Constantin X Doukas (grec : Κωνσταντίνος Ιʹ Δούκας), né vers 1006 et mort le 22 mai 1067, est un empereur byzantin du 24 novembre 1059 au 22 mai 1067, fils d'Andronic Doukas, un noble paphlagonien qui était stratège et peut-être gouverneur du thème de Mésie. Il est le fondateur de l'éphémère dynastie Doukas qui régna sur l'empire de 1059 à 1081. D'un caractère affable et peu autoritaire, il s'appuya pour gouverner sur son épouse, son frère Jean et son ministre Michel Psellos, renversant les réformes mises en place par son prédécesseur, Isaac Ier, lesquelles avaient suscité la haine de la noblesse civile et de l'Église et conduit à son renversement. Sur le plan extérieur, Constantinople perdit aux mains des Normands ce qui lui restait de possessions en Italie, pendant que dans les Balkans, les Magyars occupaient Belgrade et qu'en Asie mineure, ses troupes subirent plusieurs défaites contre celles du sultan seldjoukide Alp Arslan.
Le futur empereur Constantin X appartenait à la famille des Doukas, riche famille de propriétaires terriens en Paphlagonie.
On sait très peu de choses sur les débuts de sa carrière, si ce n'est qu'il a été emprisonné par Jean l'Orphanotrophe, ministre de Michel IV, pour avoir soutenu un rebelle. Puis, il apparaît parmi les partisans d'Isaac Ier (r. 1057-1059), lesquels se coalisent pour renverser Michel VI (r. 1056-1057) en 1057. S'il se dit militaire, rien n'atteste qu'il ait occupé un quelconque poste dans l'armée[réf. incomplète].
Psellos qui le vénérait et avait contribué à son élévation le présente comme un homme modeste et effacé, replié sur lui-même et détestant la gloire du pouvoir : « Donc, il voulait rester replié en lui-même et il méprisait exagérément les dignités magnifiques ; il se vêtait de façon assez négligée et s'arrangeait d'une façon assez rustique. » Son premier souci était de « mettre de l'équité et du bon ordre dans les affaires, de couper court à la cupidité et d’introduire la modération et la justice . »
Beaucoup moins louangeur, Jean Zonaras affirme d'abord que ce n'était pas un « pur » Doukas, mais que la branche mâle de la famille étant éteinte, il n'y appartenait que par une branche matrilinéaire. De même que Michel Attaleiatès, il lui reproche son avarice et son attachement à l'argent qui le conduiront à négliger l'armée.
Tous les chroniqueurs de l'époque s'entendent toutefois pour dire qu'il était extrêmement pieux, détestait l'injustice et se refusa toujours à imposer les châtiments corporels qui étaient courants à cette époque .
Lorsque le général Constantin Dalassène, dont il avait marié la fille, fut emprisonné sur ordre de Jean l'Orphanotrophe à la suite d'une révolte à Antioche dont il avait été gouverneur, Constantin fut lui aussi brièvement emprisonné en 1034 et dut se retirer sur ses terres.
On ne le voit réapparaître qu'en 1057 lorsque, à la suite des insultes proférées contre Isaac Ier et Katakalôn Kékauménos par Michel VI, les généraux d'Asie mineure complotèrent pour renverser celui-ci. Après avoir contacté Nicéphore Bryenne, les généraux Romain Skléros, Michel Bourtzès, Nicéphore Botaniatès et les fils de Basile Argyros se réunirent à Gounaria en Paphlagonie pour proclamer un nouvel empereur. Leur premier choix semble s'être porté sur Constantin Doukas, mais celui-ci refusa l'offre, préférant céder la place à Isaac Comnène et prendre le deuxième rang .
Arrivé au pouvoir, Isaac s’était hâté de récompenser ses partisans : son frère Jean fut nommé domestique des Scholes (armée d'Occident) et reçut le titre de curopalate, titre qui fut également accordé à Kékauménos et Bryenne. Son allié des premières heures, Constantin, fut fait « césar », donc numéro deux du régime et héritier présomptif du trône. On le retrouve près du lit de mort de l'empereur, « tout rougissant et les yeux pudiquement baissés, comme à son habitude, […] les mains cachées sous son vêtement, selon la coutume ».
Son fils unique, Manuel, étant décédé, l'empereur Isaac devait désigner son successeur. Contre l'avis de l'impératrice Catherine qui le suppliait de conserver le pouvoir Isaac confirma alors l'élévation de Constantin au trône : « Déjà lorsque je (Isaac) fus choisi pour être empereur, c'est toi que je regardais comme le plus imposant de nous deux et comme celui à qui convenait le mieux l'appareil impérial.
Presque immédiatement, toutefois, l'empereur semble s'être ravisé : ce grand intellectuel, charmant et apprécié de tous, mais sans grande fermeté, aurait-il l'énergie de poursuivre les réformes que lui-même avait instaurées ? Dans un moment de rémission, Isaac aurait fait part de ses doutes à son ami et confident Psellos, lequel, pour mettre fin aux hésitations de l'empereur, aurait dès le lendemain fait asseoir Constantin sur le trône, le chaussant des bottines de pourpre, signe de l’autorité impériale, avant de le présenter au Sénat et aux officiers de l'armée.
L'épouse d'Isaac Comnène, l'impératrice Catherine, continua à vivre au Palais et son nom était même acclamé avant celui de Constantin Doukas. Ce règne conjoint ne dura cependant que quelque temps après quoi elle se retira avec sa fille, Marie, au monastère du Myrelaion sous le nom de Xénè (Hélène).
Devenu empereur à l'âge de cinquante-trois ans, Constantin s'appuya pour gouverner sur son frère, Jean Ier Doukas, sur Psellos et sur son épouse, Eudocie Makrembolitissa, nièce du défunt patriarche Michel Ier Cérulaire.
Soucieux d'éviter l'hostilité de la bureaucratie civile, de l'Église et de la population qu'avait value à Isaac ses réformes trop rapides et impopulaires, Constantin se hâta d'abolir les mesures de son prédécesseur et de restaurer dans leurs rangs les personnes qui avaient été ou bien destituées ou dont le rang (et les émoluments afférents) avaient été réduits. Résultat : il échappa de peu, quelques mois plus tard, à une tentative de coup d'État mené par le préfet de Constantinople qui voulait continuer l'entreprise commencée par Isaac. Devant faire des économies, il permit aux militaires de rejoindre les rangs de l'administration civile. Et pour se concilier l'Église, il fit de généreux dons à divers monastères, ce qui requit de nouvelles taxes, lesquelles devaient inspirer une rébellion en 1066 dans le nord de la Grèce.
Un de ses principaux soucis sera l'administration de la justice, présidant lui-même divers procès : « Il se tourna vers le jugement des procès […] Il se fit dur pour les fauteurs d'injustice, tandis que pour leurs victimes, il se montrait plein d'affabilité et de bienveillance. Détestant les mutilations qui avaient cours jusque-là, il s'abstint de tout châtiment corporel, menaçant violemment, pour inspirer la crainte et ne pas avoir à sévir ultérieurement. Lors même de la tentative de coup dirigée contre lui, nombre de rebelles furent exilés et leurs propriétés confisquées, mais aucun ne fut exécuté.
Tout comme son prédécesseur, qui en deux ans n'avait pas eu le temps de rétablir complètement les finances de l'État, Constantin X dut faire face à une situation financière difficile. Se refusant à dévaluer la monnaie comme l'avaient fait les derniers Macédoniens (avec les conséquences inévitables sur le pouvoir d’achat de l'aristocratie et des propriétaires-fermiers), il tenta, fidèle à son caractère, d'être un « administrateur du juste milieu » tentant de pratiquer une politique d'austérité tout en générant de nouveaux revenus. Ainsi, après sept ans de règne, il devait laisser les coffres de l'État « non pas tout à fait pleins, ni même pleins jusque vers les bords, mais pleins à moitié » .
Cette politique devait le conduire à négliger l'armée, principal composante du budget de l'État, à un moment où l'Empire était attaqué sur tous les fronts. Psellos lui-même dut reconnaître que sur ce point, « il manqua le but ». Moins obséquieux que Psellos, Michel Attaleiatès l'accusera d'avoir licencié les soldats les mieux entraînés et les plus compétents, se contentant de ceux qu'il fallait payer le moins cher et négligeant de les équiper.
Sous son règne, ce qui restait de l'Italie byzantine, prise entre les Normands, la papauté et les États lombards, devait pratiquement disparaître. Arrivés en Italie vers 1035, les frères Guillaume, Drogon et Robert de Hauteville (dit Robert Guiscard) de la maison normande de Hauteville, avaient conquis l'Apulie et la Calabre. Grâce à une entente avec le pape en 1059, ils purent se diriger vers le sud de l'Italie conquérant progressivement l'ensemble des possessions byzantines de la région. En 1060, ils s'empareront de Rhêgion (aujourd’hui Reggio de Calabre, face au détroit de Messine) et de Tarente (dans les Pouilles). Profitant de l'absence de Robert Guiscard parti conquérir la Sicile, l'empereur dépêcha une armée reconquérir Tarente et la Longobardie, mais Robert Guiscard devait recouvrer le territoire dès son retour en 1062. Il ne restera plus que la région côtière autour de Bari (plus au nord dans les Pouilles) dont Robert commencera le siège une année après la mort de Constantin X et dont la reddition en 1071 marquera la fin de la présence byzantine en Italie.