Constantinople (en grec ancien : Κωνσταντινούπολις / Kônstantinoúpolis ; en grec moderne : Κωσταντινούπολη / Konstantinoúpolis ; en latin : Constantinopolis ; en turc ottoman : قسطنطينية (Kostantiniyye)) est, de sa fondation en 330 par Constantin Ier (empereur de 306 à 337), sur le site de l'ancienne Byzance, jusqu'à sa chute en 1453, la capitale de l'Empire romain d'Orient. Elle devient par la suite la capitale de l'Empire ottoman jusqu'en 1923, date à laquelle la fonction de capitale de la nouvelle république de Turquie fut transférée à la ville d'Ankara.
En 1930, le nom « Istanbul », déjà donné au cœur historique de la ville, devient le seul officiel. « Istanbul » est une dérivation turque du grec eis tên polin [prononciation « is tin bolin »] soit « dans la ville » en français, réponse que les habitants grecs faisaient aux étrangers demandant où ils se trouvaient. Le patriarcat œcuménique de Constantinople, dernier vestige institutionnel de l'Empire byzantin, ainsi que la langue grecque (qui a nommé la ville au cours de son histoire) emploient encore l'appellation « Constantinople ».
La ville compte plus de quinze millions d'habitants en 2020.
Constantinople est bâtie sur le site de l'antique ville de Byzance dont la plupart des sources antiques attribuent la fondation légendaire à deux héros mythiques, Byzas, fils d'une nymphe ou d'un roi thrace, ainsi qu'un certain Antes.
Sur le plan linguistique, le nom de « Byzance » (en grec ancien : Βυζάντιον,
Byzántion), vient soit du verbe grec buzō signifiant « resserrer » en référence au Bosphore, soit du mot thrace βυζή, buzē : « rivage »).
Selon Socrate de Constantinople, lorsqu'il inaugura officiellement sa nouvelle capitale, le 11 mai 330, Constantin Ier décida que la nouvelle ville porterait son nom et s'appellerait « Ville de Constantin » (en grec ancien : Κωνσταντινούπολις) en même temps qu'elle serait désignée officiellement sous le nom de « Nouvelle Rome » (en grec ancien : Νέα Ῥώμη). Au titre de ville la plus importante d'Europe du IVe siècle au XIIIe siècle et centre de culture et éducation du bassin méditerranéen, on lui donnait aussi le titre de « Basileuousa » (Reine des Villes) ou « Mégalopolis » (la Grande Ville) et les Constantinopolitains se référaient à elle dans le langage courant comme à « la » Ville (ἡ Πόλις). Les autres peuples afficheront la même déférence à son endroit. Les Varègues l'appelleront « Miklagarðr » (de mikill, « grande » et garðr, « ville »), les Arabes « Rūmiyyat al-Kubra » (la grande Cité des Romains) et les Slaves (Rus's) « Tsargrad (Царьград) » ou « Carigrad », « la ville de l'empereur (césar) ».
Depuis la réforme de la langue et de l'écriture turque par Atatürk, la ville a pris en 1930 le nom d'Istanbul, venant de l'expression grecque « eis tin polin (εἰς τὴν πόλιν) », signifiant « dans » ou « (allant) à la ville », nom qui à l'origine ne désignait que la vieille ville (la péninsule historique).
Tout comme Rome, Constantinople fut bâtie sur sept collines, chacune surmontée d'un édifice religieux, église pendant la période byzantine, mosquée pendant la période ottomane.
La première colline, sur laquelle l'antique Byzance avait été fondée, commence à l'extrémité de la péninsule et fut appelée « Pointe du Palais » (aussi nommée « Seraglio (le Sérail) », de nos jours « Sarayburnu ») et couvre les quartiers impériaux byzantins et ottomans de la ville (Grand Palais de Constantinople, Hagia Sophia, hippodrome de Constantinople, mosquée du sultan Ahmet ou mosquée bleue, palais de Topkapi).
La deuxième colline est séparée de la première par une vallée relativement profonde qui s'étend de Babiali à Eminönü. On y trouve la Citerne-basilique (Yerebatan Sarnıcı), la colonne de Constantin, le Grand Bazar et la mosquée Nuruosmaniye (qui devait originellement coiffer la deuxième colline).
La troisième colline à l'ouest de la deuxième voit descendre ses pentes rapidement vers la Corne d'Or sur le versant nord, plus lentement au sud vers la mer de Marmara. On y trouvait l'église de Sainte-Euphémie, le forum de Théodose, l'Amastrianum, la mosquée Bayezid II, la mosquée Süleymaniye. De nos jours, elle est occupée en partie par l'Université d'Istanbul.
La quatrième colline, encore plus à l'ouest, jouxte le mur de Constantin. Ses pentes descendent abruptement vers la Corne d'Or au nord et le quartier Aksaray au sud. À son sommet était bâtie l'église des Saints-Apôtres remplacée par la mosquée Fatih. On y trouvait également le monastère du Christ Pantépoptès, aujourd'hui mosquée Eski İmaret.
La cinquième et la sixième colline (les plus hautes des sept à soixante-dix mètres au-dessus du niveau de la mer) étaient situées entre le mur de Constantin et le mur de Théodose. Elles sont séparées par une vallée qui se dirige vers la Corne d'Or. On y trouvait le palais des Blachernes, les citernes d'Aspar et d'Aetius, ainsi que de nombreuses églises comme celles de Sainte-Marie-des-Mongols et du Saint-Sauveur-in-Chora.
La septième colline, connue par les Byzantins sous le nom de Xērolophos (« colline sèche »), s'étendait d'Aksaray aux murs de Théodose et à la mer de Marmara. C'est une large colline à triple sommet formant triangle : Topkapi, Aksaray et Yedikule. Elle correspond à l'actuel quartier de Kocamustafapasa.
Ce fut probablement sa position stratégique qui fit préférer Constantinople à Nicomédie où s'était installé Dioclétien. Non seulement elle commandait l'accès à la mer Noire, mais elle était située à la jonction de deux importantes routes militaires : la Via Egnatia venant de Rome à l'ouest et la route reliant Chalcédoine à Ancyre (l'actuelle Ankara) passant par Nicomédie. Toutefois, elle avait également des inconvénients notoires : côté terre son accès n'était défendu par aucune barrière naturelle, ce qui constituera une menace permanente au cours des siècles; de plus la présence de vents dominants du nord en été gênait la navigation des Dardanelles vers la mer Noire.
De la fondation à l'époque justinienne
Ville relativement modeste de Thrace, Byzance avait vu ses murailles rasées en 195/196 par Septime Sévère (r. 193-211) pour la punir d'avoir pris le parti de Pescennius Niger dans la guerre civile de 193 à 197. Mais convaincu par son fils, Caracalla (r. 211-217), de pardonner à la cité en raison de son importance stratégique, il les fit reconstruire au début du siècle suivant. La ville comptait alors près de 20 000 habitants, avait un périmètre d'environ 5 km, était alimentée en eau par un aqueduc (celui de Valens encore existant) et possédait deux ports fortifiés sur la Corne d'Or.