La crise diplomatique du Qatar est une crise diplomatique opposant du 5 juin 2017 au 5 janvier 2021 le Qatar à l'Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à plusieurs autres pays musulmans.
La crise trouve son origine dans une longue rivalité opposant le Qatar à l'Arabie saoudite depuis les années 1990, où l'émirat s'était dégagé de la tutelle saoudienne. Cette rivalité s'est accentuée en 2011, au moment du Printemps arabe, au cours duquel le Qatar a appuyé les mouvements liés aux Frères musulmans en Syrie, en Égypte, en Libye et en Tunisie. Ce soutien avait provoqué de fortes tensions avec l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, très hostiles à la confrérie et qui avaient préféré — à l'exception de la Syrie — soutenir les régimes en place de peur d'être emportés dans la vague de contestation qui secouait alors le monde arabe.
En décembre 2015, des otages qatariens avaient été enlevés en Irak, probablement par des miliciens chiites des Kataeb Hezbollah, liés à l'Iran. Le 21 avril 2017, 26 otages qatariens, dont des membres de la famille royale, sont libérés et remis aux autorités irakiennes après des négociations ayant eu lieu dans le cadre d'un accord plus large, négocié par le Qatar et l'Iran, qui visait également à faire évacuer des localités assiégées en Syrie : Zabadani, Madaya, Foua et Kafraya. Pour favoriser l'accord d'évacuation et la libération des otages, le Qatar aurait payé de fortes sommes à des groupes rebelles et à des milices chiites. Selon le Financial Times, la rançon payée s'élevait à un milliard de dollars, dont une grande partie à l'Iran par le Qatar ainsi qu'au Hayat Tahrir al-Cham, groupe lié à Al-Qaïda. Cette rançon serait l'une des causes majeures de la rupture des relations diplomatiques, les États arabes sunnites estimant que ces paiements étaient en fait un moyen détourné de financement du terrorisme chiite et jihadiste.
La crise trouve son origine dans la publication le 23 mai 2017 de propos conciliants attribués à l'émir du Qatar envers l'Iran, le Hamas et le Hezbollah. Qatar News Agency, l'agence de presse officielle du Qatar, cite alors l'émir Tamim ben Hamad Al Thani, qui déclare que « l'Iran constitue une puissance islamique régionale qui ne peut pas être ignorée et il est imprudent de s’y confronter ». Il qualifie aussi les Frères musulmans et le Hezbollah de « mouvements de résistance légitimes » et défend le Hamas. L'émir du Qatar dément rapidement avoir formulé de telles déclarations et l'agence de presse qatarienne affirme que son site a été piraté et que de fausses informations ont été diffusées. Un mois plus tard, dans un article publié le 16 juillet, The Washington Post affirme également que selon des sources au sein des services secrets américains, l'agence de presse du Qatar a été effectivement piratée par les Émirats arabes unis.
Le 4 juin, plusieurs emails de l’ambassadeur des Émirats arabes unis à Washington, Youssef al Oitaba, sont divulgués à la suite d'un piratage. Ils évoquent, entre autres, les moyens à mettre en place pour rompre les relations entre le Qatar et la diplomatie américaine, ainsi qu’une possible invasion militaire du Qatar.
Mais le 5 juin, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l'Égypte et Bahreïn, suivis ensuite par le gouvernement yéménite d'Abdrabbo Mansour Hadi, le gouvernement libyen de Tobrouk, la Mauritanie, les Maldives, les Comores, annoncent la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Qatar, en l'accusant de soutenir pêle-mêle « les Houthis, [...] les Frères musulmans, Daech et Al-Qaïda ».
Le Qatar est exclu de la coalition qui mène alors l'opération Restaurer l'espoir au Yémen. Il est également mis sous quarantaine avec la fermeture des frontières terrestres, aériennes et maritimes. Plusieurs compagnies aériennes (Etihad, Emirates, flydubai et Air Arabia, ainsi que la Saudia et Gulf Air (Bahreïn)) suspendent leurs vols en direction du Qatar. L'Arabie saoudite annonce la fermeture des bureaux de la chaîne Al Jazeera de Riyad.
Les Saoudiens se sentent également renforcés par le soutien du président américain Donald Trump qui s'est rendu dans plusieurs pays du Golfe en mai. Le 6 juin 2017, au lendemain du début de la crise, le président américain apporte à nouveau son soutien à l'Arabie saoudite et accuse sur Twitter le Qatar de financer « l'extrémisme religieux ». Embarrassé, le gouvernement américain fait rapidement machine arrière et appelle à une désescalade. Le 9 juin, le président américain et le Secrétaire d'État Rex Tillerson tiennent des discours contradictoires : le premier accusant le Qatar de « financer le terrorisme au plus haut niveau » et déclarant que « les nations se sont unies, et m'ont parlé de confronter le Qatar[...] Nous avions une décision à prendre: est-ce qu'on prend la voie facile ou une action difficile mais nécessaire? Nous devons arrêter le financement du terrorisme » ; tandis que le second appelle à l’allègement du blocus estimant que celui-ci « gêne l'action militaire des États-Unis dans la région et la campagne contre l'État islamique ». Pourtant le 14 juin, le Qatar signe un contrat d'armement de 12 milliards de dollars avec les États-Unis pour l'achat de F-15 Eagle.
Le 6 juin, le ministère qatarien des Affaires étrangères dénonce une décision « injustifiée » et « sans fondement », avec un « objectif clair : placer le Qatar sous tutelle, ce qui marque une violation de sa souveraineté ». L'émirat est soutenu par la Turquie, le Maroc et le Hamas. Le 7 juin, le Parlement turc approuve le déploiement de militaires au Qatar en vertu de l'accord de défense signé en 2014 avec l'émirat. L'Allemagne appelle aussi à la levée du blocus.
Le 7 juin, la procureure générale des Émirats arabes unis annonce que ceux qui s'expriment sur les réseaux sociaux pour « faire montre de sympathie envers le Qatar ou critiquer les Émirats et les autres États ayant adopté des mesures fermes contre le gouvernement qatarien, encourent entre 3 et 15 ans de prison et une amende d'au moins 500 000 dirhams (environ 120 000 €) ».
Le Tchad rappelle son ambassadeur au Qatar le 8 juin. Le Niger fait de même le 10 juin.
Le 8 juin, le Maroc annonce le maintien de ses cinq liaisons hebdomadaires Casablanca-Doha, malgré la crise diplomatique.
L'émirat étant très dépendant des importations extérieures, la crise inquiète fortement les Qatariens qui se rendent en masse dans les supermarchés. Le gouvernement qatarien affirme cependant disposer d'assez de vivres pour un an.
Le 11 juin, l'Iran annonce l'envoi au Qatar de « cinq avions chargés chacun d'environ 90 tonnes de produits alimentaires », plus « 350 tonnes de produits alimentaires [...] chargés sur trois petits bateaux ».
Le 13 juin, le Maroc annonce également l'envoi d'aide alimentaire au Qatar. Selon le ministère des Affaires étrangères marocain, il s'agit d’un « geste d'entraide entre peuples islamiques » conforme aux « préceptes » de la religion islamique en ce mois de ramadan, mais un geste qui n'a rien à voir avec les « aspects politiques de la crise ». Plusieurs personnalités publiques qatariennes comme Abdellah Ben Hamad Al Athabah, rédacteur de Al Aranb, ou encore Jaber Alharmi, rédacteur en chef du journal qatarien Acharq, ont remercié le Maroc pour son aide.
En Syrie, la crise embarrasse également les groupes rebelles, soutenus à la fois par l'Arabie saoudite et par le Qatar, mais aussi par la Turquie et les Émirats arabes unis, et qui refusent de prendre parti publiquement.
En juin, pour éviter une pénurie de lait, et sur une idée de l'homme d'affaires Moutaz Al Khayyat — le président de l'entreprise Power International Holding — le Qatar décide de faire acheminer 4 000 vaches élevées en Australie et aux États-Unis, transportées par 60 avions de la compagnie Qatar Airways. Le coût de l'opération devrait dépasser les 7 millions d'euros.
En juin, la Somalie aurait refusé 80 millions de dollars de la part de l’Arabie saoudite, en échange de son soutien au boycott contre le Qatar. Le pays avait en effet annoncé le 7 juin préférer rester neutre.