Ce Jour-là

Conférence de Yalta

Conférence entre protagonistes de la Seconde Guerre Mondiale

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La conférence de Yalta est une réunion des principaux responsables de l'Union soviétique (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill) et des États-Unis (Franklin D. Roosevelt). Elle s'est tenue du 4 au 11 février 1945 dans le palais de Livadia, situé dans les environs de la station balnéaire de Yalta en Crimée. Elle a été préparée par la conférence de Malte du 31 janvier au 2 février 1945, où les États-Unis et le Royaume-Uni étaient censés se concerter pour présenter un front uni à Staline sur la planification de la campagne finale contre les troupes allemandes et japonaises et sur la limitation de la progression de l'Armée rouge en Europe centrale. Les buts de la conférence de Yalta sont les suivants :

adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la Seconde Guerre mondiale ;

régler le sort de l’Europe après la défaite du Troisième Reich ;

garantir la stabilité du nouvel ordre mondial après la victoire.

La délégation américaine est logée dans le palais Livadia, où ont lieu les discussions et dont les conditions d'hébergement sont insuffisantes pour répondre aux besoins. La délégation britannique est installée dans le palais Vorontsov, situé à une demi-heure de route de Livadia. Les Soviétiques sont logés dans le palais Ioussoupov à Koreïz. La France n'est pas représentée, mais Churchill réussit à faire accepter par Roosevelt et Staline qu'elle ait sa place au sein des quatre puissances chargées de la Commission de contrôle en Allemagne.

L'objectif initial de Staline est d'obtenir un accord sur le démembrement de l'Allemagne en plusieurs petits États plus ou moins indépendants. Incapable de convaincre Churchill et de parvenir à un accord dans le cadre de la conférence, il arrive cependant à faire confirmer les résultats de la conférence interalliée de Moscou du 9 octobre 1944 esquissant un plan de partage de l'Europe du Sud-Est en « zones d'influence » pour l'après-guerre. Ce sont ces résultats qui, ajoutés à ceux de la seconde conférence de Québec, débouchent sur la « guerre froide ». La version officielle soviétique après la guerre est fondée sur le souci de « préserver l'Union soviétique de futures attaques, comme en 1914 et en 1941, en la protégeant par un glacis territorial et politique ». La diplomatie soviétique réussit donc à imposer la création d’une Pologne dirigée par un gouvernement ami de l'URSS.

Roosevelt a deux objectifs principaux. Le premier est d'obtenir l'appui de l'URSS pour une organisation mondiale de la paix comprenant un conseil de sécurité dont les membres auraient un droit de veto et une assemblée générale où les petits pays pourraient faire entendre leur voix. Le second objectif est d'obtenir de Staline la promesse que l'URSS entrera en guerre à ses côtés contre le Japon dans les trois mois qui suivent la capitulation de l’Allemagne : en échange, l'URSS souhaite pouvoir entrer en Mandchourie et utiliser le port en eau chaude de Port-Arthur. Roosevelt a l'appui de Churchill. Les deux camps sont toutefois prêts à faire des concessions.

De son côté, De Gaulle, absent de la conférence, avait fait des pressions auprès de Churchill et Staline afin que le territoire français s'étende jusqu'au Rhin et englobe la Sarre.

Staline négocie d'autant plus en position de force que les troupes soviétiques sont à moins d'une centaine de kilomètres de Berlin.

Par ailleurs, Roosevelt — dont la santé est très dégradée et qui mourra six semaines plus tard — affiche une totale méconnaissance de la réalité du régime soviétique et des valeurs morales de son interlocuteur en affirmant : « Si je lui donne tout ce qu'il me sera possible de donner sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, il ne tentera pas d'annexer quoi que ce soit et travaillera à bâtir un monde de démocratie et de paix ».

Enfin, les médias et les manuels scolaires présentent souvent cette conférence comme un « partage du monde entre puissants », idée tenace déjà dénoncée dans un article de Raymond Aron, « Yalta ou le mythe du péché originel », dans Le Figaro du 28 août 1968. Cette « image faussée a une double origine. D'une part, elle est le reflet, a posteriori, du partage effectif du monde, survenu à partir de 1947, avec les doctrines antagonistes [Truman pour l'ouest et Jdanov pour l'est], dans le cadre de la Guerre froide. D'autre part, elle exprime le ressentiment de responsables frustrés par leur absence de la conférence [De Gaulle et les exilés de l'est] ou ses résultats ».

Il est apparu par la suite que la délégation soviétique était à même d'espionner les conversations des Américains et des Britanniques grâce aux micros dont leurs palais étaient truffés. Elle possédait en outre des documents secrets sur les objectifs visés, dérobés au Foreign Office par Guy Burgess et Donald Maclean.

En février 1945, le rapport des forces est nettement à l'avantage de Staline.

Les forces soviétiques sont, de loin, les premières en nombre et en armement, atteignent Varsovie et Budapest, et menacent Berlin depuis les têtes de pont conquises sur l'Oder quelques jours plus tôt. Cependant, Staline est prudent. Sa priorité est la prise de Berlin, à la fois comme symbole de sa victoire et pour les avantages politiques et scientifiques qu'elle lui conférera. Il tient à s'emparer du maximum de régions industrielles allemandes et de l'institut de physique nucléaire de Dahlem, où il espère trouver des éléments de fabrication de la bombe atomique. Il craint une capitulation allemande, voire un retournement des alliances, qui le frustrerait ainsi de sa victoire. Aussi, il fait croire à ses alliés que Berlin n'est pas prioritaire et que l'offensive principale de l'Armée rouge portera vers la Bohême et la vallée du Danube : il les invite à chercher la jonction en Allemagne du Sud.

Pour Roosevelt, Eisenhower et les responsables américains en général, la priorité est de finir la guerre avec le minimum de pertes en vies américaines. Le président américain accepte de laisser l'URSS fournir l'effort de guerre le plus lourd, quitte à lui abandonner une plus vaste zone d'occupation. Peu méfiant, il annonce dès le début de la conférence que les troupes américaines quitteront l'Europe deux ans après la fin de la guerre.

De son côté, Churchill souhaite rétablir un équilibre européen et éviter une hégémonie soviétique sur le continent, mais, ayant déjà beaucoup cédé lors de la conférence interalliée de Moscou le 9 octobre 1944, il n'est plus en position de revenir sur ses concessions. C'est d'ailleurs à cette conférence moscovite que furent joués les sphères d'influence et les rapports de force à l'avantage des communistes.

Les accords conclus à l'issue des rencontres prévoient :

des élections libres dans les États européens libérés, les trois alliés s'engageant à « constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s'engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l'expression de la volonté des peuples » (cf. Communiqué final en annexe : Déclaration sur l'Europe libérée) ;

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