Un coup d'État est un renversement du pouvoir par une personne investie d'une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d'une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le putsch est un coup d'État réalisé par la force des armes. Une révolution de palais est une forme de coup d'État dans laquelle le régime politique reste essentiellement le même, mais les principaux titulaires du pouvoir sont illégalement arrêtés voire assassinés, et remplacés par de nouveaux.
Il peut également y avoir des coups d'État légaux, ou auto-coup d'État, coups d'État effectués par des pouvoirs déjà en place pour y rester ou s'y renforcer. Napoléon Ier et Napoléon III ont tous deux affermi leur pouvoir par un coup d'État légal (le premier s'auto-proclamant Consul à vie, puis instaurant le Premier Empire ; le second abolissant la république et instaurant le Second Empire).
D'un point de vue historique, le coup d'État est l'un des moyens utilisés le plus fréquemment pour accéder au pouvoir. Beaucoup de grandes figures historiques ont pris le pouvoir par une forme de coup d'État, même si la notion n'existait pas à l'époque, comme Jules César ou Charlemagne. Cela reste vrai dans le monde contemporain : en 1980, plus de la moitié des gouvernements dans le monde étaient issus d'un coup d'État.
Une version alternative présente le coup d'État comme : « un acte d'autorité consistant dans une atteinte réfléchie, illégale et brusque, aux règles d'organisation, de fonctionnement ou de compétence des autorités constituées, atteinte dirigée, selon un plan préconçu et pour des raisons diverses, par une personne ou par un groupe de personnes réunis en un parti ou un corps ; dans le but soit de s'emparer du pouvoir, soit d'y défendre ou d'y renforcer sa position, soit d'entraîner une simple modification de l'orientation politique du pays ».
Albert Vandal définit le coup d'État par : « un acte violent d'une partie des pouvoirs publics contre l'autre ». Cette définition s'appuie sur l'observation de trois « coups d'État » : celui du 18 fructidor de l'an V, celui du 18 brumaire de l'an VIII et celui du 2 décembre 1851. En effet ces trois coups ont été menés par le pouvoir exécutif contre le pouvoir législatif. Lors du coup d'État du 22 floréal de l'an VI mis en œuvre par le Directoire et les Conseils contre le corps électoral, les candidats, nettement battus aux élections pour les Cinq-cents, furent cependant, en vertu d'une loi spéciale, déclarés élus à la place de leurs adversaires.
On parle d'« auto-coup d'État » quand la dissolution ou la prise de possession des pouvoirs d'un État est réalisée par son dirigeant, généralement un chef d'État ou un chef de gouvernement, jusque-là arrivé et maintenu au pouvoir par des moyens légaux. L'ensemble des pouvoirs est dès lors concentré dans ses seules mains ou avec celles de sa garde rapprochée, et ce, pour une durée indéterminée. L'auto-coup d'État abouti permet à celui qui l'orchestre de demeurer au pouvoir illégalement et de diriger le pays de manière arbitraire. Cette manœuvre peut être accompagnée d'une annulation de la constitution de l'État et d'une suspension du système judiciaire. À partir du moment où l'auto-coup d'État est complété et le pouvoir n'est pas ébranlé, le chef de l'État, auparavant chef démocratique ou constitutionnel, devient un chef dictatorial ou autoritaire.
Le mot putsch, d'origine suisse allemande, précise que le coup d'État s'opère par la force armée. Il est communément utilisé en français, plus rarement en anglais qui utilise la formule française ou sa version abrégée, coup. Le terme putsch, qui provient du Züriputsch de 1839, a été popularisé par les coups d'État manqués de 1920 et 1923 en Allemagne (putsch de Kapp à Berlin et putsch de la Brasserie à Munich). L'expression « coup d'État » est passée notamment en indonésien (kudeta) et en japonais (クーデター, kūdetā). Le terme pronunciamiento, repris de l'espagnol, désigne quant à lui des soulèvements militaires d'une typologie différente. Dans cette langue, l'expression golpe de Estado traduit littéralement la locution nominale de « coup d'État ».
Prise des organes centraux du pouvoir
Selon Javier Fernández López, « Deux conditions sont nécessaires pour qu'un coup d'État triomphe : d'une part qu'il y ait des personnes avec les moyens et la volonté pour le protagoniser, et d’autre part que la société dans laquelle il va être réalisé ait le degré de sous-développement politique suffisant pour en accepter le résultat ».
Le secret, non seulement vis-à-vis de l'extérieur mais aussi vis-à-vis des autres comploteurs, constitue la première arme des putschistes, celle sans laquelle les meilleures préparations risquent de s'effondrer.
Ainsi, l'une des raisons de l'échec du putsch de Kapp à Berlin en 1920 fut le manque de discrétion du général von Luttwitz, chef militaire de l'opération, qui alla présenter le soir du 10 mars un ultimatum aux gouvernants socialistes, et leur laissa 48 heures pour se retourner, avant de déclencher le putsch militaire annoncé, dans la nuit du 12 au 13 mars 1920.
C'est ainsi que, lors de la préparation du putsch du 8 novembre 1942 à Alger (destiné à permettre le succès de l'Opération Torch), le jeune chef des groupes d'action d'Alger, José Aboulker, refusa, bien qu'il lui fît confiance, de donner à Henri d'Astier de La Vigerie, responsable de la conjuration pour l'Afrique du Nord, les noms de ses chefs de groupes avant les deux derniers jours précédant l'action. Lorsque les patriotes passèrent à l'action, la surprise fut si totale que ces 400 civils mal armés, commandés par leurs officiers de réserve, réussirent à neutraliser, à eux seuls, le corps d'armée vichyste d'Alger. En effet, les autorités vichystes, libérées au bout de quelques heures, s'efforcèrent, sans même y parvenir, de reconquérir complètement la ville au lieu d'attaquer les forces alliées sur les plages. Si bien que ces dernières purent débarquer sans résistance, encercler Alger et capturer ce grand port intact le soir même du débarquement.
La technique de base du coup d'État consiste à s'emparer des organes centraux de l'État ou à les neutraliser, en occupant leurs lieux de fonctionnement qui sont aussi les lieux symboliques du pouvoir. C'est ainsi que procéda Napoléon Bonaparte, lors de son coup d'État du 18 brumaire. Disposant de l'appui de l'armée, il lui fallait contrôler le pouvoir civil. Or, sous le Directoire, la France disposait d'un exécutif tournant formé de cinq directeurs qui se succédaient, à tour de rôle, pendant des périodes limitées à quelques semaines, si bien qu'il ne suffisait pas de contrôler cet exécutif tournant, car la réalité du pouvoir civil résidait dans un parlement affaibli lui-même par sa division en deux chambres. C'est pourquoi Bonaparte, en accord avec deux directeurs, Emmanuel-Joseph Sieyès et Roger Ducos, se préoccupa surtout de disperser ce parlement, dont l'une des chambres, le Conseil des Cinq-Cents, était présidée par son frère Lucien Bonaparte. Mais au lieu d'annoncer brièvement sa prise de pouvoir aux parlementaires, Bonaparte trouva le moyen de s'égarer dans un discours ampoulé, et se fit assaillir par plusieurs élus. Si bien que le coup d'État ne fut sauvé que par son frère, qui ordonna aux grenadiers de rétablir l'ordre en dispersant les élus récalcitrants. Bonaparte constitua alors un Conseil exécutif de trois membres composé de lui-même, de Siéyès et de Ducos, que le Conseil des Anciens transforma le lendemain en Commission consulaire exécutive.
Mais il ne suffit pas de s'emparer des organes centraux de l'État. Il faut aussi arrêter les gouvernants, faute de quoi il leur sera loisible d'organiser une riposte. C'est ce qui advint à Berlin, en 1920, où les ministres socialistes, avertis à l'avance par l'ultimatum du chef militaire des putschistes, prirent le large avant l'arrivée du corps franc Ehrhardt. Après quoi, une fois réfugiés en province, ils appelèrent avec succès la population à une grève générale dont le succès leur permit de reprendre le pouvoir.