En 1918, plusieurs conférences réunissant les dirigeants du Reich impérial, parfois en présence de représentants austro-hongrois, sont convoquées à Spa en Belgique, siège de l’Oberste Heeresleitung (OHL), le commandement suprême de l'armée impériale allemande, depuis son installation dans la ville à la fin de l'hiver 1918. Gouvernementales, elles sont toutes présidées par l'empereur allemand Guillaume II, avec le concours du chancelier du Reich, et coprésidées par l'empereur-roi Charles Ier lorsqu'il est présent. Réunissant également des responsables ministériels et des militaires de haut rang, aussi bien du Reich que de la double monarchie, ces conférences sont supposées, selon le gouvernement impérial allemand, définir la politique menée par le Reich et ses alliés de la Quadruplice, notamment en effectuant un partage des conquêtes, par les armées des puissances centrales, en territoires à annexer par le Reich et la double monarchie, tout en définissant au sein de leurs conquêtes respectives les zones d'influence allemande et austro-hongroise.
L'état-major allemand à Spa en 1918
À la demande des Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, l'empereur allemand Guillaume II émet un ordre transférant l’Oberste Heeresleitung (OHL) à Spa au début de l'année 1918.
Choisir Spa constitue, pour les responsables militaires du Reich, une décision mûrement réfléchie. En effet, au début de l'année 1917, Erich Ludendorff a envisagé d'installer le siège de l'OHL à Spa, avant de porter son choix sur Bad Kreuznach, à l'époque mieux desservi par le téléphone et le télégraphe, permettant au commandement de mener la guerre pratiquement en temps réel.
Alors que les stratèges de l'OHL préparent les offensives planifiées pour le début de l'année 1918, la question du déménagement du haut commandement allemand est de nouveau posée. En effet, la ville compte de nombreux hôtels en mesure d'accueillir les services d'état-major de l'armée allemande en campagne. Elle est également correctement reliée au réseau ferroviaire et bénéficie d'une plus grande proximité avec le front, sur lequel les membres de l'état-major peuvent donc plus facilement se rendre.
L'installation des services de l'état-major et de ses principaux responsables débute à partir du mois de février. Le 8 mars 1918, Hindenburg et Ludendorff arrivent sur place ; les deux chefs militaires habitent en ville, chacun s'étant installé dans une villa réquisitionnée. Cependant, dès le lendemain, les Dioscures se rendent à Avesnes-sur-Helpe, au centre de commandement des groupes d'armées promis à être engagés dans les offensives planifiées pour le printemps.
Ils sont rejoints par Guillaume II le 12 mars ; l'empereur s'installe à la villa Neubois, le château de la Fraineuse étant utilisé comme résidence officielle.
Rapidement, Spa et sa région rassemblent les services de l'état-major de l'ensemble des armées du Reich en campagne. La section des opérations commence ses préparatifs en vue de son installation au Grand Hôtel Britannique le 8 février. Les autres services sont dispersés dans la région : ainsi, le commandement des forces aériennes est installé à Verviers, tandis que la ville d'Avesnes fait office de poste de commandement avancé. Enfin, le musée des beaux-arts de Valenciennes est régulièrement utilisé pour la formation des officiers.
Lors des quatre conférences principales de 1918, des responsables civils et militaires allemands et austro-hongrois participent aux pourparlers, chacune des parties en présence tente de faire valoir ses points de vue lors d'échanges parfois tendus.
Les quatre conférences sont présidées par Guillaume II, l'empereur allemand. Lors des rencontres germano-austro-hongroises du 12 mai 1918 et des 14 et 15 août 1918, le Hohenzollern partage la présidence avec Charles Ier, empereur d'Autriche et roi de Hongrie. Cette coprésidence permet au Habsbourg de sauvegarder les apparences d'une alliance entre des partenaires placés sur un pied d'égalité, en maintenant, au mépris de la réalité du rapport de forces, la fiction d'une Autriche-Hongrie encore en mesure de peser sur la politique générale de la Quadruplice à ce stade du conflit.
Officiellement co-présidées par les deux empereurs, les conférences de mai et d'août permettent cependant au Hohenzollern de manifester la prédominance du Reich dans l'alliance le liant à la double monarchie. Lors de la conférence germano-austro-hongroise des 14 et 15 août, Guillaume II se présente à Charles Ier en uniforme austro-hongrois, tandis que Charles a revêtu un uniforme allemand. Les monarques fixent lors de ces rencontres les lignes directrices des relations entre les deux empires, établissent les termes généraux des accords de principe entre les deux monarchies, que leurs conseillers doivent préciser lors de négociations ultérieures.
Le gouvernement du Reich est représenté par le chancelier du Reich, Georg von Hertling, en fonction du 1er novembre 1917 au 30 septembre 1918. Il est assisté du secrétaire d'État aux Affaires étrangères : se succèdent à ce poste Richard von Kühlmann, en fonction du 6 août 1917 au 8 juillet 1918, puis Paul von Hintze, entre le 9 juillet 1918 et le 3 octobre 1918. Sont également ponctuellement présents des ministres prussiens et des proches conseillers du chancelier et du secrétaire d'État.
Stephan Burián von Rajecz, ministre austro-hongrois des Affaires étrangères en fonction du 16 avril au 24 octobre 1918, assiste l'empereur-roi Charles Ier lors des rencontres germano-austro-hongroises du 12 mai et du 14 août 1918.
Les responsables civils des deux empires ne sont pas les seuls convoqués à ces conférences. En effet, à partir de la fin de l'année 1916, les Dioscures, exerçant dans les faits une « dictature » sur le Reich, assistent à l'ensemble des rencontres gouvernementales organisées par le chancelier à la demande de l'empereur. Ainsi, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff sont-ils présents aux quatre rencontres ; les deux stratèges allemands sont parfois assistés de leurs principaux collaborateurs, Paul von Bartenwerffer, Erich von Oldershausen et Detlof von Winterfeldt.
Le chef d'état-major austro-hongrois Arthur Arz von Straußenburg accompagne son empereur le 14 août 1918, lors de la seule des quatre conférences à laquelle assiste un militaire austro-hongrois de haut rang.
Plusieurs conférences étalées sur cinq mois
Plusieurs conférences sont organisées à Spa par le gouvernement allemand ; l'historiographie en retient quatre principales, convoquées entre mai et septembre 1918 : en mai, en juillet, en août et en septembre 1918. Lors de deux d'entre elles, seuls des représentants des gouvernements impériaux et prussiens sont conviés ; aux deux autres, se joignent l'empereur-roi Charles Ier secondé par son ministre des Affaires étrangères, Stephan Burián von Rajecz.
Les quatre conférences entre le 12 mai et le 29 septembre 1918 peuvent être classées en deux groupes : les conférences gouvernementales impériales allemandes, réunissant les responsables politiques et militaires du Reich, et les deux dernières rencontres officielles de l'empereur Guillaume et de l'empereur-roi Charles Ier, théoriquement sur un pied d'égalité.