Constantin IX Monomaque (en grec : Κωνσταντίνος Θʹ Μονομάχος, Kōnstantínos IX Monomákhos), parfois surnommé « le Gladiateur », né vers 1000 à Antioche et mort le 11 janvier 1055 à Constantinople, est un bureaucrate et sénateur devenu empereur byzantin entre le 12 juin 1042 et le 11 janvier 1055.
Issu d'une famille de la noblesse byzantine, il arrive au pouvoir par son mariage avec Zoé Porphyrogénète, dernière représentante, avec sa sœur, de la prestigieuse dynastie macédonienne. Son règne intervient donc à la fin de cette ère d'expansion progressive et de prospérité pour l'Empire byzantin, qui rencontre alors des défis d'ampleur. Longtemps considéré comme hostile à l'armée et peu préoccupé par la défense des frontières, il a pourtant combattu des menaces nouvelles, comme les Normands en Italie du Sud, les Petchénègues dans les Balkans et les Seldjoukides en Orient. Capable d'étendre une dernière fois la frontière orientale par l'incorporation d'Ani en Arménie, il est toutefois en difficulté face à ces forces émergentes qui gagnent peu à peu du terrain.
Sur le front intérieur, ses décisions ont été largement débattues, tandis que son pouvoir est à plusieurs reprises contesté du fait de l'extinction à venir de la dynastie macédonienne. S'il sort vainqueur des différentes rébellions auxquelles il fait face, grâce à une habile maîtrise des réseaux de pouvoir, leur survenue atteste l'instabilité grandissante de la scène politique impériale, tandis que l'économie connaît des signes d'essoufflement. Reconnu pour avoir ouvert le Sénat byzantin à des pans plus vastes de la société, notamment aux marchands et commerçants, il a été vu par Paul Lemerle comme un symbole de l'ère de prospérité du monde byzantin du milieu du XIe siècle. Ainsi, il ouvre une importante école de droit, fait participer nombre d'intellectuels à son gouvernement et promeut la culture dans l'Empire. Néanmoins, d'autres historiens ont vu en lui un empereur peu préoccupé des troubles les plus urgents qui frappent l'Empire, dépensier, plus intéressé par des plaisirs futiles et qui se refuse à quitter Constantinople, ce qui peut s'expliquer par sa santé fragile.
Enfin, son règne voit la rupture avec l'Église d'Occident en 1054, un événement dont la portée reste limitée à court terme, mais qui symbolise l'écart grandissant entre Rome et Constantinople. À sa mort, l'Empire s'apprête à connaître des défis de grande ampleur qui vont jusqu'à remettre en cause son existence même. C'est probablement ce qui explique les interprétations si différentes qui ont pu émerger à propos du règne de Constantin IX, tantôt jugé responsable de l'aggravation prochaine de la situation de l'Empire, tantôt reconnu pour ses efforts afin d'y apporter des réponses plus ou moins adaptées.
Le règne de Constantin IX intervient à un moment de floraison intellectuelle de l'Empire, qu'il contribue à entretenir. De ce fait, plusieurs textes font référence à son époque. Le plus important est la Chronographie de Michel Psellos, figure majeure de son temps, chroniqueur, mais aussi acteur du jeu politique complexe du monde byzantin du XIe siècle. Psellos est un des protégés de l'empereur, qui favorise son ascension aux côtés d'autres intellectuels, et il livre au moins sept panégyriques en sa faveur. Pour autant, dans sa Chronographie postérieure au règne de Constantin, il n'hésite pas à souligner les défauts du souverain, qu'il juge trop dépensier. En complément de cette œuvre fondamentale, les écrits de Jean Skylitzès, dont l'ouvrage s'arrête presque à la mort de Constantin, et de Michel Attaleiatès, autres historiens principaux du siècle, permettent d'avoir une vision plus distanciée des événements. Attaleiatès reprend le jugement d'un homme porté sur les plaisirs de la vie et les distractions futiles, tout en notant le raidissement de son comportement dans les dernières années de sa vie. Jean Zonaras, qui vit quelques décennies après la mort de Constantin, livre aussi des éléments sur son règne. Des textes arméniens offrent une perspective extérieure, en particulier sur les régions les plus orientales de l'Empire, tout en étant plus critiques envers Constantin et les Byzantins en général. Ainsi, Aristakès Lastivertsi dénonce les mœurs dissolues de l'empereur et son manque de réflexion dans la conduite des affaires. La simultanéité de la prise d'Ani et des premières incursions turques contribuent en grande partie au peu d'estime des chroniqueurs arméniens à l'encontre de Constantin.
Constantin est né à Antioche, fils de Théodose Monomaque, juge et bureaucrate important sous Basile II et Constantin VIII. Issu de la noble famille byzantine des Monomaque, il a deux sœurs, Hélène Monomaque (vers 1010-vers 1050) et Euprépie Monomaque (vers 1010-après 1055), et un neveu paternel, Théodose Monomaque comme son grand-père. Cette dernière semble avoir eu une certaine présence à la cour de son frère, lui déconseillant notamment d'amener sa maîtresse au Grand Palais, sans résultats. Selon Psellos, qui loue l'intelligence d'Euprépie, elle aurait eu du mépris pour son frère, et a critiqué plusieurs de ses décisions.
La famille Monomaque est ancienne et remonte au moins au début du IXe siècle avec plusieurs fonctionnaires d'importance comme Paul Monomaque, le grand-père de Constantin, ambassadeur vers les années 950 en 949 et 959, tandis que plusieurs de ses aïeux occupent des rangs prestigieux, comme ceux de magister ou de patrice, qui les placent dans les hautes sphères de la société byzantine. Théodose est d'ailleurs impliqué dans un complot contre Basile II qui aboutit à sa disgrâce temporaire. Probablement originaires d'Antioche, les Monomaques s'installent vite à Constantinople et montrent une certaine dévotion pour Saint Georges, une pratique entretenue par Constantin au cours de son règne. Si le nom de famille a des évocations guerrières, puisque Monomaque signifie « qui se bat en combat singulier », les parents de Constantin sont principalement des fonctionnaires.
Sa seconde épouse, Pulchérie Sklèros, fille de Basile Sklèros, est la nièce maternelle de Romain III Argyre. Cette union avec une parente de l'empereur témoigne de la place élevée qu'occupent Constantin et sa famille dans la hiérarchie de l'Empire. Compromis dans un complot sous le règne de Michel IV en 1035, il est exilé par Jean l'Orphanotrophe à Mytilène pendant sept ans.
En 1042, la situation de l'Empire byzantin est atypique. Face à l'absence de représentants masculins après les morts de Basile II (962-1025) et de Constantin VIII (962-1028), la dynastie macédonienne n'est plus représentée que par les deux filles de Constantin VIII : l'aînée Zoé Porphyrogénète et Théodora Porphyrogénète. Comme la tradition politique byzantine interdit la détention du pouvoir suprême par une femme seule, à l'exception d'Irène l'Athénienne, un mariage avec Zoé devient la promesse du trône. Ainsi, en 1028, elle a épousé Romain III Argyre puis s'est éprise de Michel IV, qu'elle prend comme mari après la mort suspecte de Romain. Quand Michel meurt le 10 décembre 1041, elle devient veuve à nouveau alors qu'elle est âgée d'une soixantaine d'années. Pour quelques mois, c'est Michel V, le neveu de Michel IV, qui ceint la couronne en tant que fils adoptif de Zoé. Néanmoins, il s'attire vite l'hostilité franche de l'aristocratie, contre laquelle il prend des mesures fortes, mais aussi celle de la population, quand il décide d'exiler Zoé et Théodora, incarnations de la légitimité macédonienne. Face à cette fronde généralisée, il est contraint d'abandonner le pouvoir dès le 20 avril 1042 et de se réfugier au monastère du Stoudion.
Zoé décide alors de trouver un troisième époux et procède à une sélection. Après avoir repoussé plusieurs candidats, dont Constantin Dalassène, elle jette son dévolu sur Constantin, qu'elle connaît au moins depuis le règne de Romain III puisque des rumeurs affirment qu'elle entretient alors une liaison avec lui. L'union est célébrée le 11 juin 1042 et Constantin IX est couronné le lendemain par le patriarche. Celui-ci, s'il a consenti à un troisième mariage pour Zoé, n'a pas procédé au mariage, ce qui constitue une entorse aux règles canoniques. Selon Jean Skylitzès, c'est un prêtre de la Nea Ekklesia du nom de Stypès qui a officié. Le choix de Constantin peut surprendre, car il n'a pas d'expérience de la guerre ni de postes importants au sein de l'administration. Pour autant, si Constantin est qualifié d'inoffensif par Michel Psellos, Éric Limousin rappelle ses liens étroits avec tout un pan de l'aristocratie byzantine, en particulier des familles mises à l'écart par Michel IV comme les Sklèroi ou les Argyres, voire des familles plus récentes comme les Makrembolitzès. Dès son avènement, il confirme l'exil de Jean l'Orphanotrophe, transféré sur Lesbos, et de Michel V, envoyé sur Chios où il meurt dès l'été suivant. Probablement dans la quarantaine à son avènement, le nouvel empereur est décrit comme avenant et décide d'un grand nombre de promotions sénatoriales quand il prend le pouvoir. Selon Anthony Kaldellis, il entend placer son règne sous le sceau de « la générosité et l'indulgence ».