale populaire (ANP), et divers groupes islamistes et rebelles, représentés notamment par le Front islamique du salut (FIS). Le conflit s'achève par la victoire des forces gouvernementales avec la reddition de l'Armée islamique du salut (AIS) et la défaite du Groupe islamique armé (GIA). En dix ans, les violences font entre 60 000 et 150 000 morts, ainsi que des milliers de disparus, un million de personnes déplacées, des dizaines de milliers d'exilés et plus de vingt milliards de dollars de dégâts.

Le conflit commence en janvier 1992, quand le gouvernement algérien, craignant de perdre le pouvoir à l'issue des premières élections législatives libres, interrompt le processus électoral au vu des résultats du premier tour laissant clairement augurer une victoire du Front islamique du salut (FIS) et la mise en place d'une république islamique. Après l'interdiction du FIS et l'arrestation de milliers de ses membres, différents groupes de guérilla islamiste émergent rapidement. Ils se constituent en plusieurs groupes armés, dont les principaux sont le Mouvement islamique armé (MIA), basé dans les montagnes, et le Groupe islamique armé (GIA), basé dans les villes.

Les islamistes visent au commencement l'armée et la police, mais certains groupes s'attaquent rapidement aux civils. En 1994, tandis que des négociations ont lieu entre le gouvernement et les dirigeants du FIS mis en résidence surveillée, le GIA déclare la guerre au FIS et à ses partisans, alors que le MIA et divers groupes plus petits se regroupent pour former l'Armée islamique du salut (AIS), affiliée au FIS.

En 1995, les pourparlers échouent et une nouvelle élection a lieu, remportée par le candidat de l'armée, le général Liamine Zéroual. Le conflit entre le GIA et l'AIS s'intensifie.

Au cours des années suivantes, le GIA commet une série de massacres visant des villages entiers, avec un pic en 1997 autour des élections parlementaires, qui sont remportées par un parti nouvellement créé favorable à l'armée, le Rassemblement national démocratique (RND). L'AIS, soumise à des attaques des deux bords, opte en 1997 pour un cessez-le-feu unilatéral avec le gouvernement, alors que le GIA se déchire à la suite de sa nouvelle politique de massacres.

En 1999, l'élection d'un nouveau président, Abdelaziz Bouteflika, est suivie d'une loi amnistiant la plupart des combattants, ce qui génère le retour à un calme relatif. La violence diminue sensiblement avec la victoire du gouvernement mais pas totalement. Les derniers éléments du GIA proprement dit apparaissent comme ayant pratiquement disparu en 2002.

Cependant, un groupe dissident du GIA, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), basé principalement à la périphérie de la Kabylie, était constitué en 1998, se dissociant des massacres. Visant principalement l'armée et la police, il rejette l'amnistie et poursuit son combat. En 2013, ses activités comparativement clairsemées sont les seuls combats persistant en Algérie.

Libéralisation et prélude à la guerre

Libéralisation et victoire électorale du FIS, 1990

À la fin de 1988, le Front de libération nationale (FLN), parti unique en Algérie dont le pouvoir était resté inébranlé depuis les années 1960, ne semblait plus adapté à la situation. Plusieurs éléments ont mené à une insatisfaction croissante de la population. Tout d'abord, un système de parti unique basé sur la démocratie populaire mais cachant en réalité un régime militaire, touché par la corruption et le clientélisme. En effet, les années 1980 avaient vu trois organes de pouvoir différents : la présidence, le parti et l'armée.

Ensuite, les chutes du prix du pétrole en 1986 qui font passer le prix du baril de 30 $ à 10 $. Le gouvernement bénéficiait du prix élevé du pétrole : celui-ci représentait 95 % des exportations algériennes et 60 % du budget du gouvernement. L'économie planifiée subit de fortes contraintes, avec les pénuries et la montée du chômage.

En octobre 1988, des manifestations contre le président Chadli Bendjedid eurent lieu à Alger et sa périphérie essentiellement, mettant en avant la montée de l'islamisme parmi nombre de manifestants. L'armée, en tirant sur les manifestants, fit plus de 500 morts et choqua la population par la brutalité de la réponse.

La réponse du président fut d'entreprendre une réforme. Le 23 février 1989, il proposa une nouvelle constitution par voie référendaire qui supprimait le parti unique, la référence au socialisme, et instaurait les libertés d'expression, d'association et de réunion. La cour de Sûreté de l’État chargée de punir les « déviances politiques » est supprimée.

L’État algérien socialiste disparaît au profit de la nouvelle République populaire et démocratique. Des trois centres de pouvoir évoqués plus haut, seule la présidence conserve son pouvoir, alors que le parti du FLN n'est même pas nommé dans la Constitution et que l'armée n'a plus le droit de participation à la vie politique algérienne.

Au début de l'année 1991, trente-trois partis de très divers courants politiques obtinrent une existence légale, parmi eux le Front des forces socialistes, le Rassemblement pour la culture et la démocratie, le Parti social-démocrate, mais aussi et surtout le Front islamique du salut (FIS).

À ses débuts, le FIS incorpore un large spectre de la mouvance de l'opinion islamiste, des plus radicaux au plus modérés représentée par ses deux principaux dirigeants. Son président, Abbassi Madani, professeur et combattant à l'époque de l'indépendance, représentait un conservatisme religieux relativement modéré et symboliquement lié à la guerre d'indépendance algérienne, source de la légitimité du FLN à diriger le pays ; il manifestait un attachement tiède à la démocratie, et plaçait la charia au-dessus de cette dernière. Le vice-président, Ali Belhadj, plus jeune et d'un niveau d'instruction moindre, avait reçu une éducation en arabe dans des écoles islamiques et était prédicateur à Alger. Tenant d'une ligne salafiste, il était connu pour ses prêches radicaux et agressifs qui rassemblaient la jeunesse ouvrière déçue et les non-islamistes alarmés par le rejet de la démocratie et des opinions islamistes conservatrices envers les femmes. Bien que Belhadj et Madani eussent tous deux des visions différentes de ce que devait être un État islamique, ils réussirent à travailler efficacement ensemble.

De fait, le FIS devint rapidement de loin le plus grand parti islamiste, avec un énorme électorat particulièrement concentré dans les zones urbaines. Le 12 juin 1990, il remporta les élections locales avec 54 % des voix, il fait ainsi le double du score du FLN. Des analyses ont révélé que l'électorat du FIS était surtout la jeunesse défavorisée des bidonvilles et éduquée en arabe, produit de la croissance démographique exponentielle. Les victoires locales du FIS dans plusieurs des municipalités permettent à la population d'expérimenter la gestion politique locale du FIS. Beaucoup d'Algériens se disent d'ailleurs surpris de voir une gestion aussi efficace que juste, en comparaison de celle corrompue et inefficace du FLN.

Pour autant, certains Algériens ont été alarmés de voir de nouvelles pratiques apparaître sous la gestion locale du FIS : entre autres, le port obligatoire du voile pour les employées municipales, ou encore l'interdiction de magasins vendant de l'alcool. La guerre du Golfe renforça le parti, car il surpassait l'opposition du gouvernement à l'opération Tempête du désert.

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