Les Madelonnettes est l’appellation courante de l'ordre des filles de Marie-Madeleine (ou des religieuses de l'ordre de la Madeleine), censés accueillir et aider les anciennes prostituées ou des « victimes de la séduction qui avaient fait un retour sur elles-mêmes ». Il a compté plusieurs établissements en France et en Europe, dont un des plus connus est celui de Paris, fondé au début du XVIIe siècle.
Rapidement détourné de son projet initial, le couvent est dans les faits une maison de correction et un lieu d’enfermement arbitraire pour femmes jusqu’en 1790. On y enferme des prisonniers politiques à la Révolution française, entre 1793 et 1794, puis à nouveau des femmes après 1795. Entre 1831 et 1836, les Madelonnettes sont une prison pour enfants, avant de devenir une prison pour adultes et enfants. L’ensemble des bâtiments sera détruit, entre 1865-1866, lors du percement de la rue de Turbigo.
L'actuel lycée Turgot est, en partie, sur son emplacement, dans le 3e arrondissement de Paris.
Son entrée était située au no 14 ou au no 16 de la rue des Fontaines-du-Temple, bien que certains documents de la Bibliothèque historique de la ville de Paris indiquent le no 12. D'autres bâtiments, sans doute dans son enceinte, sont aussi mentionnés dans la même rue, dont en 1852 une chapelle « de la maison de détention », au no 14.
Aujourd'hui, le couvent des Madelonnettes serait situé dans un quadrilatère compris entre la rue des Fontaines-du-Temple, la rue Volta et la rue du Vertbois.
De manière incertaine, sa limite Est serait matérialisée par l'actuelle rue Sainte-Élisabeth (ouverte en 1807), voire encore plus à l'Ouest dans l'axe du mur mitoyen entre les numéros 10 et 12. Un pan de mur, avec une plaque commémorative, est pourtant placé à l'Est de cette rue, entre les numéros 6 et 8 de la rue des Fontaines-du-Temple. Ce vestige pourrait toutefois correspondre au mur d'une maison annexe de l'ancien couvent.
Son origine remonte à 1618, quand un riche marchand de vin, Robert de Montry, ayant tenté de faire la morale à des prostituées qui l'avaient interpellé, décida finalement de les remettre sur le droit chemin en les hébergeant chez lui près du carrefour de la Croix-Rouge.
Avec l'aide du curé Jean Dupont de Saint-Nicolas-des-Champs, du père capucin Athanase Molé et d'un officier des gardes du corps du roi, le sieur de Fresne (par ailleurs ami de saint Vincent de Paul), il entreprit d'étendre son œuvre charitable à d'autres prostituées.
Rapidement dépassés par leur succès, ils louèrent dans un premier temps des chambres dans le faubourg Saint-Honoré, puis Robert de Montry prêta une maison qu'il possédait dans le quartier de la Croix-Rouge. Une chapelle y fut improvisée, desservie par les bénédictines de Saint-Germain-des-Prés.
L'idée de la création d'un véritable couvent ayant fait son chemin, on fit appel au patronage de saint Vincent de Paul et à la générosité de la marquise de Maignelay (née Claude-Marguerite de Gondi, sœur de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris) qui acquit, le 16 juillet 1620, du sieur Dubuisson une propriété située rue des Fontaines, entre l’abbaye Saint-Martin-des-Champs et l’enclos du Temple, et leur légua 101 600 livres sur son héritage.
En 1625, Louis XIII leur accorda 3 000 livres de rentes. Une constitution leur fut accordée par le pape Urbain VIII, en 1631. La plupart des bâtiments furent construits en 1637, une première chapelle fut inaugurée par Anne d'Autriche, le 22 mars 1648, puis une église fut érigée à partir de 1680 et dédiée le 2 septembre 1685.
Du couvent au lieu d'enfermement
« Ainsi cette noble idée d'un obscur marchand de vins qui n'avait voulu qu'offrir asile au repentir et espérance à la femme déchue, fut indignement travestie, et la main des prêtres et des rois tirant chacune de son côté, ne fit qu'un cloître et qu'une prison d'état d'une œuvre de bienfaisance humaine et de charité chrétienne. »
— Auguste Maquet et Jules-Édouard Alboize de Pujol
Du généreux rassemblement de pécheresses choisissant librement le chemin de la rédemption, on évolua insidieusement vers un établissement plus classique où l'on enfermait sur ordre du roi, des juges, ou simplement à la demande de leur famille, toute femme ou fille soupçonnée d'inconduite ; l’exemple le plus célèbre est celui de la courtisane Ninon de Lenclos, emprisonnée aux Madelonnettes en 1657 à la demande de la reine-mère, parce qu’elle « dogmatisait sur la religion ». Selon Tallemant des Réaux, elle n'y resta guère longtemps tant fut forte la pression de ses galants qui s'attroupèrent autour du couvent pour réclamer sa libération. Nombre des détenues étaient issues de familles aisées qui payaient d'ailleurs une forte pension.
Il fallut donc muscler l'encadrement, qui fut confié successivement :
en 1629, à 4 sœurs de la Visitation de Saint-Antoine ;
et finalement en 1720, aux religieuses de Saint-Michel, réputées pour leur poigne.