Les consuls sont des magistrats romains dont la fonction serait apparue lors de la fondation de la République, et qui a été abolie par Justinien en 541. Ils formaient un collège de deux magistrats qui, jusqu'au principat d'Auguste, étaient élus pour un an par le peuple romain réuni en comices centuriates. Ils exerçaient l'imperium, pouvoir suprême civil et militaire, et commandaient les armées. Leur pouvoir n'était toutefois pas absolu car ils l'exerçaient sous le contrôle du Sénat et étaient exposés à l'éventuelle action d'obstruction d'un tribun de la plèbe.
L'élection exige de nombreux appuis et cette magistrature non rémunérée nécessite, au fil du temps, de plus en plus de moyens pour être exercée ; aussi le consulat n'est-il réellement accessible qu'à une aristocratie riche et influente. Les anciennes familles patriciennes tentent de se réserver cette charge durant le Ve siècle av. J.-C. mais, en 367 av. J.-C., les lois licinio-sextiennes en ouvrent l'accès régulier aux plébéiens. L'exercice du pouvoir consulaire à la tête de l'armée permet d'acquérir gloire et popularité pour soi-même et sa famille, ainsi qu'influence et richesses, tandis que les succès militaires étendent peu à peu la domination romaine sur le monde méditerranéen. Aux IIe et Ier siècle av. J.-C., la compétition pour obtenir le consulat s'exacerbe et des généraux ambitieux l'utilisent pour asseoir leur domination sur la République, jusqu'à ce que Jules César puis Octave-Auguste accaparent le pouvoir de façon définitive.
Sous l'Empire, aux élections se substitue une ratification formelle par le Sénat des candidats recommandés par l'empereur, et le consulat devient un titre honorifique, pour un mandat réduit à quelques mois en raison de la multiplication des consuls remplaçants (les suffects). Seuls les consuls en titre au premier janvier conservent l'éponymie, honneur permettant de donner leur nom à l'année. La qualité d'ancien consul ouvre néanmoins l'accès aux postes élevés de l'administration impériale. Malgré les bouleversements institutionnels de l'empire au IVe siècle, le consulat se maintient sous la forme d'une dignité prestigieuse et coûteuse, répartie entre Rome et Constantinople, la nouvelle capitale. Le dernier consul est désigné en 541 par Justinien, puis le titre n'est plus ensuite qu'une dignité mineure parmi la liste de titres byzantins.
Après la chute de la royauté en 509 av. J.-C., les pouvoirs royaux sont partagés entre un rex sacrorum pour les rites religieux qui exigent la participation d'un roi, et un collège de deux magistrats au pouvoir identique désignés pour une durée limitée à un an. Aujourd'hui encore les historiens ignorent d'où est provenue l'idée d'un pouvoir partagé à l'identique pour une durée limitée. La conception romaine semblerait donc profondément originale, bien qu'il y ait eu des précédents en Grèce (certaines cités grecques comme Sparte, Athènes et Messène, avaient également un système intégrant plusieurs rois).
Quoique les historiens antiques situent l'apparition des consuls dès les premières années de la République romaine, les historiens modernes supposent, sur la base de la mention faite par Tite-Live dans son Histoire romaine, que les premiers magistrats s'appelaient des prætores (préteurs), dirigés par un prætor maximus, ou des judices (juges). La date de l'apparition de l'appellation de consules est discutée et n'a peut-être lieu qu'à partir de 449 av. J.-C. environ, après la proclamation de la loi des Douze Tables ou, pour certains auteurs plus critiques, après les lois de 367 av. J.-C. organisant l'accès au consulat. La plus ancienne attestation épigraphique de consul (‹ consol ›) est l'éloge de L. Cornelius Scipio Barbatus, pour un consulat en date de 298 av. J.-C..
L'étymologie du mot « consul » est incertaine : il proviendrait du verbe consulere, « consulter, juger, décider » selon Festus, ou bien de cum salire, « ceux qui vont ensemble », de con/cum, « ensemble », et de salire, « bondir, sauter, jaillir », désignant en d'autres termes « les collègues », reflet de la collégialité fondamentale de cette première magistrature de la République.
Ouverture du consulat aux plébéiens
Selon les historiens antiques, les patriciens monopolisent l'accès au consulat dès le début de la République, tandis que les plébéiens vont, pendant un siècle et demi d'âpres rivalités allant jusqu'à la sécession, lutter grâce à leurs représentants, les tribuns de la plèbe, pour limiter l'arbitraire du pouvoir des consuls et obtenir qu'on leur donne l'accès régulier au consulat. Cette interprétation historique a prévalu de Theodor Mommsen (1817-1903) à Karl Julius Beloch (1854-1929), mais l'examen de la liste des consuls donnée par les Fastes consulaires et l'identification de titulaires plébéiens corrigent cette vision uniforme, indiquant des alternances d'ouverture et de monopole patricien. De 509 av. J.-C. à 486 av. J.-C. apparaissent douze consuls plébéiens, dont le dernier, Sp. Cassius, est exécuté à la sortie de son troisième consulat sous l'accusation d'avoir voulu devenir roi. Lors de la période suivante, de 485 av. J.-C. à 470 av. J.-C., tous les consuls sont patriciens, puis quelques rares plébéiens sont élus à partir de 469 av. J.-C..
Après des années de tension sociale, les consuls et les tribuns de la plèbe se démettent en 451 av. J.-C. au profit d'un collège de decemvirs chargé de codifier une législation jusqu'ici informelle et non écrite. La loi des Douze Tables publiée en 449 av. J.-C. met fin à l'arbitraire des sanctions par une règlementation écrite, affichée pour être connue de tous et commune aux plébéiens et aux patriciens.
Toutefois, ces lois ne déterminent pas le fonctionnement de la République et n'évoquent pas la parité d'accès au consulat. De surcroît, l'exercice du pouvoir se complexifie car les consuls sont parfois remplacés, à partir de 444 av. J.-C. et selon les années, par des tribuns militaires à pouvoir consulaire, plus nombreux que les deux consuls mais aux pouvoirs et aux prérogatives plus limités. Théoriquement, les candidats à ces magistratures peuvent être plébéiens mais les élus sont encore patriciens pour la plupart. On élit de moins en moins de consuls après 426 av. J.-C., et plus aucun entre 391 et 367. Enfin, en 367 av. J.-C., les tribuns de la plèbe Caius Licinius Stolon et Lucius Sextius Lateranus, après avoir bloqué pendant cinq ans la tenue des élections, font voter les lois licinio-sextiennes qui rétablissent le consulat et rendent obligatoire qu'un des deux consuls soit un plébéien.
Comme une tentative de parade aux concessions accordées aux plébéiens ou une solution pour mieux assurer l'administration de la cité face aux sollicitations militaires quasi permanentes, les pouvoirs civils des consuls sont partiellement réattribués à d'autres magistratures, dont les patriciens se réservent l'exclusivité dans un premier temps : créés en 444 av. J.-C., les censeurs procèdent tous les cinq ans au recensement de la population romaine et à sa répartition dans les différentes centuries, selon la fortune et les mœurs de chaque citoyen. Un préteur annuel est créé vers 367 av. J.-C., puis un second en 242 av. J.-C., qui déchargent le consul de la gestion de la justice civile à l'intérieur de Rome. Ces préteurs ont toutefois un pouvoir (l'imperium) inférieur à celui d'un consul.
À partir de 342 av. J.-C., le partage du consulat est régulièrement respecté, et au moins un consul sur deux est un plébéien. La valeur guerrière constitue à Rome le meilleur critère pour l’accès au gouvernement et la conduite de la guerre qu’offre l’exercice du pouvoir consulaire permet d’acquérir richesse et célébrité, d’entretenir de vastes clientèles et de nourrir les ambitions des familles nobles. L’obtention d’un second consulat (dit consulat bis), ou de la censure, réservée aux anciens consuls, couronne une carrière politique.
Aux IVe et IIIe siècles av. J.-C., le pouvoir des patriciens s’effrite au profit de celui des grandes familles plébéiennes et ces deux classes vont ensemble constituer la nobilitas, ceux dont les ancêtres ont exercé le consulat. Des études prosopographiques des listes de consuls tentent de cerner la mainmise de cette nobilitas sur les magistratures. Selon Élisabeth Deniaux, les membres de cette aristocratie ont tendance à se réserver de génération en génération l’accès au consulat grâce à leurs relations familiales et leurs clientèles. On observe ainsi qu’au IIIe siècle av. J.-C. les Caecilii obtiennent 19 consulats, les Fabii 18 et les Valerii, 13. Mais les pertes considérables de la deuxième guerre punique ont créé des vides et obligé à un renouvellement. Ainsi, au IIe siècle av. J.-C., cette monopolisation s’atténue et des hommes nouveaux (homo novus), dont la famille n’a pas encore eu accès aux magistratures supérieures, apparaissent. À la fin du IIe siècle et au Ier siècle av. J.-C., la nobilitas reprend sa prépondérance et il devient difficile à un homme nouveau d’accéder au consulat. Ainsi, si de 284 à 224 av. J.-C. on dénombre quinze hommes nouveaux, ils ne sont plus que quatre de 200 à 146 av. J.-C., et les deux cents consuls entre 233 et 133 av. J.-C. n'appartiennent qu'à cinquante-huit familles. Parmi celles-ci, on retrouve les Cornelii, les Æmilii, les Fulvii, les Postumii et les Claudii Marcelli : à elles-seules, ces cinq familles cumulent cinquante-deux consulats. Néanmoins, Mireille Cébillac-Gervasoni considère qu’une certaine fluidité existe jusqu’au milieu du IIe siècle, illustrée par le consulat en 195 av. J.-C. de Caton le Censeur, un homme nouveau. Elle constate ainsi qu'un tiers des consuls ne compte pas de consul dans les trois générations antérieures, et seulement un tiers des consuls ont un fils qui obtient le consulat.