La conférence de Vienne du 22 octobre 1917 est une conférence gouvernementale germano-austro-hongroise destinée à mettre au point les modalités de partage des conquêtes européennes de la Quadruplice. Réunie dans un contexte difficile pour les deux empires, elle se solde par la rédaction d'un programme détaillé des buts de guerre allemands et austro-hongrois, nommés par l'historien allemand Fritz Fischer les « directives de Vienne », proposant un nouveau programme des buts de guerre du Reich impérial, tout en définissant les objectifs de la double monarchie, promise à une intégration renforcée dans la sphère d'influence allemande.
Au cours de l'automne 1917, le Reich multiplie les occasions pour redéfinir les termes des accords négociés au mois de mai précédent à Kreuznach, tentant d'échanger la Pologne, promise au Reich mais partagée en zones d'occupation allemande et austro-hongroise, contre la Roumanie, promise à l'Autriche-Hongrie.
Le Reich et les buts de guerre alliés
L'automne 1917 constitue le moment durant lequel la majorité des responsables politiques, économiques et militaires allemands, prennent clairement conscience de la volonté des Alliés de perpétuer la politique de mise à l'écart du Reich sur les marchés mondiaux et de pérenniser, dans ce cadre, des dispositifs de blocus du Reich au-delà de la fin du conflit.
Fort de cette prise de conscience, le gouvernement du Reich, appuyé sur les milieux économiques, tente de se donner les moyens de préparer économiquement une sortie du conflit. Ainsi, les Dioscures, notamment Erich Ludendorff, privilégient des solutions visant à garantir pour le Reich la mise en place d'un ensemble économique pour parvenir à une autarcie en Europe centrale, réorganisée au profit de l'Allemagne, ou à défaut, l'obtention d'accords de long terme avec les États voisins.
Le Reich face à la double monarchie
Depuis la mort de François-Joseph, son successeur Charles Ier multiplie les initiatives pour extraire l'Autriche-Hongrie de son alliance avec le Reich.
Rapidement, toutes ces tentatives, menées d'accord avec son ministre des affaires étrangères, Ottokar Czernin, se soldent par des levées de bouclier de la part du Reich : les réformes intérieures de l'empire d'Autriche, tout comme la mise en place d'un cabinet de concentration nationale réunissant des représentants de l'ensemble des nationalités représentés au Reichsrat de Vienne, se heurtent à un veto absolu de la part de l'ambassadeur du Reich.
En outre, depuis le mois d'août 1917, Ottokar Czernin le ministre des affaires austro-hongrois, de plus en plus paniqué par la gravité de la situation intérieure de la double monarchie, multiplie les tentatives auprès du Reich pour mettre un terme à la participation austro-hongroise au conflit. Cependant, dès sa première rencontre avec Georg Michaelis, le 1er août à Vienne, l'Austro-Hongrois échoue à négocier l'ouverture de négociations de paix avec les Alliés.
Ensuite, lors de la réunion de Bellevue, le même jour, les Dioscures approuvent la préparation d'une offensive contre l'Italie, destinée à éloigner le conflit du territoire austro-hongrois. Réservés sur l'impact de cette offensive sur l'évolution générale du conflit, les militaires allemands, aiguillonnés par les missives de Charles Ier à Guillaume II, en ont accepté le principe afin de garantir la poursuite de la participation austro-hongroise dans le conflit aux côtés du Reich.
Enfin, depuis la démission du chancelier impérial allemand Theobald von Bethmann Hollweg, les relations entre les deux empires deviennent plus brutales. Guillaume II et les Dioscures n'hésitent plus à menacer leurs interlocuteurs austro-hongrois, notamment Gottfried von Hohenlohe, l'ambassadeur impérial et royal à Berlin, le 13 juillet, tandis que l'empereur Charles se voit surveillé de près par l'ambassadeur allemand à Vienne.
Une situation intérieure inquiétante
Les puissances centrales sont, depuis l'été 1916, placées sous la direction stricte des Dioscures, dont l'action tend à être de plus en plus intrusive dans la vie quotidienne du Reich et de la double monarchie. De plus, les populations allemandes et austro-hongroises souffrent depuis des mois d'une situation de plus en plus problématique, entraînant des risques pour la cohésion intérieure du Reich et de la double monarchie.
Depuis l'échec de la résolution de paix du mois de juillet, les militaires allemands ont imposé un chancelier conforme à leurs vues, Georg Michaelis, haut fonctionnaire aux grandes compétences techniques, mais sans autorité, ni programme de gouvernement, qui se révèle dans un premier temps, « un instrument docile » des Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff.
La double monarchie apparaît quant à elle totalement épuisée par le conflit : la population affamée voit son poids et sa taille diminuer, tandis que le nombre d'émeutes de la faim tend à croître dans les villes autrichiennes.
Réunie à Vienne, au siège du ministère commun des affaires étrangères austro-hongrois, cette conférence constitue l'occasion d'une rencontre entre les ministres des affaires étrangères des deux empires, en présence de l'ambassadeur du Reich.
Le chancelier du Reich, Georg Michaelis, mène officiellement la délégation allemande. Cependant, inexpérimenté dans le domaine des négociations internationales et peu au fait de l'état réel des relations entre le Reich et la double monarchie, le chancelier est cantonné à un rôle protocolaire, décoratif : la délégation gouvernementale allemande est dirigée dans les faits par le secrétaire d'État aux affaires étrangères, le diplomate de carrière Richard von Kühlmann, assisté de ses principaux collaborateurs ; Botho von Wedel (de), ambassadeur allemand à Vienne, assiste également aux échanges.
Ottokar Czernin, alors ministre commun des affaires étrangères, préside aux discussions, assisté de ses principaux collaborateurs.