La conquête musulmane de l'Hispanie ou la conquête omeyyade de l'Hispanie est l'expansion initiale du califat omeyyade sur l'Hispanie (ancien nom latin de la péninsule ibérique), s'étendant en grande partie de 711 à 726. La conquête aboutit à la destruction du royaume wisigoth et l'établissement de la wilaya d'al-Andalus et marque l'expansion la plus occidentale du califat omeyyade et de la domination arabo-musulmane en Europe.
La conquête du royaume wisigoth par les dirigeants musulmans du califat omeyyade est un long processus, qui dure quinze ans, de 711 à 726, dans lequel ils viennent prendre la péninsule Ibérique et une partie du Sud de la France actuelle, bien que ce qui est le territoire péninsulaire du royaume soit déjà conquis en 720, soit neuf ans après le début de la conquête.
En 711, le général omeyyade Tariq ibn Ziyad sous les ordres de Moussa Ibn Noçaïr débarque à Gibraltar, dans la péninsule Ibérique, à la tête d'une armée composée de 12 000 soldats. Il fait campagne plus au nord après avoir vaincu Rodéric à la bataille de Guadalete, après quoi il est renforcé par une armée de 18 000 soldats arabes dirigée par Moussa ibn Noçaïr en personne. En 717, les forces militaires omeyyades franchissent les Pyrénées et envahissent la Septimanie et la Provence (734).
L'Hispanie de la fin du VIIe siècle
Avant les premières conquêtes musulmanes en 711, le territoire de la péninsule Ibérique constituait la partie sud du royaume wisigoth, à l'exception des régions rebelles astures, cantabres et basques du nord, et des côtes du sud restées romaines (exarchat de Carthage). Les rois wisigoths régnaient depuis les Invasions barbares du Ve siècle sur la péninsule Ibérique et la Septimanie dans le sud de la Gaule. Les Baléares sont alors encore romaines, et n'ont pas été concernées par la conquête musulmane. Elles passeront sous la dépendance au moins nominale du royaume franc en 798, la flotte romaine d'Orient, trop éloignée de ses bases, ne parvenant plus à les défendre des attaques musulmanes. Malgré la protection franque, ces attaques continuent, conduisant à une certaine soumission politique, puis à la conquête de l'archipel par l'émirat de Cordoue, entre 902 (Ibiza et Majorque) et 903 (Minorque).
Comparée aux premières conquêtes arabo-musulmanes, la conquête de la péninsule Ibérique fut beaucoup plus difficile que celle de l'expansion primitive : six ans pour maîtriser toute la péninsule arabique (628-634) ; la Syrie en quatre ans (634 à 638) ; l'Égypte en cinq ans (638 à 643) ; un an pour la Tripolitaine, la Cyrénaïque et la Libye (644) ; six ans pour la Mésopotamie (636-642) et huit ans pour la Perse (642-650). (Une seule exception : soixante-deux ans pour le territoire formant l'actuelle Algérie (647-709)). Par contraste, la conquête du royaume wisigoth a exigé de nombreuses campagnes, des renforts constants, des trêves avec les noyaux résistants.
Ces difficultés ont plusieurs causes : topographie du territoire, faiblesse numérique des forces musulmanes conquérantes, forte cohérence sociale du royaume wisigoth et résistance et révoltes constantes des populations romanes, wisigothes et basques. D'autres facteurs, inversement, ont facilité l'action des conquérants : la grande centralisation politique du royaume wisigoth, l'insécurité causée par les troupes d'esclaves fugitifs, l'appauvrissement des grands domaines médiévaux (en particulier pendant le règne de Wittiza) et la perte de puissance du roi face à ses nobles. En outre, l'utilisation du dense réseau de routes romaines, qui existaient encore, a facilité les mouvements des troupes musulmanes.
Mais le facteur le plus important de cette chute était peut-être la grave crise démographique du royaume wisigoth, qui, dans les vingt-cinq années précédentes, avait perdu plus du tiers de sa population. Cela était dû aux épidémies de peste et des années de sécheresse et de famine à la fin du VIIe siècle, notamment pendant le règne de Égica, qui frappèrent encore très durement sous Wittiza, le prédécesseur de Rodéric.
Cette fin du VIIe siècle marque le début du chaos : peste et famine, mais aussi menaces franques au nord, et le début des incursions musulmanes sur les côtes, qui ne frappent d'abord que les provinces restées romaines. Le pouvoir wisigoth se maintient tant bien que mal en privilégiant une extrême centralisation et en tentant de prolonger les cadres de l'autorité royale.
En outre, une lutte politique majeure a lieu entre deux clans goths revendiquant chacun le trône, qui cause plusieurs décennies de division politique du royaume et crée des problèmes constants.
À la fin de 710, après la mort de Wittiza, Hroþareiks ou Rodericus (connu plus tard comme Rodéric), duc de Bétique, grossièrement équivalente à la province romaine du même nom et de ce qui deviendra l'Andalousie et, apparemment, petit-fils de Chindaswinthe, est élu et proclamé roi à Tolède par le sénat de l'aristocratie wisigothe. On ne sait pas avec certitude s'il était alors révolté contre le défunt roi, le supplantant, mais le fait est qu'il a obtenu le soutien de la majorité dans l'assemblée électorale de la noblesse. Il est donc roi légitime, selon la loi wisigothe.
Cependant, une partie de la noblesse soutient un autre roi, Agila II (Agila ou Achille), duc de Tarragone. Agila II dirigeait le nord-est (au sud de la France, l'actuelle Catalogne et la vallée de l'Èbre, c'est-à-dire les provinces wisigothiques d'Ibérie et de Septimanie, grossièrement équivalentes aux anciennes provinces romaines de Gaule narbonnaise et Hispanie citérieure), frappant même sa propre monnaie. Agila II est peut-être même associé plus tôt, dès 708, au règne de Wittiza, au clan duquel il semble appartenir (certaines sources le citent comme son fils, mais c'est peu probable).
Le royaume est donc dans une situation de conflit civil, ou du moins se trouve scindé avec une sorte d'accord tacite de partage et d'association (comme cela avait déjà eu lieu à plusieurs reprises dans le passé).
D'un côté il y a le clan Wamba-Égica auquel appartient ou est lié Wittiza, et de l'autre le clan Réceswinthe-Chindaswinthe, à qui appartient Rodéric.
Cette situation divise de plus en plus l'élite aristocratique et militaire en deux factions irréconciliables. Les divisions internes entre les grandes familles nobles wisigothes, s'ajoutant à la crise posée par la succession de Wittiza, facilitent encore la progression de la conquête, au point que certains historiens considèrent que les partisans de Wittiza ont pu être instigateurs et même les alliés, explicites ou opportunistes, de l'invasion des musulmans.
Dans cette situation divisée et vulnérable, l'invasion a lieu quelques mois après l'accession de Rodéric au trône.
Les musulmans en Afrique du Nord
Oqba Ibn Nafi al-Fihri a commencé la conquête des territoires byzantins en Afrique du Nord en 669. Sa conquête initiale s'achève sur ce qui est aujourd'hui le Maroc, à la fin de 670.